Crime deux cents
Le 26 juin 2009, soit à peine plus d’un an après la création de Psyminder, j’atteignais le cap symbolique du centième article. Il m’aura fallu presque deux fois plus longtemps pour écrire les 100 suivants, ce qui peut aussi bien traduire un certain essoufflement qu’une plus grande maturité littéraire m’empêchant désormais d’écrire absolument tout et n’importe quoi – encore que.
Une autre explication consiste à reconnaître que pendant les premiers mois, le néant qui m’habitait et ma profonde lassitude envers la vie m’ont fourni quantité d’articles que je n’ai même plus envie de relire aujourd’hui. Ayant désormais totalement remonté la pente, je ne dégaine plus ma plume que pour relater voyages, soirées et festivals – ce qui était d’ailleurs la vocation initiale de Psyminder.
Je m’autorise certes quelques incartades: de la publicité détournée à la diatribe politique enflammée en passant par d’épisodiques considérations sociales d’une valeur hautement discutable, je ressens encore le besoin d’embrasser une certaine liberté rédactionnelle: il est en effet parfois terriblement oppressant de devoir s’en tenir au déroulement d’événements déjà figés dans le marbre du passé.
Cette célébration du 200ème est un exercice que je m’impose. Parce que j’ai célébré le 100ème certes, mais aussi parce qu’il est de bon goût de célébrer les anniversaires de toutes sortes, et ce peu importe qu’on en ait envie ou non. Seulement, aujourd’hui, il se trouve que je n’en ai vraiment pas envie.
Je rechigne à rédiger cet article parce que je n’ai plus d’inspiration depuis des semaines. Généralement, quand je n’ai rien à dire – et même si ce ne fut pas toujours le cas – je la ferme. Le problème c’est que même si l’inspiration revenait, je ne pourrais rien en faire: con et têtu comme je suis, le 200ème ne peut en effet être consacré qu’à lui-même.
C’est la raison pour laquelle j’ai commencé cet article il y a près d’un mois, que j’ai vainement tenté de m’y remettre une dizaine de fois depuis et que je remonte à l’assaut ce soir avec la ferme intention de surmonter enfin l’obstacle pour m’ouvrir un nouvel horizon.
J’ai en tête le souvenir incroyablement net d’une discussion avec mon frère ouylle au Café Bizarre, par un soir de semaine vieux de presque deux ans maintenant. Nous avions parlé de mon envie de me faire éditer, des difficultés significatives présentées par ce projet et de la 100ème bougie de Psyminder que je venais de souffler.
Je le revois éclater de rire lorsque je lui ai annoncé le titre de cet article: Crime de cent. Quand il a repris son sérieux pour me dire que le titre du prochain anniversaire était déjà tout trouvé, je n’ai même pas percuté. Avec le recul, c’était pourtant frappé au coin du bon sens – et de la table.
Il s’en est passé des choses en deux ans, pourtant j’ai l’impression que cette scène se déroulait hier. Peut-être le fameux adage des dance floors est-il vrai après tout: There are three side effects of acid: enhanced long-term memory, decreased short-term memory, and I forget the third one.
Toujours est-il que me voici ce soir, plus vieux de 24 mois et une centaine d’articles, probablement plus stable et épanoui que par le passé mais demeurant désespérément irresponsable. Toujours le même chéper qui refuse de grandir, de s’engager et de se risquer à ébaucher le moindre projet d’avenir.
Il faut dire que peu de choses ont changé au cours de ces deux dernières années. Les festivals, les soirées et les décès en ont constitué l’essentiel des événements majeurs – ça et un avancement professionnel assez conséquent, toujours dans la même boîte néanmoins.
Et puis j’ai une copine depuis 6 semaines, même si c’est compliqué parce qu’elle s’est déjà barrée au Portugal pour un stage de 6 mois dont elle avait signé le contrat avant qu’on ne se rencontre.
Vu le climat passionné et torride dans lequel s’est déroulé le début, j’avoue crever d’envie de passer à la suite. L’attente n’en sera hélas que plus longue, d’autant que les possibilités offertes par Skype sont très limitées dans certains domaines.
48 heures se sont écoulées depuis la fin du dernier paragraphe. A ce rythme, cet article va être tellement haché qu’il méritera certainement une place de choix dans les meilleures boucheries du pays. L’exercice n’est toutefois pas inintéressant d’un point de vue intellectuel, même si conserver un minimum de suivi et de cohérence dans un texte écrit si laborieusement est loin d’être évident.
Je crois que j’ai enfin découvert la raison de mon manque d’inspiration de ces dernières semaines. Je viens en effet de mettre cet article en stand by pendant plus de deux heures pour discuter avec ma copine, et ce n’est qu’après avoir raccroché que j’ai enfin percuté.
Je n’arrive plus à écrire depuis que je suis avec elle.
Chaque seconde passée en sa compagnie est un véritable enchantement. Seulement, comme j’ai tendance à être extrêmement possessif et égoïste dans ce domaine, je n’ai pas la moindre envie de partager avec quiconque ce que je vis et ressens quand je suis avec Sushma.
Du coup, comme elle est mon seul centre d’intérêt depuis que je l’ai rencontrée lors de cette mémorable Spritual Essence 2, je n’éprouve ni le besoin ni l’envie d’alimenter Psyminder comme je l’ai fait pendant plus de trente longs mois. Après tout, une fois passé le récit de mes aventures psychédéliques, quel attrait un blog s’étant nourri de haine et de souffrance peut-il encore exercer sur un homme dont la joie de vivre a finalement repris le contrôle?
J’aime profondément ma copine. J’ai beau m’intimer de me méfier de ma célèbre tendance à m’attacher trop vite et trop fort, je sens qu’il se passe en ce moment quelque chose de réellement unique. Sushma a beau être une chéper qui force le respect, je vois dans ce que nous construisons une très réelle possibilité de sortir enfin d’un tunnel que j’ai exploré de fond en comble jusqu’à l’épuisement.
Bien sûr qu’elle est complètement folle à de nombreux égards. Si elle ne l’était pas, son attention ne se serait d’ailleurs jamais portée sur moi. Mais le plus beau dans l’histoire, c’est que cette délicieuse folie ne constitue même pas le tiers de ce qui la rend irrésistible à mes yeux.
Elle est si gentille, ouverte et confiante que j’en viens parfois à me demander si elle est réellement née ici, si elle connaît réellement la nature des gens au milieu desquels elle évolue. Un concentré d’amour et de générosité qui ne laisse personne indifférent – pour le meilleur ou pour le pire.
Elle est intense et passionnée, à tel point que j’en perds régulièrement le latin que je n’ai jamais appris. Ses sentiments, ses expressions sont si purs et spontanés que chaque étreinte est aussi brûlante que la toute première. Un feu qui se propage au point d’occulter toute raison, balayant instantanément des principes pourtant péniblement établis au terme d’une éternité de réflexion.
Comme elle rit souvent et s’enthousiasme facilement, son visage est sans cesse éclairé par un sourire si éclatant qu’il suffirait à apaiser tous les maux de notre temps s’il était diffusé mondialement. Un sourire pareil vous maintient dans un état d’euphorie que la drogue ne sera jamais capable d’approcher.
Elle est belle. Belle à en crever si vous me demandez mon avis. Belle de cette beauté qui met tous les humains d’accord, contribue à imposer un certain nombre de standards dans le domaine et pousse immanquablement le copain à accorder un regain d’intérêt à à la question Pourquoi moi?
Comme souvent, je me fous pas mal des réponses que l’on pourrait apporter à mes propres questions. Seul compte le fait que malgré mes galères habituelles, je suis aujourd’hui parfaitement heureux et attends le retour de Sushma avec d’autant plus d’impatience que je vois en elle un futur plus séduisant qu’il ne l’a jamais été.
Ce 200ème article ne restera probablement pas dans les annales comme mon meilleur, mais il aura au moins eu le mérite de me faire admettre une réalité que ma peur du bonheur m’aurait presque poussé à refouler: I may have found the one.
4 août 2011 à 6:08
A l’instar du temps qu’il t’aura fallu pour rédiger ce crime deux cent, je confesse pour ma part une trop longue absence de ton blog, que les mille et une justifications fallacieuses que je pourrais invoquer ne suffiraient à excuser.
Toujours est-il que ça fait plaisir de lire ton bonheur, quoi que son intensité puisse sembler inquiétante, tant elle se focalise plus sur ton amour naissant que sur tes qualités intrinsèques.
Le bilan que je tire de tes derniers 24 mois est plus nuancé, mais peut-être aussi plus rassurant, au fond.
J’ai assisté à l’épanouissement d’un homme, qui inscrit sa vie de manière admirable entre ses perspectives professionnelles et sa passion pour la Goa.
Quant à cette dernière, je n’y vois plus une fuite, mais un exutoire rendu désormais plus sain par la connaissance que tu as développé de toi-même, de tes limites et de tes capacités.
Comment, du reste, te reprocher de t’adonner à pareille passion lorsqu’on y a soi-même gouté ? Le besoin de s’évader de notre société disons… standardisée (pratiquer l’euphémisme devient une seconde nature) ne saurait être condamnable dès lors qu’il est maîtrisé et parfaitement assumé, ce qui est manifestement (devenu) ton cas.
Cerise sur le gâteau, tu t’es réconcilié avec l’amour ce qui, indépendamment du succès de ta relation, est le signe d’un net retour à l’équilibre.
Ce que j’aimerais voir, désormais, c’est le développement de ton assurance, de ta confiance en toi, sans que cette confiance ne provienne d’une source externe à ta personne.
Tu dois pouvoir constater aujourd’hui que tu portes depuis toujours les germes de ton bonheur. Tu plais, tu avances, tu rédiges de manière toujours aussi humiliante pour le prétentieux égocentrique que je suis, et même ma copine t’a trouvé irrésistible l’autre soir sur le bateau dans ta chemise immaculée et arborant ta barbe de 5 jours.
Quelles que soient les originalités qui te distinguent de la masse, tu dois aujourd’hui en être fier et les revendiquer, tant il est vrai que cette masse se distingue de plus en plus par son absence de distinction.
Nous avons maturé dans un univers qui tolère de moins en moins qu’on sorte du lot, qui se nivelle par le bas et rejette toute forme d’exception.
Qu’il est ardu pour les exceptions de se forger une place dans ce monde réglé comme du papier à musique d’organiste barbare (jeu de mot à -.80 inside) ! Mais qu’elles sont admirables lorsque comme toi, elles y parviennent avec un tel brio, sans pour autant se compromettre, ni fuir.
Je ne suis pas certain que tu réalises tout-à-fait l’importance que représente une personne comme toi dans ce monde qui périclite moralement. Ta valeur est proportionnelle à la souffrance que tu as traversée et te permet de tirer tout ce qui t’entoure vers le haut.
Je ne me livre pas ici à un exercice de dithyrambe gratuit, mais il s’agit d’un simple constat, un peu triste du reste, mais qui se veut objectivement rassurant.
Comment ne pas être consterné de constater que les gens de ton calibre en sont réduits à souffrir de ce qu’ils prennent pour de l’inadaptation alors même que c’est désormais la majorité qui, à l’évidence, est inadaptée ? Comment ne pas déplorer qu’en plus de souffrir de nos différences, nous devons souffrir de nous en cacher pour préserver la susceptibilité des bourreaux auto-proclamés de nos consciences (pour le coup, l’euphémisme passe à la poubelle) ?
Je crois pour ma part que le moment est propice pour arrêter de nous cacher et revendiquer nos différences comme autant de forces ! Car oui, aussi incroyable que cela puisse paraître au vu de nos “pédigrées”, nous appartenons désormais à une minorité: celle de ceux qui s’interrogent sur leur place dans le monde.
Or, la majorité nous reproche tout à la fois de trop réfléchir et d’être trop impulsifs ?! Reproche schizophrène d’une majorité qui ne l’est pas moins !
S’il n’est pas question d’entrer en conflit avec cette majorité, il n’est pas non plus question nous en exclure au motif qu’on la dérange.
L’enjeu de nos vies consiste à trouver en nous l’équilibre nécessaire entre ces deux postures. Notre chance est de pouvoir alternativement ressentir la douleur la plus extrême et le bonheur le plus pur. Mon pari est que l’amour, tant de soi que de l’autre, constitue le liant entre ces extrêmes.
Telle est notre croix. Je crois qu’on appelle ça “vivre”, mais que le sens de ce mot si évident est en passe, comme tant d’autres mots, de se diluer dans l’artifice. Tu prouves qu’il est encore possible de vivre. Et tu es assurément passé maître dans cet exercice ô combien délicat par les temps qui courent.
Pour ma part et quand bien même je suis toujours parfaitement cyclothymique, je commence également à me débrouiller pas trop mal !
Quand est-ce qu’on se prend une mine pour fêter ça ?
4 août 2011 à 8:12
Merci infiniment pour ces mots mon cher grand frère, il est en effet plus qu’agréable de te revoir ici! Je n’étais moi-même pas revenu depuis longtemps faute d’inspiration, et il faut croire que les grands esprits se rencontrent… quand tu veux pour fêter ça dans un tsunami d’excès!