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Considérations psylencieuses

Posted in Maître Chéper avec des tags on 24 septembre 2009 by The Psyminder

Septembre touche à sa fin, annonçant inexorablement la fin de la saison des open air. Plus de forêt enchantée ni de collines qui bougent, plus de rassemblements sauvages au clair de lune ni de communion spirituelle avec Dame Nature.

L’arrivée du froid marque le retour des teufeurs dans la chaleur moite et collante des boîtes de nuits, avec leurs sols qui collent, leurs bourrés qui s’énervent et leur obligation de fermer vers 5 heures du matin.

Un dur coup porté au moral de la communauté chéper.

Je ne veux toutefois pas avoir l’air de cracher dans la soupe: je passe souvent d’excellentes soirées en milieu fermé, quand il ne s’agit pas carrément de moments de légende.

Preuves en sont Fractal Energy 2 et Gaia-Tek 3 que j’ai vécues à Bienne, et dont je prévois déjà de vivre les éditions suivantes en novembre cette année et en mars 2010 – CPU, Sidharta et Khopat faisant partie du menu, je pense que je peux m’abstenir de développer.

Ces deux week-end mémorables sont le vibrant témoignage qu’on peut faire de grandes choses en intérieur à condition de s’en donner les moyens. L’espace restreint et l’air lourd sont des obstacles majeurs certes, mais pas insurmontables.

Autre point à ne pas négliger en ce début d’automne, c’est que la belle saison aura été exceptionnellement riches en moments forts. A vrai dire, la cuvée 2009 est jusqu’ici tout simplement exceptionnelle.

Désert, plaines et forêts se sont relayés inlassablement: de Transahara à la Dôle en passant par Ozora et les bois vaudois, les mois se sont écoulés au rythme des évasions sensorielles, chaque seconde de quotidien ne servant finalement qu’à brûler le temps séparant un rêve de l’autre.

Autant dire que je n’ai pas à me plaindre sur ce coup. Je m’abstiendrai donc de présenter la fin des open air comme un drame majeur, même si, quand on a pris goût à cette façon de faire la teuf, le sevrage se révèle profondément désagréable, si temporaire soit-il.

Rien n’est en effet meilleur sur un dance floor que la sensation de liberté: bouger à sa guise sans se soucier de l’espace disponible, sauter, courir sans la moindre arrière-pensée, autant de comportements impensables en milieu fermé et qui engendrent par conséquent une intense frustration.

Le point positif en revanche, c’est que le ralentissement des teufs psy représente une superbe occasion de calmer sur la défonce. A condition de réussir à cantonner celle-ci au cadre des soirées et festoches en tout genre.

En ce sens, je rejoins parfaitement les sages conseils de Psyberpunk, avec qui j’ai parfois le plaisir de discuter, et qui tente régulièrement d’attirer mon attention sur les conséquences à long terme des prods.

Cela fait des années qu’il évolue dans ce milieu et j’imagine volontiers qu’il ne compte plus les exemples de types qui, comme moi, ne voulaient que profiter d’expériences uniques mais ont fini par sombre totalement suite au cramage de leur dernier neurone.

Je pense donc qu’il sait de quoi il parle, et ses mots ont certainement plus de poids à mes oreilles que n’importe quelle  forme de prévention ou de consultation.

L’année dernière, la fin des open air a certes été difficile, mais la perspective de Transahara dès le mois d’avril avait considérablement atténué cette sensation de manque.

Or, coup de masse en fin de semaine dernière, l’édition 2010 de Transahara ne sera pas. Il faudra donc attendre 2011 pour voir à nouveau les dunes se déhancher sous les étoiles.

Quant au retour des teufs en plein air, il se fera donc à l’approche de l’été. A ce moment-là, le problème principal sera d’une toute autre nature mais non moins complexe, loin s’en faut: où aller?

Les festivals d’exception se succèdent en effet sans interruption aux quatre coins du globe: Ozora, Aurora, Boom, Freedom, et voilà que j’entends parler coup sur coup d’un festival au large de la Tanzanie et d’un autre sur l’Ile de Pâques en pleine éclipse solaire.

Je voudrais pas balancer mais y a comme de l’abus.

En l’espace de deux petits mois, des centaines de DJs, des hectares de nature, des milliers de teufeurs et des tonnes de prods s’éparpillent entre la Grèce, la Hongrie, le Portugal et des destinations encore plus exotiques.

Ceci bien sûr sans compter les festivals moins connus mais d’échelle presque similaire, auxquels on n’envisage hélas même pas de se rendre dans la mesure où l’on n’arrive déjà pas à choisir parmi les incontournables.

Vers la fin de mes études, j’ai commencé à me projeter dans le futur, essayant d’imaginer mon attitude quand j’aurai à affronter cette problématique universelle: concilier quota de vacances, revenu disponible et envies de loisirs de manière optimale.

Passer du statut d’étudiant universitaire à celui de salarié à temps plein représente une coupe dans les vacances annuelles de deux bons mois – en étant prudent. En soi, le choc est déjà difficile à absorber.

Seulement, l’élément qui était absent de mes projections, c’est que passer du statut de foncedé à celui de chéper représente une augmentation des envies de loisirs de deux tout aussi bons mois.

Je vous laisse faire le calcul dont le verdict est sans appel: par définition, le chéper est constamment déchiré, au propre comme au figuré.

Si ce n’est pas à cause des prods, c’est à cause du calendrier.

Or, c’est arrivé à ce point de mes réflexions que j’ai à nouveau été frappé par un constat perturbant: ces grandes messes psychédéliques sont depuis longtemps devenues mes seuls et uniques repères temporels.

Mon premier réflexe quand je descends d’une perche est de compter mentalement les jours jusqu’à la suivante. Les mois ne correspondent plus pour moi à des saisons ou des anniversaires mais à des obstacles à franchir pour atteindre le prochain festival.

Le constat effectué en 2008 se répète en 2009: à l’exception des fêtes de fin d’année, tous les jours de vacances que j’aurai épuisés auront servi à me permettre de vivre cette passion explosive.

Si l’effet psychologique hautement positif ne s’est jamais démenti – bien au contraire, il s’agit clairement d’un jeu à somme nulle dans lequel le corps prends dans la gueule tout ce que l’esprit évacue: à chaque retour, l’un se retrouve aussi vidé que l’autre.

Pourtant, avant Transahara 2008, j’ignorais tout de cet univers, de cet engouement proche du fanatisme qui réunit une frange méconnue de la population dans des expériences sensorielles hors du temps et de l’espace imposés aux autres.

Je devais donc bien avoir d’autres échéances, d’autres jalons plantés le long de mon année pour me fixer une ligne directrice. Examens, vacances en famille, anniversaire particulier, ce ne sont pas les occasions qui manquent.

Pourtant, rien de tout ça ne m’évoque une situation vécue. Je sais que ces repères sont là, quelque part, qu’ils ont forcément existé, mais aucun ne fait de sens à mes yeux.

Ils m’apparaissent comme autant de préoccupations futiles, des événements risibles et insignifiants à la lumière de ce que peut être la vie à condition de trouver le bon dance floor.

Bien entendu, ce type de raisonnement et de mode de vie ne sont pas tenables sur la durée. Quand on brûle la chandelle par les deux bouts, on ne peut pas décemment espérer s’en sortir indemne. J’en sais quelque chose.

Dès lors, le challenge se résume donc pour moi à remettre la teuf à sa place: en faire l’exception et non la norme, l’amie et non la maîtresse, la célébration et non la fuite.

Je ne peux m’empêcher de ramener cette réflexion à celle que j’ai eue récemment: cette omniprésence de teufs dans mon calendrier, au détriment de tout autre événement, témoignerait-elle de mon acceptation de cette nouvelle vie, avec tous les dangers qu’elle présente à une telle intensité?

Très sincèrement, je suis persuadé que non. Plus les jours passent, ce changement déjà plusieurs fois mentionné dernièrement et plus je le sens. Le quotidien n’est pas plus facile, mais mon regard sur lui continue de subir une transformation radicale.

Je n’essaierai pas de vous croire que je contrôle cet univers – celui des sons électrisants, des produits décapants et des paysages envoûtants. Je continue de l’explorer de fond en comble pour la simple et mauvaise raison que je ne sais pas lui résister.

Pourtant, je ne me sens plus habité par ce vide terrifiant qui me guidait il y a encore quelques semaines lors de mes nuits d’insomnies. Pas plus de certitudes pour autant, mais un état d’esprit dont l’évolution me laisse perplexe.

Un état d’esprit dont le point névralgique demeure cette indescriptible curiosité qui enveloppe désormais mon approche de l’avenir.

Là où je voyais récemment des obstacles se dressent désormais des challenges, et je me surprends parfois à attraper dans l’air matinal des fragments d’espoir échappés d’un futur peut-être moins hypothétique que je ne voulais bien le croire.

J’ai vraiment le sentiment d’acquérir en ce moment le recul nécessaire pour recommencer – enfin – à agir sur ma vie, et non plus me traîner péniblement sous son poids.

Bref, je me sens ce soir comme un set d’Hallucinogen: impossible à poser sur papier. C’est probablement pour ça que je suis parti dans tous les sens.

Mais pour une fois, je crois que c’est bon signe.

Tell it like it is

Posted in Maître Chéper avec des tags , , on 5 août 2009 by The Psyminder

Article repêché des brouillons dans le cadre de Psyminder Declassified, suite à une lecture inspirationnelle pour laquelle je remercie l’auteur. Article enrichi des 13 derniers paragraphes – ah ouais quand même.

Et c’est reparti…

C’est dingue, ça doit faire trois semaines que ça se passe exactement de la même manière. Je tape de la fiff du mercredi au samedi, en abusant généralement encore plus le week-end, puis je joue les grands repentis le dimanche.

Je n’ai quasiment pas dormi et j’ai claqué tellement de thunes que depuis le temps, je l’aurais mon putain de gros cube. J’ai ce fameux goût dans la bouche, celui qui rappelle le contact de la blanche sur les gencives. Le seul moyen de le faire passer est de fumer, picoler, ou les deux à la fois.

Même quand je n’en prends pas, la dope contribue à me faire crever à petit feu.

J’attaque la semaine plein de bonne volonté, persuadé que cette fois-ci je tiendrai jusqu’au week-end avant de rappeler mon dealer. Peut-être même ne l’appellerais-je pas du tout, qui sait?

Ca ne m’est pas encore arrivé en 2009 mais il faut un début à tout.

Dès le mercredi soir – allez savoir ce que ce jour a de particulier, je craque aux alentours de la mi-journée. Je continue de protester intérieurement pour la forme, mais je finis systématiquement par écrire le message fatidique: un lieu, une heure.

Pour la quantité, on avise sur place.

Une fois la commande passée, je me maudis et déplore profondément ma démarche. Je retrouve mon dealos avec un sentiment de culpabilité, puis je retourne chez moi en me répétant qu’après tout je ne vais pas y toucher.

Autant la garder pour la prochaine teuf.

Arrivé chez moi, je mange en vitesse et libère la C de son insupportable carcan fait de plastique et de papier. L’ouverture entraîne toujours quelques éclaboussures, l’occasion pour moi de ramasser ces fragments d’inconscience de mon doigt avide.

Je me suce ensuite le doigt et le promène sur mes gencives, histoire de faire connaissance avec mon invitée du soir. La découvrir, la goûter, l’évaluer pour mieux l’approcher, jusqu’à la confirmation qui ne s’est plus démentie depuis des lustres: bon tirage.

Le premier trait fait toujours l’effet d’un électrochoc – presque 96 heures de sevrage ça fait long. Le contact de la fiff remontant la narine, sa descente le long de la gorge, ce goût de décadence qu’elle dépose laisse derrière elle, tout ceci contribue au rituel.

Le couteau de cuisine usagé qui décortique les strates de plastique, la paire de ciseaux cassée qui vient à bout de la dernière couche, le billet de 20 Euros qui refuse depuis longtemps de quitter sa forme cylindrique, chaque composant de mon champ visuel n’est qu’une incitation à la dérive.

Ce premier trait, généralement surdosé par le manque, me propulse dans un état dont la durée est sans comparaison par rapport aux suivants. Plus violent, plus long, presque douloureux tant il s’empare rapidement du corps et de l’esprit.

La perception est altérée, l’esprit indécis et le temps inconsistant. Chaque réflexion semble prendre une éternité à elle-seule; le corps réclame désespérément du mouvement, supplique que le cerveau assimile mais à laquelle il ne sait quelle réponse donner.

J’en viens souvent à me dire que ce soir, la consommation se limitera à deux ou trois prises. Je me sens tellement chéper que je crains l’implosion, ayant simultanément envie de boire, fumer, marcher, danser, sortir et baiser – tiens, serait-ce bon signe?

Le second trait est toujours bien plus modeste. Si j’arrive à tenir plusieurs jours sur un ballon, mon porte-monnaie et mon sommeil ne s’en porteront que mieux. Ma conscience et mon estime de moi aussi.

Le second trait me remet toujours sur les rails – pardonne-moi ouylle, celui-ci est involontaire: il rallume mon esprit, reprend le contrôle de mon corps et me donne un phénoménal coup de fouet.

Seules demeurent cette énergie explosive et cette vivacité intellectuelle qui me ramènent en une fraction de seconde à la réalité. Je me sens bien, je me colle devant mon clavier et je laisse courir mes doigts. Puis la machine s’emballe.

Les idées se bousculent dans ma tête mais je n’arrive plus à les attraper. J’écris quelques mots, m’arrête pour boire une gorgée, continue ma phrase mais rallume mon pet avant de l’avoir terminée. J’ai envie d’écrire et de sortir, de danser et de discuter, de pouvoir faire tout ça à la fois.

Mais par dessus tout, j’ai envie de coke.

Il est à peine 21h30 et je prépare mon troisième trait. Chacun d’eux retarde l’heure à laquelle je me coucherai, et chaque heure passée debout est une occasion supplémentaire de me repoudrer le nez, ce qui retarde à nouveau l’heure du coucher. Un putain de cercle vicieux.

Une fois le premier rail consommé, le déroulement de la soirée est cousu de fil blanc – au moins ça fait ton sur ton.

Plus l’heure se fait tardive, plus j’hésite avant de m’en préparer un autre. Mesure inutile dans la mesure où je cède à chaque fois, mais ça a au moins le mérite de m’empêcher de tout sniffer en moins d’heure.

Entre parenthèses, con comme je suis, je tenterai probablement l’expérience un jour, même si le deuxième épisode champi à Dam l’année dernière aurait dû me convaincre définitivement du caractère dangereux et aléatoire de la défonce express.

Depuis quelques temps, j’oscille très clairement entre deux situations bien différentes. Plus j’y réfléchis, plus je suis persuadé qu’il n’existe pour moi aucun juste milieu.

Un jour il faudra trancher, sans compromis d’aucune sorte.

D’un côté, les soirées durant lesquelles je n’ai pas de dope à la maison. Facile de ne pas en prendre forcément, mais difficile de maintenir cette situation longtemps. Le défi réside donc dans ma capacité à affronter ma détresse quotidienne sans me servir de mon nez.

De l’autre, les soirées qui commencent par un rendez-vous avec mon dealer. Dans ces cas-là, comme je vous le racontais plus haut, il n’y a même plus de défi: une fois la fiff dans la main, le seul moyen de ne pas en prendre est de ne plus en avoir.

C’est ensuite que le défi resurgit, consistant à passer le plus rapidement possible du deuxième cas de figure au premier, et à revenir le plus lentement possible du premier au deuxième.

Dans tous les cas, les faits sont là et demeurent: quand j’en ai, j’en prends. Jusqu’à épuisement. Une explosion de faiblesse derrière un masque qui, pendant tant d’années, s’est voulu invulnérable, avant de se découvrir aussi friable que la plus sèche des indoor suisses.

Lorsque ces longues soirées d’interdit se manifestent, elles me laissent toujours un goût de cendres dans la bouche. Soit le soir même, soit le lendemain – tout dépend du laps de temps écoulé entre le dernier coït nasal et la mise au lit.

Ces textes, qui m’inspirent et me transcendent quand je les écris, finissent toujours pas me coller le doute: ai-je bien fait de les publier? Parlent-ils à qui que ce soit à part moi? Ont-ils encore un sens, une raison d’être? Pourquoi suis-je si confiant en les écrivant mais si hésitant en les relisant?

Encore une question soulevée par ce blog qui était censé apporter tant de réponses.

Je ressens le besoin de compléter cet article suite à la lecture d’un commentaire dont l’auteur se reconnaîtra immédiatement s’il repasse par ici, je dont je ne doute pas.

Je ne l’ai pas réalisé sur le moment, mais il a apporté une réponse à l’une des questions les plus fondamentales qui aient jamais animé Psyminder: comment les gens me voient à travers ces lignes – ouylle, désolé encore, celui-ci aussi s’est glissé dans le texte à l’insu de mon plein gré.

Alors à toi, mon ami, mon modèle, je voudrais dire ceci.

Je sais que ce blog peut être effrayant, mais n’est-ce pas naturel? Après tout, il reflète ce qu’il y a de plus intense en moi: colère et désespoir les soirs d’orage, amour et enthousiasme lorsque le soleil perce les nuages.

J’ai l’air heureux sur les dance floor, disais-tu. Normal, je le suis, et ce n’est ni  le seul endroit ni le seul moment.

Je suis heureux lorsque je passe du temps avec mes amis. Je suis heureux lorsque un ami devient père de famille. Je suis heureux lorsque je découvre un paysage à la beauté dont je n’aurais jamais soupçonné l’existence.

Je suis heureux lorsque Federer gagne, et je suis heureux lorsqu’un conflit international prend fin. Je suis heureux quand je découvre que mon livre va être passionnant, et je suis heureux lorsque une jolie fille me sourit.

Je suis heureux quand mon entourage est heureux, et je suis heureux quand je bois une bière au bord du lac face au soleil couchant. Je suis heureux quand j’ai l’impression d’exister.

Or, cette impression ne disparaît que lorsque je me retrouve seul chez moi. C’est dans ces moments que je cède à la mélancolie, à la résignation, à la peur et au désespoir. C’est dans ces moments que je peux me laisser aller à des confidences dont le contenu n’a rien de bien rassurant.

C’est pourquoi mon défi aujourd’hui est de mettre un terme à cette solitude. Sortir, découvrir, rencontrer des gens, voilà où passent mes efforts en ce moment, avec des succès divers et variés. Mais j’y crois, et j’ai la foi.

La seule chose que je te demande, c’est de me faire confiance. Si tu veux m’épauler de tes conseils et de ton expérience, jamais je ne te fermerai la porte: tes avis me sont trop précieux. Mais ne doute pas de moi, lis à travers les lignes sans te laisser distraire par leur contenu.

Je connais mes forces, je connais mes faiblesses, et je connais mon objectif. Ca prendra le temps qu’il faudra, mais je sortirai de là.Un jour, je le sais, je n’aurai plus besoin de ce blog.

Plus pour me soigner en tout cas.

Crime de cent

Posted in Maître Chéper avec des tags on 26 juin 2009 by The Psyminder

Ce soir, Psyminder atteint le cap symbolique des 100 publications. Ca n’a l’air de rien comme ça, mais c’est qu’il y en a des nuits blanches derrière ce nombre.

J’ai récemment copié l’intégralité de mes textes dans un document Word que j’ai sauvegardé à plusieurs endroits différents, histoire de ne pas perdre ce qui constitue désormais le résumé circonstancié de mes 14 derniers mois.

Du coup, j’en ai profité pour évaluer plus précisément l’ampleur du préjudice intellectuel. Verdict: 183 pages avant ce soir, en Times New Roman 12 on ne peut plus classique. Je ne suis même pas sûr que mon mémoire de fin d’études atteigne le tiers de cette longueur.

Je tiens au passage à saluer le courage de certains amis qui, je le sais, ont lu ce blog de la première à la dernière ligne. Élément flatteur, ils l’ont réellement fait par plaisir. Élément inattendu, jamais ils n’ont porté le moindre jugement, au contraire.

Leur regard bienveillant et compatissant, leurs critiques constructives et leurs conseils avisés m’ont conforté dans mon exhibitionnisme intellectuel. Oui, je finirai peut-être un jour par me faire sévèrement grillé, mais en attendant que ça arrive, m’ouvrir ainsi est probablement l’une des meilleures décisions que j’aie prises.

Pas seulement pour le côté thérapeutique d’ailleurs: cela m’a également permis de découvrir qu’au fond, je ne suis pas un cas si isolé que je l’ai longtemps imaginé.

Découvrir cette facette de ma personne a en effet poussé un certain nombre de personnes à s’ouvrir à moi en retour, donnant ainsi naissance à des échanges aussi enrichissants que forts en émotions. Et là encore, la gentillesse, l’empathie et l’objectivité des gens m’a permis de mener certaines réflexions bien plus loin que je n’aurais jamais pu le faire tout seul.

Amis de longue date, connaissances récentes, parfaits inconnus, teufeurs de l’extrême, chéper reconvertis et DJs se sont succédés ici pour me laisser leurs impressions, chacun apportant sa contribution personnelle à cette épique narration de défoncé torturé.

C’est vrai qu’il y en a eu des aventures et des rebondissements depuis le début; suffisamment pour faire résonner quelque chose au fond de certains en tout cas.

Si j’admets volontiers que les thématiques abordées ne varient peut-être pas beaucoup, je mets un point d’honneur à varier la forme et l’angle d’attaque. C’est peut-être pour cela que les gens me disent parfois avoir été touché: à force d’étudier la personnalité humaine dans tous ses états, tôt ou tard, je finis par étudier la vôtre.

Que vous le vouliez ou non d’ailleurs.

Au risque de me répéter – Goldfish inside, je ne m’attendais absolument pas à la tournure que ce blog a prise. Au départ, il n’était que la réaction explosive d’un chéper latent consécutif à une brutale exposition au psychédélisme sous toutes ses formes.

L’objectif initial était donc simplement de relater ici les périples du calibre de Transahara. Je n’avais pas la prétention de croire que mes soirées conventionnelles puissent représenter un quelconque intérêt, et je ne comptais certainement pas y insérer des éléments un tant soit peu intimes.

Pourtant, si on fait le compte aujourd’hui, les récits de festivals à l’étranger constituent la plus petite catégorie de Psyminder, avec 19 articles. Même les récits des teufs en Suisse sont plus nombreux, vibrante illustration qu’après mon premier périple dans le désert, mes soirées ont cessé d’être conventionnelles.

Autant dire que ce blog a bel et bien dévié de sa trajectoire originale. La faute à deux styles rédactionnels dont l’émergence a été aussi brutale qu’inattendue, et qui se sont d’ailleurs souvent manifestés ensemble: la tirade dépressive et l’essai toxicomane.

En toute franchise, je me serai bien passé de la première. En effet, si je suis content que cela m’ait aidé à dénouer un peu le merdier que j’ai dans la tête, j’aurais probablement été encore plus content de ne rien avoir à dénouer.

Or, après 22 articles publiés dans cette fameuse Inner Forest, force est de constater qu’il reste encore du boulot. Je constate néanmoins depuis quelques temps un ralentissement marqué de cette catégorie, mais je peine à l’interpréter comme un signe réellement encourageant au vu de mon rythme vie ces dernières semaines.

L’essai toxicomane est déjà un style bien plus ludique, pour l’esprit du moins. Pour le corps en revanche, et nous sommes sûrement d’accord sur ce point, je serais en droit de m’auto-assigner en justice pour lésions corporelles graves avec récidive.

Je brûle la chandelle par les deux bouts, avais-je dit un soir à ouylle en sortant du Café Bizarre, un bar situé près de la gare et dont l’épithète correspond on ne peut mieux à plusieurs des scènes auxquelles j’ai assisté – ou contribué – là-bas.

Un comble pour un mec qui s’éclaire à la bougie pendant la moitié de l’année.

En revanche, et comme je le mentionnais récemment, l’effet sur l’inspiration est aussi violent qu’une souflette exercée par surprise sur un nourrisson asmathique. Pas que j’aie déjà essayé, mais je trouvais la comparaison délicieusement éloquente.

Mon machin qu’il y en a eu des conneries publiées ici. Parodies débiles, histoires invraisemblables, apologie de la drogue et autres contes de Noël,  rien ne vous aura été épargné.

En un sens, écrire sous l’emprise des prods, c’est un peu comme découvrir de l’intérieur le quotidien de McGyver: on vous donne un trombone, ça vous inspire l’Encyclopédie de la Physique Nucléaire moderne que vous pondez en quelques minutes.

Bref, tout ceci est bien joli – si j’ose dire, mais la question de fond doit maintenant être examinée: 100 posts plus tard, qu’est-ce que je retire de cette aventure?

Je n’arrive pas une seconde à m’en convaincre, mais je pense qu’une analyse objective aboutirait à la conclusion que ce blog ne me fait pas forcément que du bien. Je m’explique.

D’un point de vue artistique, et qu’on me pardonne cet élan de fatuité, je considère Psyminder comme une réussite. Le fond restera éternellement source de débat, mais je vis avec la conviction que la forme a quand même une sacrée gueule.

D’un point de vue psychologique, il m’a certainement aidé à explorer des questionnements qui, tant qu’ils n’étaient pas décrits de façon structurée pour être soumis à un œil extérieur, étaient tout bonnement impossibles à appréhender dans leur globalité.

D’un point de vue humain, comme je l’ai mentionné plus haut, il a engendré des situations exceptionnelles, et le fait d’avoir pu entamer de véritables discussions autour de certains articles leur a conféré une valeur qui leur faisait défaut auparavant.

Et pourtant.

Depuis quelques semaines, je n’arrive plus à me défaire de cette impression; ce sentiment encore confus, mais qui gagne en intensité et ne cesse de me susurrer que Psyminder est en définitive un putain de cercle vicieux.

Un cercle que je renforce jour après jour en y évoluant aveuglément.

Son évolution me semble aller tout à fait dans ce sens: de récréatif qu’il était à la base, il s’est progressivement transformé en local d’injection intellectuelle, puis en canapé pour cabinet de psy.

A force de lui attribuer des effets bénéfiques, j’ai fini par me dire que j’en avais besoin pour affronter mes doutes quotidiens. A tel point que lorsque l’inspiration a commencé à me faire défaut, je me suis résigné à la stimuler artificiellement.

Aujourd’hui, les stimulants font partie des problèmes dont je parle ici, et ceux qui étaient déjà là avant n’ont toujours pas quitté les lieux. La solitude me fait toujours autant chier, pourtant je passe ma vie la tête à l’envers dans les festivals psy et les teufs électro.

Quand j’en reviens, je les relate ici avant de me plaindre que décidément, j’aime pas la solitude et ma situation n’évolue pas des masses. Et si, paradoxalement, j’ai malgré tout l’impression d’aller mieux ces derniers temps, je suis hanté par la crainte qu’il s’agisse tout simplement d’une accoutumance  à mon mode de vie.

Typiquement, en ce moment même, alors que je vous explique tout ça, je ne le vis absolument pas comme un problème. Je vous le raconte, mais je n’ai pas l’impression que c’est moi que ça concerne: c’est un peu comme si j’étais devenu le narrateur de ma propre vie.

Bref – il passe toujours bien à ce moment-là du texte, le moins que l’on puisse dire, c’est que ces 100 premiers articles ont été riches en émotions et en conséquences. Je ne regrette rien, mais je n’en nourris pas moins un désir assez fort.

Celui de ne pas arriver trop vite à 200.

VIP service

Posted in Maître Chéper avec des tags on 24 juin 2009 by The Psyminder

Pendant de nombreuses années, j’ai eu la chance de vivre avec un père gagnant extrêmement bien sa vie. Aussi loin que je me souvienne, nous n’avons jamais eu à faire spécialement attention, sans pour autant manquer de quoi que ce soit.

Bien au contraire.

Mon père a toujours été doué pour le business, mais quand il s’est réellement mis à son compte, son succès a pris une dimension bien supérieure. Nous avons commencé à mener un train de vie qui, sans être dispendieux, se situait déjà bien dans le haut de gamme.

Voyages à l’autre bout du monde, résidence secondaire à la montagne, voiture personnelle, maison gigantesque avec jardin et vue sur le lac, autant dire que nous n’étions pas à plaindre.

Je tiens toutefois à nuancer légèrement ce qui précède: mon argent de poche n’atteignait qu’une somme très modeste, et j’ai surtout grandi dans un environnement où ne faisions pas spécialement figure d’exception, loin s’en faut même.

C’est peut-être con à dire, mais les riches fréquentent souvent les autres riches, par envie ou par la force des choses.

En ce qui me concerne, j’ai grandi dans un village typiquement suisse – friqué donc. J’ai fréquenté les établissements scolaires que le reste de Genève qualifie dédaigneusement de bourge.

Après tout, quoi de plus normal pour des parents qui en ont les moyens que de vouloir offrir à leurs enfants ce qui se fait de mieux?

Entre parenthèses, quand je vois où j’en suis aujourd’hui avec un background pareil, je ne veux même pas savoir comment j’aurais tourné dans une famille à problèmes fauchée du matin au soir.

Pendant toutes ces années, j’ai eu l’occasion de découvrir la différence de traitement que l’on observe dans le secteur des services selon l’épaisseur de son portefeuille. Il me suffisait pour cela de regarder mon père partout où nous allions.

Quand vous achetez un service, vous êtes un client. Quand vous achetez un service qui coûte cher, vous êtes un bon client. Quand vous achetez régulièrement un service qui coûte cher, vous êtes un client qu’il faut garder. Et pour ça, il n’y pas 36 solutions.

La lèche.

Je sais que ça a l’air un peu réducteur. D’ailleurs, mon père a souvent noué avec ses interlocuteurs des relations d’amitié allant bien au-delà du simple rapport client-fournisseur.

A partir du moment où vous bossez bien et que vous livrez ce que vous avez promis, mon père est en effet le meilleur client du monde. Il paie ses factures le jour où il les reçoit, traite les gens avec respect, s’intéresse à leur travail et n’est jamais avare de compliments lorsque le résultat lui plaît.

Quoi qu’il en soit, indépendamment des qualités du client, le monde du luxe obéit à ce commandement immuable: la qualité du service se doit d’être irréprochable, le client étant par défaut considéré comme un casse-couilles difficile et hautain.

Les techniques ne manquent pas pour retenir la clientèle, et celle-ci, bien que n’étant pas dupe une seconde, entre volontiers dans ce petit jeu dont elle retire de nombreux avantages: une simplification administrative par-ci, une bouteille de la réserve personnelle du patron par-là, et le tour est joué.

Pour prendre un exemple personnel, mon père est collectionneur de voitures anciennes. Il n’a de plus jamais eu d’accident et fait donc doublement figure de client parfait auprès de son assureur. Or, il se trouve que mon assureur est le même que le sien – ah ben quelle chance.

Résultat des courses, dès ma première année de permis, j’ai été soumis au régime que l’on applique généralement aux conducteurs modèles après de nombreuses années de circulation sans histoire. Quand on connaît le prix des assurances automobiles, c’est une véritable bénédiction.

Une fois quitté le domicile familial, j’ai commencé à bosser dans une boîte qui sert principalement l’industrie du luxe. Étant désormais moi-même du côté du fournisseur, je suis le témoin direct des trésors de patience et de courtoisie dont il faut faire preuve lors de chaque interaction.

Vous êtes pressé de rentrer chez vous et vous êtes d’une humeur massacrante? Qu’importe, il vous faut malgré tout terminer ce mail par un paragraphe long comme le bras dans lequel vous assurez votre interlocuteur de l’infinie sympathie que vous éprouvez envers lui, même s’il s’agit en réalité du plus phénoménal connard que vous ayez jamais eu envie de scalper.

J’ai également eu l’occasion de fréquenter certains salons qui, même en période de crise, n’avaient probablement pas grand chose à envier aux palais les plus démesurés des princes arabes. En plus bling bling cela dit.

A tort ou à raison, ces salons m’ont toujours donné l’impression que les gens acceptent plus facilement de se faire prendre de haut dès qu’ils vendent un objet à quelques centaines de plaques. A croire que la qualité du service est forcément moins bonne si on traite les clients comme des humains et non comme des tirelires.

Bref, toujours est-il qu’il y a quelques temps, j’ai réalisé que je commençais moi aussi à bénéficier d’un service particulièrement soigné, dans des circonstances bien précises évidemment. Et moins glamour que celles décrites plus haut, cela va sans dire.

La première fois que j’ai bénéficié d’un traitement de faveur, c’était dans le tabac à 200 mètres de chez moi, tabac dont j’ai dû doubler le chiffre d’affaires depuis mon emménagement. Je m’y approvisionne en effet en clopes, feuilles, bières, briquets et bouffe depuis près de 18 mois.

Croyez-moi, ce ne sont pas les postes les moins importants du budget. Du coup, maintenant, quand j’ai oublié mon porte-monnaie ou que je viens de lâcher mes dernières thunes à mon dealos, je n’ai qu’à demander un crédit pour l’obtenir.

Basique certes, mais très pratique, d’autant que le gérant tient son magasin ouvert jusqu’à 21h du lundi au dimanche. A Genève, il n’y a bien que les commerces de ce genre qui puissent afficher des horaires pareils.

Située au bas de mon immeuble, la pizzeria dans laquelle je me rends au moins une fois par semaine est le théâtre de mon second statut particulier.

J’y tutoie les employés, et nos conversations sont désormais purement personnelles: la commande se passe en effet de commentaire puisqu’elle ne varie jamais.

J’arrive en début de soirée pour lire le journal; la pression et le cendrier arrivent avant que je ne sois assis. Je sirote mon verre en fumant une clope et en prenant connaissance des actualités, et ma pizza arrive systématiquement au moment où je tourne la dernière page.

A ce moment-là, j’ai déjà payé l’addition, sans avoir à préciser le montant du pourboire. La serveuse le prélève spontanément car elle sait que je laisserai quoi qu’il arrive.

Bien sûr, il y a une certaine audace à parler d’un salon pour millionnaires et d’une pizzeria dans le même article, mais j’avoue que ça fait du bien d’arriver dans un endroit où on est connu, cajolé et où l’on se sent bien.

Et puis merde, je vous raconterai comment une employée de chez Rolex m’a ciré les pompes le jour où je gagnerai en un jour ce que je gagne aujourd’hui en un an. Rien ne sert de courir, il y aura toujours un mec pour courir plus vite que vous.

Enfin, l’exemple le plus flagrant de ce service VIP me vient sans surprise de mon dealer attitré. Il faut dire que cette fois, la situation me semble justifiée: sans moi, il aurait probablement rendu son appartement depuis un bail – recrudescence de jeu de mots pourri inside.

Au début, je me déplaçais systématiquement. Ca me faisait chier, mais je ne voyais guère d’autre option. Puis, avec le temps, je me suis risqué à lui demander de se déplacer dans mon quartier. J’ai ainsi fonctionné en alternance pendant un moment.

Un beau jour, alors que j’avais rendez-vous au bord du lac pour boire l’apéro avec des amis, je décide de choper en prévision de la soirée. Je demande donc à mon dealos de venir, ce à quoi il répond qu’il se trouve à l’autre bout de la ville et préférerait que je me déplace.

Soupir, début de résignation, puis réflexion. Je lui renvoie un message pour l’informer que j’ai un rendez-vous et ne peut me déplacer. Il m’annonce qu’il va faire le maximum et me tenir au courant, avant de débarquer 15 minutes plus tard.

Tiens donc.

Depuis, à moins que je n’aie envie de profiter du beau temps pour faire un tour en moto, c’est lui qui se déplace. Il sait qu’il n’est pas dans son intérêt de me compliquer l’achat, la concurrence étant rude sur le marché de la coke genevois.

J’ai conscience que mon attitude peut paraître hautaine – elle l’est probablement un peu d’ailleurs. J’entretiens pourtant une relation très amicale avec mon dealos, pas seulement parce que nous sommes en affaires, mais aussi parce que nous sommes réglos et sympas l’un envers l’autre.

Nous prenons d’ailleurs toujours le temps de discuter un moment, étant bien aidés en cela par son niveau d’anglais historiquement élevé au sein de la communauté africaine de l’Usine.

Mais au final, ça ne m’empêche pas de penser qu’avec la thune que je lui lâche tous les mois, directement ou par le biais des gens que je redirige vers lui, il peut raisonnablement se permettre de me faire économiser sur l’essence.

Qui aurait cru que le service VIP s’appliquait aussi bas dans la hiérarchie sociale? Certainement pas moi.