Japon 2009: Osaka

Posted in Blog Trotter avec des tags , on 7 novembre 2009 by The Psyminder

Une explosion de bruit, brutale et déchirante. Voilà ce qui m’arrache à mon coma, faisant résonner au fond de mon crâne les vibrations de milliers de marteaux écrasés avec une rage féroce sur une enclume aux proportions colossales.

La douleur est telle quand j’ouvre les yeux que je manque défaillir, mais je me ressaisis et tente de comprendre ce qui se passe. Heure, lieu, système solaire, rien ne me semble intelligible.

Je finis néanmoins par assimiler les faits: le gérant de l’auberge de jeunesse est rentré dans notre chambre, a ouvert volets et fenêtre et tente désespérément de nous transmettre un message.

Est-il seulement conscient de notre état végétatif et de notre déshydratation en phase avancée?

Les bribes de phrases que j’attrape au vol dansent sous mes yeux un ballet hésitant et tentent d’en faire jaillir un sens, un concept, n’importe quoi qui me donne une raison valable de ne pas démembrer l’intrus sans autre forme de procès.

“…or I charge you another night”, finis-je par décrypter. C’est toi la nuit supplémentaire est la première pensée qui me traverse l’esprit, déclenchant au passage une nouvelle fission cérébrale qui m’arrache un gémissement de chiot constipé.

Je comprends néanmoins vaguement que notre pronostic vital est engagé: soit nous comprenons ce que nous veut ce volubile oriental, soit nous sombrons irrémédiablement dans les méandres d’un sommeil dont l’alcool a depuis longtemps purgé toute vertu curative.

Keys… Keys…”, l’entends-je couiner. Un éclair brille dans la nuit. Les morceaux du puzzle s’assemblent. Je sens mes neurones se désagréger au fur et à mesure que la réalité se cristallise devant moi dans toute son horreur, aussi nette qu’un rail de coke sous un microscope.

Nous sommes en retard pour libérer la chambre. Le farfadet démoniaque nous informe qu’il devra bientôt nous facturer une nuit supplémentaire si nous sommes encore là, et il veut savoir où est la clé de la chambre.

Le grand sablier de l’Histoire suspend son vol un court instant, suffisamment longtemps toutefois pour que j’aperçoive à mes pieds le gouffre abyssal qui guette chaque touriste ivre mort ne sachant pas comment il a réintégré sa chambre la veille.

Les yeux encore bouffis et l’haleine fétide, je tâtonne pitoyablement jusqu’à attraper miraculeusement mon pantalon. Je fouille toutes mes poches, lève un regard bovin sur notre hôte mais ne parvient pas à articuler un mot: mes lèvres sont collées à mes dents, ma langue à mon palais.

Heureusement, Michael réagit avant que la situation ne devienne critique. Il a retrouvé les clés et , par un prodige qui m’échappe totalement, communique avec l’ennemi de façon presque rationnelle: nous avons 30 minutes.

Par chance – et en raison de la taille de la pièce, nous n’avons pas défait nos valises la veille. Jack se trouve dans son lit, et je me demande comment il a bien pu retrouver son chemin tout seul – l’essentiel est qu’il l’ait fait. En revanche, il n’a même pas enlevé ses fringues.

J’ignore qui est le plus mal des trois, mais nous devons former une belle brochette de bourrés. C’est en titubant et en gémissant que nous tentons de surmonter cette terrible épreuve, les membres lourds et l’esprit dans le brouillard.

Des cachets sont avalés, des questions posées, le tout à un rythme désespérant de lenteur. Les gorgées sont douloureuses, les réponses vont de vagues à inutilisables et la menace du sablier plane toujours sur nos gueules de bois.

Une fois la porte de la chambre refermée derrière nous, le pire nous attend: quatre étages à descendre, bagages en main, par un escalier dont l’étroitesse et la raideur ne sont pas sans m’évoquer tout le charme du passage de Cirith Ungol.

Nous parvenons péniblement à quitter l’auberge et prenons un taxi jusqu’à la gare. C’est à nouveau en Shinkansen que nous allons voyager jusqu’à Osaka, où nous allons passer deux nuits.

En arrivant à la gare, nous nous installons sur une terrasse en attendant l’heure du départ. Café, jus de fruits, croissant, tout y passe mais ne contribue guère à améliorer notre situation: taux d’alcoolémie encore désespérément létal.

Nous sommes régulièrement pris de fous rires typiques des lendemains de cuite, mais ils sont presque douloureux tant nous sommes fébriles. S’asseoir dans le train est une véritable délivrance et nous sombrons en moins d’une minute – même moi.

Le trajet jusqu’à Osaka est si court que nous ratons presque l’arrêt. C’est une nouvelle fois en taxi que nous gagnons l’auberge, bien conscients que toute tentative de s’en sortir par nos propres moyens serait inexorablement vouée à l’échec.

Elle appartient à la même chaîne que la précédente mais a carrément plus de gueule. En revanche, l’escalier est toujours étroit et nous sommes cette fois-ci au 5ème étage. De plus en plus difficile.

La chambre est plus grande et plus confortable, avec de vrais lits cette fois. N’ayant pas l’intention de faire des folies le soir même, nous prenons notre temps pour nous installer et nous rafraîchir.

Nous commençons progressivement à reprendre visage humain, mais Michael et Jack décident malgré tout de s’accorder une heure de sieste. N’ayant bien sûr pas sommeil, je m’installe dans la salle commune pour bouquiner en sifflant des bières.

C’est d’ailleurs durant ce séjour que j’ai enfin compris pourquoi la bière est si efficace contre la gueule de bois: cette dernière n’est rien d’autre qu’un symptôme du manque. Il est donc normal que la ré-injection d’alcool dans l’organisme ait un effet apaisant.

Entre parenthèses, je trouve assez flipant de pouvoir induire des symptômes de sevrage en l’espace d’une soirée. Il faut pourtant bien admettre qu’hier soir, on n’y est pas allés avec le dos de la canette.

En début de soirée, nous prenons l’apéro sur le toit de l’immeuble. Nous sommes entourés par d’imposants buildings dont les éclairages subtils et harmonieux semblent défier le rideau de nuit qui s’abat hélas si tôt sur le pays du Soleil Levant.

Nous sortons manger un morceau. L’auberge est située dans une étroite rue piétonne, le long de laquelle on aperçoit à intervalle régulier les tables d’innombrables diseuses de bonne aventure – du moins y ressemblent-elles.

C’est vraiment un étrange spectacle que ces femmes installées en pleine rue, éclairées à la bougie, entourées d’une masse d’objets hétéroclites et donnant des consultations dont la nature précise nous échappe à tout passant désireux de solliciter leurs services.

Profitant de la douceur de l’air et du calme ambiant, nous marchons lentement en quête d’un restaurant. Nous jetons notre dévolu sur une sorte de restaurant italien, motivés par la perspective de faire un break avec la bouffe locale.

L’établissement est assez classe et imprégné d’une ambiance chaleureuse. Des spaghetti carbonara divins et une bonne bouteille de rouge font l’effet d’un baume magique sur nos organismes encore endoloris par les agapes de la veille.

Nous ne faisons pas les malins pour autant et, une fois la note réglée, reprenons le chemin de l’auberge. Nous ne restons pas longtemps ici et voulons profiter de la ville autant que possible, ce qui passe par une bonne nuit de sommeil.

Le samedi 24 au matin, nous prenons la route de Nara. Le lieu est réputé pour son temple gigantesque abritant une colossale statue de Bouddha en or, mais encore plus pour ses biches – vous avez bien lu: ses biches.

Elles sont en effet des dizaines, peut-être des centaines à se balader sur les quelques kilomètres carré composant le site de Nara, transformant le sol en champ de mines et posant avec complaisance dans le cadre d’interminables séances photos.

Loin d’être farouches, elles ont plutôt tendance à déployer d’habiles stratégies de groupe pour soustraire aux touristes attendris tout ce qui, de près ou de loin, a l’air comestible. Parfois, un mâle aux cornes coupées s’adresse à ses congénères dans un couinement ridiculement aigu.

La visite du temple est réellement impressionnante, l’intérêt du reste du site étant plus limité. En début d’après-midi, nous contemplons Osaka depuis la plus haute grande roue du monde, affichant fièrement 112,50 mètres à son sommet.

Sous nos yeux s’étend la ville entière, en partie construite sur des zones volées à la mer. Un impressionnant réseau de routes et de spectaculaires ponts suspendus la sillonne en tous sens, dans un inextricable enchevêtrement de nœuds digne d’un anaconda sous LSD.

Une fois redescendus, nous allons visiter l’aquarium juste à côté. J’ai beau ne pas être fan du spectacle de ces animaux enfermés, je n’ai pas pu m’empêcher de m’émerveiller devant les requins-baleine et la raie manta. Pour le reste, aquarium standard si j’ose dire.

Le temps d’effectuer notre traditionnel passage à l’hôtel et nous ressortons, direction le quartier chaud de la ville: Namba.

Le spectacle est hallucinant. Tout le quartier regorge de boutiques de luxe, de belles bagnoles et de Japonais friqués – on nage en pleine Genève sous occupation nipponne. Nous nous engouffrons dans la rue principale, où l’animation atteint des proportions bestiales.

La foule est à couper au couteau. Le concert de sons et de lumières si typique des quartiers chauds au Japon atteint ici des sommets insoupçonnés. Il y a en effet tant de restaurants et de boutiques que l’on ne parvient plus à les distinguer.

Incapable de gérer un tel afflux de stimulations sensorielles, le cerveau les traite toutes simultanément. L’environnement se mue ainsi en une masse homogène et compacte rendant toute prise de décision impossible et décuplant l’inertie pourtant négligeable de notre petit groupe.

Nous atterrissons enfin dans un bar à sushi, dans lequel j’obtiens le respectable score de 20 assiettes – 2 pièces par assiette. La digestion ne contribue pas vraiment à la maîtrise de la fournaise de Namba, mais nous tentons quand même de trouver un bar où poursuivre la soirée.

Ici aussi, le racolage bat son plein. C’est ainsi que nous nous retrouvons à suivre un black dans un de ces girls’ bar où, moyennant 50 balles d’entrée, nous pourrons boire à volonté. Vu notre descente, ça se refuse difficilement.

Après une heure inégalement agitée, nous rentrons à l’hôtel et buvons une dernière bière sur le toit. Nous sommes heureux, profondément et sincèrement heureux, et je crois que ça se lit sur notre être tout entier.

Je me sens rajeunir seconde après seconde, et la bougie de mon existence semble se rallonger silencieusement.

Japon 2009: Hiroshima

Posted in Blog Trotter avec des tags , on 4 novembre 2009 by The Psyminder

Le matin du 22 octobre, nous nous levons donc de bonne heure pour quitter Tokyo. Nous avons rendez-vous avec l’Histoire à Hiroshima.

Nous effectuons le train dans un Shinkansen, ces trains aux formes hallucinantes, d’un confort à ma connaissance unique au monde et reliant à grande vitesse les principales villes du pays.

C’est en taxi que nous gagnons notre auberge de jeunesse depuis la gare. Hors de Tokyo, nous avons en effet décidé d’économiser sur le logement, effectuant plusieurs réservations au sein de la chaîne J-Hoppers.

Pendant le trajet, nous apercevons furtivement le A-Dome, seul bâtiment ayant résisté au souffle de la bombe atomique à s’élever aujourd’hui encore au coeur de la ville. Poignant, sincèrement.

La chambre est minuscule, à peine la place de rentrer les valises et de s’asseoir à 3 à cause de la place prise par les matelas. Nous ne faisons donc que poser les bagages et repartons immédiatement, direction le Hiroshima Peace Memorial.

Le musée est consacré à ce sinistre 6 août 1945: sa préparation, son déroulement et ses conséquences y sont longuement détaillées, au côté que de nombreuses informations liées à l’état de l’armement nucléaire dans le monde et les dangers que celui-ci représente.

Vision d’horreur d’une séquence d’événements que le cerveau refuse obstinément d’assimiler.

A l’entrée du musée se trouve un grand écran diffusant un film d’introduction. On y voit l’explosion d’une bombe atomique par dessus laquelle une voix off insiste sur ses conséquences apocalyptiques et la nécessité de vivre dans un monde dénucléarisé.

Le grondement de l’explosion se répercute à travers le rez-de chaussée et une partie du premier étage. De ce fait, l’essentiel de la visite se fait dans une ambiance de fin du monde, rendant la visite encore plus dure qu’elle ne l’est déjà.

Je ne suis pas un gros dur, mais je ne suis pas facilement impressionné non plus. Pourtant, en sortant de ce musée, je me sentais le teint pâle et les yeux rouges. Je ne peux que vous encourager à y aller: tenter de le décrire serait ridicule.

Nous repassons par l’auberge après une séance de photos en face du A-Dome. Dans la chambre, nous nous réconfortons rapidement au Green Label – une merveille achetée par Michael à Francfort – puis sortons manger des sushi.

Le Routard recommande un restaurant appelé Nobu. Il s’agit visiblement d’une chaîne, mais le cuistot de celui d’Hiroshima semble particulièrement réputé. Ce n’est qu’avec l’aide acharnée d’un habitant du quartier que nous finissons par trouver l’enseigne.

D’entrée de jeu, nous renonçons à étudier la carte. Nous confions au Chef la mission de nous créer un plateau selon son inspiration du moment, non sans lui avoir donné quelques indications gustatives malgré tout.

Ayant travaillé des années aux Etats-Unis, le Chef parle un anglais remarquable. C’est avec un réel plaisir que nous discutons donc fréquemment avec lui, l’interrogeant sur sa carrière et ses projets d’avenir avant de lui parler de la vie en Suisse.

Le plateau qu’il nous concocte échappe à toute possibilité de description, si minutieuse soit-elle. Je ne peux que tenter de vous faire comprendre à quel point la saveur de ce que nous avons mangé ne pouvait décemment pas appartenir à notre monde.

En quittant le restaurant, nous allons nous balader dans des rues plus animées et nous installons dans un bar. Nous commandons des canettes que nous jouons au paquet de clopes – si vous ne connaissez pas ce jeu demandez-moi l’explication, il mérite au moins un essai.

A une table proche de la nôtre, un japonais en costard est affalé sur la table et roupille. Il est environ 22h, mais c’est ainsi: il manque aux Japonais ce fameux gêne qui fait qu’ils tiennent si peu l’alcool et s’effondrent si rapidement.

Nous faisons ensuite la connaissance d’une japonaise répondant au doux nom de Mitsuo – plus précisément, c’est Jack qui lui a proposé de se joindre à nous.

Vous n’imaginez même pas à quel point Jack est chaud quand il est bourré, mais il n’en demeure pas moins un parfait gentleman à tout instant.

Nous buvons quelques verres avec elle puis décidons de changer de bar. C’est là qu’intervient mon premier gros trou noir de la soirée, extrêmement court mais plus dévastateur que bien d’autres avant lui.

Après le premier verre, j’annonce aux autres que je sors retirer de l’argent. Je reviens vite – oui oui.

Je me revois très vaguement quitter le bar par une porte latérale et emprunter l’escalier extérieur, puis plus rien. Je ne sais pas du tout comment j’ai trouvé un distributeur, ni comment j’ai retrouvé le numéro de ma carte dans un état pareil.

Je reviens à moi devant le distributeur, partiellement dégrisé, argent en mains et tout seul.

Tout seul.

Je ne sais pas du tout où je suis, ni où se trouve le bar dans lequel je suis censé retrouver les autres. Je suis perdu au milieu d’Hiroshima, je ne parle pas la langue et j’ai 2 grammes dans chaque bras: un moment de terreur pure comme je n’en avais pas connu depuis longtemps.

Je dresse alors un plan insensé: demander à un chauffeur de taxi d’envoyer un message à Michael pour obtenir sa location, puis m’y emmener. Allez savoir pourquoi, aucun n’a accepté.

Un Japonais compatissant m’informe alors que je me trouve près d’un poste de police. Je m’y rends donc, résigné, avec l’intention de leur demander où se trouve mon auberge. Inutile en effet d’espérer retrouver le bar que j’ai quitté.

J’entre dans le commissariat d’un pas qui se veut assuré et tente de leur expliquer ce que je veux. 1 heure et 6 policiers plus tard, je crois qu’ils n’ont toujours pas compris ce que je leur demande. Je suis au bord de la crise de nerfs.

Alors que je ressors une énième fois pour tenter d’utiliser la cabine téléphonique toute proche, j’entends qu’on m’appelle. Me retournant, je vois Michael, Jack et Mitsuo arborant un évident sourire de soulagement. Ils m’ont retrouvé.

Je leur tombe dans les bras, presque en larmes, euphorique à l’idée que ce bad trip se termine enfin. Michael essaie de faire des câlins aux flics mais se prend hélas râteau sur râteau.

Nous nous rendons dans un autre bar.

Fléchettes et whisky-coke sont les seuls souvenirs concrets que je garde de cet endroit. Je ne sais ni quand nous en sommes partis, ni comment Mitsuo a réussi à nous traîner dans cette espèce d’usine à karaoké, mais c’est pourtant ce qui s’est passé.

Nous nous retrouvons dans une sorte de cabine fermée équipée d’une télé, d’une playlist et d’un micro, beuglant comme des animaux en décalage total avec des paroles que nous parvenions à peine à lire avant qu’elles ne disparaissent.

Enfin, pour moi ça s’est passé comme ça en tout cas.

Je finis par annoncer mon envie de rentrer et me tire. Incapable de trouver la sortie, je ferai pourtant 5 ou 6 come back – de ce qu’on m’a dit – avant que Michael ne décide de rentrer avec moi, lui aussi terrassé par cette soirée interminable.

Une nouvelle fois, le fait que nous ayons trouvé l’auberge relève pour moi du miracle. Nous passons quand même devant plusieurs fois sans nous arrêter, persuadés que ce n’est pas la bonne et qu’il doit y en avoir une autre à proximité.

Il commence à faire jour quand nous nous couchons, et Jack n’est toujours pas là. Nous savons inconsciemment que la visite de Miyajima, pour laquelle nous devons nous lever à 7 heures du matin, n’aura pas lieu.

Hiroshima, c’est vraiment de la bombe.

Japon 2009: Tokyo Part 1

Posted in Blog Trotter avec des tags , on 4 novembre 2009 by The Psyminder

C’est donc samedi 17 octobre que nous nous retrouvons à l’aéroport de Genève, moi-même ainsi que deux de mes meilleurs amis dont je conserverai les noms d’emprunt: Michael Bridge et Jack River.

La veille encore, pour une raison que je ne m’explique pas, j’étais incapable de me réjouir de ce voyage. Moi qui rêvais d’aller au Japon depuis des années, mon enthousiasme diminuait en même temps que l’intervalle nous séparant du départ.

Était-ce la conséquence de mon état d’esprit bien négatif ces dernières semaines? Peut-être. Dans tous les cas, j’en venais presque à regretter de m’être embarqué dans une aventure pareille.

Pourtant, en retrouvant mes amis, toutes mes hésitations s’envolent. Je prends enfin conscience du trip dans lequel nous nous embarquons, et je sens ma poitrine se libérer instantanément du poids qui l’oppressait jusqu’alors.

Nous volons d’abord jusqu’à Francfort où nous attend une escale de 6 heures. Nous en profitions pour tenter d’organiser un minimum le voyage qui nous attend

En réalité, on s’occupe surtout de dresser une liste de défis qui, s’ils sont relevés, donneront le droit de faire boire les autres. Les exemples affligeants vont de faire une roulade dans le métro à créer un attroupement en passant par avoir des merdes avec les flics.

Nous embarquons ensuite pour Tokyo, un vol de 11 heures que nous appréhendons assez fortement. En ce qui me concerne, je ne dors quasiment jamais en vol et j’ai des points de suture mal cicatrisés au bas du dos. Ca promet.

Nous arrivons néanmoins sans trop d’impatience au Narita Airport de Tokyo. Photos et relevé d’empreintes au contrôle d’immigration nous attendent, autant dire que certains défis viennent de tomber à l’eau. Trop facile de remonter jusqu’à nous.

Notre première démarche consiste à récupérer les JR RailPass, titre de transport donnant accès à tous les transports estampillés JR Line – de loin les plus nombreux du pays. Ce titre ne peut être acheté qu’hors du Japon et doit être retiré une fois sur place.

Nous prenons ensuite un train pour la ville et le quartier d’Ikebukuro, où nous attend la première étape de notre séjour. Il est à peine 17h30 mais il fait déjà nuit noire. Nous somnolons dans le wagon en jetant d’occasionnels coups d’oeil à l’extérieur.

En arrivant à la station d’Ikebukuro, premier choc: elle est gigantesque, démesurée, interminable. Nous nageons péniblement entre des milliers de Japonais, traînant nos valises encombrantes au milieu de cet océan incroyablement dense mais d’une discipline exemplaire.

Nous finissons par trouver la sortie et tentons de nous repérer sur un plan, sans trop de succès. Cet à ce moment qu’un jeune européen nous propose son aide: il s’agit d’un Lausannois qui réside dans le même hôtel que nous. Faut le faire non?

Il nous indique donc la direction à prendre, et nous arrivons rapidement. Nous prenons possession de la chambre avec un enthousiasme presque puéril, mais il faut dire qu’elle a tout pour plaire: spacieuse, matelas à même le tatami, salle de bains et toilettes séparées.

Le temps de défaire les bagages et de se laver de la crasse de ce long voyage, nous sortons faire connaissance avec la nuit tokyoite et chercher un restaurant. Nous subissonss le décalage horaire dans le bon sens et ne sommes pas plus fatigués que ça.

Le quartier d’Ikebukuro n’est de loin pas le plus impressionnant de Tokyo, mais pour nous qui débarquons de Genève, le choc est colossal: partout ce bruit, ces couleurs, ces odeurs et ce mouvement perpétuel créant une surexcitation sensorielle profondément troublante.

Nous sommes tout près des rues les plus animées du quartier. Nous nous y promenons lentement, nous extasiant à chaque coin de rue et jetant autour de nous des regards dignes d’un gamin lâché dans une chocolaterie.

C’est comme si nous avions changé de planète.

Nous finissons par entrer dans un restaurant relativement calme situé en bordure des principales ruelles piétonnes. Un peu de quiétude nous est nécessaire pour assimiler cette première immersion au sein de ce qui se révèle être un véritable film de science-fiction.

C’est à cette occasion que nous faisons pour la première fois connaissance avec cette barrière communicationnelle qui se dressera devant nous à de multiples reprises par la suite.

La commande prend en effet un temps considérable, à l’exception des boissons: san biru – trois bières, ça tout le monde l’a bien en tête.

Une fois le repas terminé – le canard était tout simplement féérique, nous jetons notre dévolu sur le bar Hub dans lequel nous fêtons notre arrivée à grand renfort de whisky coca. Nous réalisons progressivement que nous sommes à Tokyo.

Pour la petite histoire, soit Jack Daniel’s a un marketing exceptionnel, soit la marque a un lien historique que j’ignore avec le pays. Quoi qu’il en soit, le Japon tout entier ne jure que par ce whisky, dont sa présence se remarque tautant dans la rue que dans les bars.

En sortant, nous reprenons notre promenade et décidons de rentrer dans un Pachinko Slot, ces salles de jeux géantes omniprésentes au Japon et qui m’ont profondément marqué.

Un bruit venu d’un autre monde, des jeux totalement démodés et des hordes de gamers complètement déconnectés de la réalité se mêlent pour former une vision de cauchemar que nous avons rarement supportée plus de quelques minutes.

Bourrés comme nous commençons à l’être, ça ne nous empêche pas de tenter notre chance sur un jeu tellement débile que je n’ai même pas le coeur de vous en parler. Nous sortons rapidement après avoir perdu la totalité de notre petite monnaie.

Pourquoi nous avons opté pour cet endroit, je n’en ai pas la moindre idée. Je sais seulement que nous nous retrouvons à franchir la porte d’un bar minuscule situé au 3ème étage d’un immeuble, dans lequel nous prenons la seule des trois tables encore disponible.

Il y fait heureusement sombre et la musique est bonne, conférant à l’endroit une atmosphère très agréable. La valse des whisky-coke reprend son cours, fortement entraînée par Michael qui ne cesse d’augmenter les doses au grand effroi du barman.

Celui-ci finit néanmoins par venir nous parler, utilisant son anglais approximatif mais exceptionnel dans un pays pareil pour nouer la conversation. Kazuhiro qu’il s’appelle.

Nous sympathisons rapidement. Il boit une vodka avec nous, nous donne des tuyaux pour sortir au Japon et semble émerveillé par le fait que nous venions de Suisse. Une réaction que d’autres Japonais manifesteront durant le séjour.

Je ne sais pas à quelle heure nous partons, ni comment nous retrouvons l’hôtel du premier coup avec la cuite que nous tenons. Je ne me souviens guère plus d’avoir continué à boire dans la chambre et d’être sorti fumer une clope en caleçon vers 4h du matin.

Ce n’est que le lendemain que nous découvrons l’intégralité de ces scènes, immortalisées sur caméra pour une raison que je ne veux même pas chercher à connaître. Le séjour commence fort.

Le deuxième jour se déroule bien plus calmement. Levés vers 13h, en partie grâce à la codéine inexplicablement administrée parMichael avant de se mettre au lit, nous optons pour une longue balade dans le quartier ô combien célèbre de Shibuya.

Le quartier branché de la jeunesse tokyoite. L’endroit où se trouvent le Gas Panic, le Womb et l’Atom, juste à côté des innombrables Love Hotels. Le quartier qui abrite le plus gros carrefour piéton du monde. Et par dessus tout, l’antre des Shibuya Girls presque mondialement connues.

Nous y passons l’après-midi, nageant en plein rêve dans des ruelles dont la circulation fluide fait presque oublier le raz-de-marée humain qui les traverse en permanence. Tout est sujet à l’émerveillement, même cet étrange magasin appelé Condom Land que je vous laisse vous représenter.

Nous mangeons en milieu d’après-midi puis repassons à l’hôtel souffler un moment. Nous ressortons brièvement le temps de quelques parties de billard mais ne nous couchons pas tard, terrassés cette fois-ci par le jetlag et les excès consentis la veille.

Au matin du 3ème jour, nous quittons l’hôtel pour nous rendre dans la superbe région d’Hakone. Malheureusement, le prix de l’expédition tue notre beau projet dans l’oeuf.

Nous allons donc déjeuner à Yoyogi Park, un havre de verdure et de calme situé à quelques minutes des quartiers chauds. Une véritable bénédiction pour qui souhaite échapper momentanément à l’effervescence bouillonnante de la capitale.

Le temps de boire ensuite une bière au Berliners et nous repassons par l’hôtel. Nous décidons d’aller passer la soirée dans le quartier de Shinjuku, un des autres chaudrons de la ville qui serait merveilleux si le racolage y était moins présent.

En effet, à chaque carrefour se trouve un black qui essaie avec insistance de vous diriger vers un Girls’ Bar – comprenez un bar à putes. Leur acharnement devient rapidement insupportable et j’avoue avoir du mal à garder mon calme.

Nous trouvons néanmoins un restaurant dans lequel nous nous faisons littéralement péter la panse, puis nous décidons d’aller frapper quelques balles de baseball sur un toit – welcome in Tokyo les amis.

Sur le chemin du retour, nous effectuons un dernier arrêt dans un bar. A ma grande surprise, ils ont de la Delirium Tremens! Joie rapidement tempérée par ses 1′300 yen, mais ça valait la peine.

Nous buvons encore deux bières à l’hôtel en discutant avec un sérieux surprenant. Salaires, sécurité, immigration, tout y passe. Aurait-on l’alcool intelligent au Japon? Une hypothèse qui ne tiendra pas longtemps.

Nous entamons le 4ème jour par une longue marche dans les quartiers de Marunouchi et Nihombaki, centre névralgique du monde des affaires à Tokyo. Les buildings sont proprement insensés, tant par leurs formes que par leurs proportions.

Nous nous rendons ensuite dans le quartier historique d’Asakusa, où nous admirons notamment l’une des plus grandes pagodes du monde culminant à 54 mètres. Plutôt impressionnant.

En rentrant à l’hôtel, nous nous arrêtons à Harajuku, quartier réputé pour accueillir le summum de l’excentricité déployée par la jeunesse nipponne.

Concrètement, il s’agit une rue étroite de quelques centaines de mètres bordée de part et d’autres de magasins en tous genres – principalement des fringues cela dit. On avance avec peine à travers une foule incroyablement dense, mais le spectacle est tel que le temps n’a plus d’importance.

Michael et moi comptons plus de 60 créatures de rêve d’une extrémité à l’autre, et je suis sûr que certaines étaient si belles qu’elles nous en ont fait rater d’autres.

Et à ceux qui diront que c’est du voyeurisme, je donnerai raison sans éprouver un atome de mauvaise conscience.

Je défie n’importe quel homme, et un certain nombre de femmes, de passer deux semaines au Japon et de nier à son retour avoir passé plus de 5 minutes sans sentir ses globes oculaires faire un saut périlleux dans leurs orbites. C’est pas humain, point barre.

Nous finissons la soirée au bar Hub du premier soir. Nous tombons inopinément en pleine soirée baseball, sport dont les Japonais sont inconditionnellement amoureux, et assistons à la victoire de l’équipe locale dans une explosion de joie assourdissante.

Nous nous mettons au lit de bonne heure car nous voulons nous lever tôt le lendemain. Nous ne passons qu’une seule nuit à Hiroshima, et nous devons y arriver tôt si nous voulons en profiter un minimum.

Quoi qu’il en soit, ce voyage m’a déjà arraché à mon quotidien avec une netteté époustouflante.

Je me trouve au coeur d’un typhon culturel, sensoriel et spirituel dont je ne ressortirai que deux semaines plus tard.

Japon 2009: Prologue

Posted in Blog Trotter avec des tags on 2 novembre 2009 by The Psyminder

Je suis rentré avant-hier de deux semaines passées au Japon, et comme après Ozora, je me demande comment je vais bien pouvoir raconter un tel périple d’une façon qui lui rende au moins à moitié justice.

Avant de me lancer dans le récit de cette exceptionnelle quinzaine, je ressens le besoin de formuler quelques remarques d’ordre général qui faciliteront certainement la lecture et la compréhension futures.

Elles concernent en effet des sujets qui reviendront probablement à de nombreuses reprises par la suite. Il s’agit de tous ces aspects de la vie au Japon qui m’ont réellement marqué et ont contribué à faire de ce séjour un phénomène sans précédent dans ma vie.

Ayant commencé le séjour par Tokyo, la première chose qui m’a frappée dans ce pays et la taille démesurée des grandes villes du Japon: la seule capitale compte près de deux fois plus d’habitants que la Suisse entière.

La ville ne dort par conséquent jamais. Toujours des gens dans les rues, les bars et les magasins, toujours de la lumière et du son, toujours ce bruit de fond qui s’élève des trottoirs et résonne lors de son envol le long des murs interminables des buildings.

Car le Japon, il faut le savoir, est un pays vertical. L’espace est trop rare pour une population pareille, d’autant qu’une part importante de celle-ci vit sur les littoraux, laissant ainsi le centre du pays relativement désert.

Mon professeur de compétitivité internationale avançait la théorie que l’excellence des Japonais en termes de miniaturisation tient à cette caractéristique socio-géographique: ayant peu d’espace dans ces zones si densément peuplées, ils ont bien dû trouver des moyens de contourner la difficulté.

Ce qu’on ne m’a en revanche pas appris en HEC, c’est que cet état de fait a une seconde conséquence: au Japon, pour utiliser l’espace de manière optimale, chaque immeuble porte en son sein une myriade de magasins, de bars et autres salles de jeux.

Pour être sûr de ne rien rater, il faut donc constamment marcher le nez en l’air. N’importe quel building dont le rez-de-chaussée n’inspire absolument rien peut très bien accueillir au 7ème étage un restaurant au rapport qualité-prix excellent.

A l’extérieur, cela se traduit par des enseignes rectangulaires fixées le long des murs les unes au-dessus des autres, dans une explosion de couleurs dont l’intensité n’a d’égale que l’abominable consommation d’électricité qu’elle doit engendrer.

La vue de ces villes champignons m’écrasant de leurs masses et  m’intégrant dans les intarissables torrents humains qui les traversent en permanence m’a vraiment laissé une impression extrêmement forte.

Entre parenthèses, je pense que la puissance de l’effet n’est pas sans rapport avec le fait que je vive à Genève. Un New Yorkais ou un Parisien serait probablement moins frappé que moi par le caractère hautement excessif du contraste.

Au rang des sensations fortes, on retrouve ensuite le réseau de transports publics – principalement à Tokyo une nouvelle fois: un inextricable réseau de galeries, de tunnels et de voies ferrées relie à une fréquence époustouflante des gares aux proportions colossales.

Certaines stations sont en effet de véritables villes abritant d’innombrables magasins en tout genre, traversées quotidiennement par des dizaines de milliers de personnes et dans lesquelles se repérer relève du plus redoutable exercice de scout.

C’est qu’il en faut des moyens pour drainer une faune pareille. Si la circulation sur les routes semble tout d’abord étonnamment faible, cet étonnement cesse dès que l’on met un pied dans le métro.

Si l’on excepte le nombre peu élevé de plans comportant des indications en anglais, qui ne dérange d’ailleurs que les touristes, le réseau de transports au Japon est en effet un véritable modèle d’efficacité et de performance.

Là encore, mon statut de Genevois n’est pas étranger à mes sentiments: quand on sait qu’il faut parfois plus d’une heure pour aller de Carouge à Meyrin – 10,1 k m – alors que le tour de Tokyo s’effectue à peu près dans le même laps de temps, on se sent un peu dans une ville de sous-doués.

Je tiens à préciser que nous nous sommes débrouillés comme des barons sur ce coup-là, ne nous égarant pas une fois et ne commettant que de très rares imprécisions concernant les gares d’arrivée – même moi je savais où j’allais, c’est dire si c’est bien foutu.

Tant qu’on est dans les transports, je tiens à mentionner brièvement les chauffeurs de taxi. Les plus polis du monde selon le Guide du Routard, conduisant gants blancs aux mains et vous évitant tout effort en ouvrant électriquement les portières de l’intérieur.

Pourtant, ce n’est pas vraiment leur politesse ou leur élégance qui m’ont marqué, mais plutôt leur connaissance souvent limitée de la ville dans laquelle ils opèrent.

En dehors des quartiers incontournables, ils sont en effet assez vite largués. Combien de fois n’avons-nous pas dû demander au chauffeur d’appeler le numéro de notre auberge pour se faire indiquer le chemin? Plutôt étonnant.

Un autre élément frappant au Japon est la propreté des villes. Les rues sont impeccables du matin au soir, phénomène rendu carrément exceptionnel par le fait que l’on n’y trouve quasiment aucune poubelle.

On ne croise que rarement des gens fumant dans la rue, car il existe des zones fumeurs en extérieur. Souvent situées aux abords des sorties de métro, elles combattent la fumée passive d’une manière rendue très efficace par la discipline de fer du peuple nippon.

Ce même peuple nippon – et c’est l’un des constats les plus marquants du séjour – me fait l’effet d’un peuple épuisé. Dans le métro, les gens s’endorment à peine assis et roupillent profondément.

Il ne s’agit pas de cette somnolence diffuse que l’on éprouve généralement dans les transports publics. Le rythme de leur respiration, la décontraction de leur nuque, leur bouche grande ouverte ou leur total abandon aux chaos des wagons trahissent un sommeil proche du coma.

Jeunes ou vieux, écoliers ou hommes d’affaires, hommes ou femmes, tous semblent profiter de la moindre seconde de répit pour regagner un peu de l’énergie dont ils ont l’air si désespérément privés. Nous étions d’ailleurs souvent les seuls à parler dans le métro.

Ce phénomène s’explique aussi par le soin que les Japonais apportent au confort de leur prochain: des écriteaux omniprésents demandent aux gens de mettre leur portable sous silence et de ne s’en servir que dans les espaces séparant un wagon du suivant.

Autre point particulièrement perturbant: la langue. Les Japonais ne parlent que très rarement anglais, même dans les restaurants ou les hôpitaux, alors que le touriste moyen ne baragouine que quelques formules basiques de japonais.

Il devient par conséquent très dur d’interagir avec les locaux, de développer un réel contact qui aille au-delà du langage des signes et des banalités auxquels une telle barrière de communication réduit immanquablement.

A part quelques échanges laborieux avec des Japonais(e)s, nous avons donc fonctionné en quasi autarcie pendant deux semaines. Ce n’est que dans les auberges de jeunesse, notamment à Kyoto, que nous avons pu nouer un semblant de lien.

Le plus surprenant dans tout ça, c’est que ce problème de communication n’empêche pas les Japonais d’être incroyablement serviables: à la moindre question, ils mettront tout en œuvre pour vous venir en aide.

Qu’ils vous comprennent ou non, qu’ils aient la réponse ou non, ils cherchent à vous aiguiller. Ce n’est pas toujours efficace du coup, mais ils y mettent un tel engagement qu’on ne peut qu’en être sincèrement touché et attendri.

J’ai notamment en tête cette scène vécue à Tokyo, lorsqu’une jeune fille a marché avec nous pendant 5 minutes dans un dédale de rues aux pentes dignes de San Francisco pour être sûre que nous trouverions le temple dont nous lui avions demandé l’emplacement.

Un autre élément d’intérêt concerne la sécurité: jamais de ma vie je ne me suis senti aussi protégé que dans les villes japonaises, et jamais je ne me suis promené avec une telle insouciance.

Pourtant, croyez-le ou non, il n’y a quasiment aucun policer dans les rues, et les commissariats sont minuscules. Il n’empêche qu’en deux semaines, nous n’avons ni vu ni entendu la moindre voiture de police passer sirènes hurlantes.

Peut-être n’avons-nous pas été dans les quartiers les plus mal famés, peut-être ne sommes-nous pas restés là-bas assez longtemps. Dans les deux cas, mon impression acquise en tout début de séjour ne s’est plus jamais démentie par la suite.

Il flotte au-dessus des villes japonaises une aura sereine et rassurante, une aura contrastant drastiquement avec l’animation ambiante mais qui semble également y puiser sa force: impossible de se sentir menacés dans une ville où vous êtes systématiquement entourés par des centaines de personnes susceptibles de vous aider en cas de pépin.

En un sens, les grandes villes japonaises sont de tels accélérateurs sensoriels qu’il est presque impossible pour l’esprit de traiter des pensées n’ayant pas de rapport directe avec son environnement spatio-temporel immédiat.

Un présent si tangible et si fort qu’il efface toute trace du passé et entrave toute vision d’avenir, cristallisant l’attention sur son seul mouvement, accaparant si intensément la concentration que chaque seconde de réalité est instantanément noyée dans le tumulte de la suivante.

Ca n’a peut-être l’air de rien comme ça, d’autant que je ne suis pas vraiment du genre craintif. Pourtant, avec le léger recul que je commence à prendre, je réalise à quel point cette confiance insouciante de toutes les instants contribue à apaiser l’esprit.

Je pourrais prolonger cette revue des particularités nipponnes pendant un bon moment, mais je vais tâcher d’en garder un peu pour mes textes à venir. Je finirai donc avec ce dernier point qui, bien que présenté après tous les autres, n’aura cessé de nous émerveiller.

La beauté des filles.

Si je me laissais aller, je pourrais écrire un bouquin sur les filles que nous avons croisées là-bas. A croire qu’il existe une entreprise qui, à l’image de Sony et ses PS3, fabrique des bombes atomiques à la chaîne pour ensuite en inonder le marché.

Est-ce notre origine européenne, le fait que nous voyions peu d’asiatiques en général ou une combinaison de différents facteurs, je l’ignore. Ce que je sais, c’est que nous avons passé 2 semaines à frémir d’admiration – parfois plus – en croisant tous les 10 mètres une créature sortie tout droit d’un conte de fées.

Il y a leurs tenues, à la fois si naturelles et si sexy, faites de jupes courtes et de chaussettes montantes, de talons et de portes-jarretelle, d’exhibition et de pudeur, en laissant voir suffisamment pour faire fantasmer mais pas assez pour aguicher.

Il y a leurs cheveux, systématiquement coiffés avec un soin extrême mais semblant prêts à se délier à la première caresse du vent. Un mélange d’attention et de négligence qui confine  à la schizophrénie esthétique.

Longues ou courtes, lisses ou légèrement bouclées, naturelles ou colorées, mais toujours teintées de cette fragrance suave dont les molécules d’air restent chargées longtemps après leurs passage, ces chevelures porteuses de paradis illuminent les foules comme autant de phares guidant les marins du coeur en quête de perfection.

Il y a leurs jambes, si longues qu’on ose à peine en suivre le tracé délicat de peur de se perdre en route. Une longueur que seule leur finesse parvient à rivaliser, créant ainsi un nectar enivrant dont on boit tout son saoul sans le moindre scrupule tant il semble appartenir à un rêve.

Et enfin, il y a leur grâce et leur légèreté de tous les instants. Naturelles ou travaillées, conscientes ou jouées, elles confèrent à chacun de ses joyaux un magnétisme indescriptible, un éclat envoûtant dans lequel on n’aspire qu’à se fondre mais qui semble pourtant désespérément inaccessible.

Vous l’aurez compris, ce voyage au Japon a été un choc – une claque même. Je vais tenter de vous le faire vivre aussi fidèlement que possible, mais je sais déjà que certaines des expériences que j’y ai vécues ne se laisseront pas résumer par de vulgaires paragraphes.

Il y a des choses qui échappent tout simplement au pouvoir des mots.