Made in Psycore

Ceux qui me suivent depuis longtemps le savent bien, musique et psytrance représentent à mes yeux le synonyme ultime. J’ai banni de mon répertoire toute autre forme de son depuis plusieurs années maintenant, à tel point que j’éprouve de réelles difficultés à me remémorer ce que je pouvais bien écouter auparavant.

Dès ma première plongée au coeur de la psytrance, j’ai été littéralement happé par l’univers de la full on. Au fil des années, à force d’un travail d’exploration que je me permets – en toute modestie – de qualifier de pharaonique, j’ai acquis une connaissance de ce style dont peu de gens peuvent aujourd’hui se vanter sur les dance floors internationaux.

Il s’agit d’ailleurs de l’un des grands maux de la psytrance: le nom des artistes et de leurs morceaux, leur parcours, leur vécu, tout ceci revêt hélas de moins en moins d’importance pour le goau’ld moyen: la seule chose qui compte est que le son pète.

Pour un passionné tel que moi, cette incapacité chronique à faire la différence entre une légende de la scène psy et un gamin fraîchement lancé dans l’arène est extrêmement difficile à supporter – mais là n’est toutefois pas mon propos.

Etant donc devenu cet expert de la full on, j’ai dans un premier temps adopté une attitude extrêmement sectaire: tout ce qui s’apparentait de près ou de loin à de la progressive - l’échelon inférieur en termes de bpm – ou à de la dark - l’échelon supérieur – était impitoyablement banni de mon répertoire avant même d’avoir eu l’occasion de faire ses preuves.

Toutefois, au fil des ans, j’ai réussi à évoluer.

Si je pense rester éternellement hostile à la prog, j’ai fini par m’ouvrir progressivement à la dark - calembour pourri inside, ça faisait longtemps. Une évolution inattendue qui a selon moi été provoquée par deux facteurs principaux.

Tout d’abord, la scène psy romande est principalement dark – du moins en ce qui concerne les teufs sauvages généralement organisées au coeur d’une forêt ou au sommet d’un col. Ayant petit à petit fait mon chemin dans ce milieu somme toute plutôt fermé, j’ai été exposé à des heures et des heures de dark qui m’ont finalement fait réaliser que cet univers est beaucoup plus riche qu’il n’y paraît à la première écoute.

Ensuite, j’ai eu la chance d’être bien conseillé par de vrais connaisseurs qui m’ont aiguillé vers ce qui se fait probablement de mieux à l’heure actuelle en matière de dark: le label Bom Shanka.

Au travers des Psymmetrix, Synthetik Chaos, Illegal Machines et autres Dirty Saffi, j’ai découvert un monde absolument fascinant qui allait constituer le premier bouleversement majeur dans mon approche de la trance psychédélique.

J’ai donc commencé à explorer ce nouveau terrain de jeu qui m’offrait des perspectives insoupçonnées jusqu’alors. Sans atteindre le niveau de connaissance dont je faisais montre dans la full on, je commençais à bien maîtriser mon sujet lorsque s’est produit le second grand bouleversement de mon parcours psychédélique.

Un bouleversement dont les conséquences devaient rapidement s’étendre à toutes les facettes de ma vie.

Le 30 avril 2011, quelques heures avant le début de la légendaire Spiritual Essence 2, je fis la connaissance de Sushma. Dans la mesure où il me faudrait probablement plusieurs années pour décrire ici ce qu’elle représente pour moi, je me concentrerai sur le rôle qu’elle a joué dans le cadre de mon développement psychédélique.

Sushma est une inconditionnelle de psycore. Bien que je ne connaisse aucune définition “officielle” de ce terme, je pense que l’on peut raisonnablement parler de psycore dès lors qu’une track atteint les 170 bpm.

Comme dans de nombreux genres musicaux – je pense principalement au métal, la frontière entre les genres est en effet souvent largement laissée à l’interprétation personnelle du public.

Toujours est-il qu’en fréquentant Sushma, je découvris un genre de psy si démentiel et si éloigné de mes références de l’époque que ma réaction initiale fut désespérément prévisible: jugeant cette musique barbare, sans fantaisie et bien trop rapide pour être porteuse de la moindre émotion, je refusai d’y accorder la moindre attention sous prétexte que ça ne me parlait pas.

Puis vint cette semaine fatidique de juillet: incapable de supporter l’éloignement plus longtemps, je suis allé retrouver Sushma à Madeira. C’est ainsi que pendant une semaine, dans la voiture où à la maison, dans un état de sobriété souvent discutable, j’ai été exposé à sa musique de prédilection: le psycore.

Si j’y suis tout d’abord resté plutôt indifférent, je me suis rapidement surpris à vivre des trips phénoménaux en écoutant certaines de ses tracks préférées. Ma curiosité ainsi éveillée, il suffira par la suite de 48 heures pour me faire irrémédiablement basculer.

En quelques jours, ce que je considérais jusqu’alors comme une version bâtarde de la psy était devenu une nouvelle étape de mon imprévisible cheminement. Je venais de découvrir un nouvel Eldorado – un territoire si vaste que son exploration me garantissait d’emblée des milliers d’heures de découverte et d’émerveillement ne ressemblant en rien à tout ce que j’avais pu connaître jusqu’alors.

Cela se passait il y a moins d’un mois. C’est le temps qu’il m’aura fallu pour écouter, juger et trier plus d’un millier de tracks psycore, jusqu’à me constituer un dossier “best of” comprenant aujourd’hui plus de 150 fichiers. Une véritable révolution dans mon univers que j’ai longtemps cru imperméable à toute forme de psy s’éloignant trop de la full on.

Nombreux sont mes amis – principalement des DJs – qui ne comprennent pas mon engouement pour le psycore, n’y voyant qu’une sorte de lubie passagère provoqué par mon amour incommensurable pour Sushma et destiné à s’éteindre aussi soudainement qu’il est né.

Si je comprends parfaitement leur scepticisme, je vous annonce avec la plus solide des convictions qu’il n’en est rien. Pas après ce que j’ai entendu. Pas après ce que j’ai découvert.

Antagon, Clots, Crazy Astronaut, Cosmo, Enichkin, Furious, Gamaliel, Limbo, Mergel ou Mr Madness sont pour moi autant d’arguments qui me permettent d’affirmer que rien ne sera jamais plus pareil: je ne compte aucunement abandonner cette full on si précieuse à mon coeur, mais elle est désormais en compétition féroce avec un style qui n’obtiendra probablement jamais la reconnaissance qu’il mérite.

Trop différent, trop marginal, il continuera de relier les éléments éclatés d’une minorité tout en se dissimulant habilement aux yeux d’une masse qui n’est clairement pas encore prête à l’accepter.

Peut-être qu’un un jour, à force de patience et d’éducation, ce style parviendra néanmoins à toucher le coeur d’une nouvelle génération de goa’ulds en quête d’une forme d’expression menacée par l’uniformisation inéluctable de tous les pans de notre société – musique incluse.

Une génération made in psycore.

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