Spiritual Essence 2
Bon, et bien force est de constater qu’il va à nouveau être très difficile de trouver les mots qui permettront de relater fidèlement ce qui s’est passé le week-end dernier. En résumé, Spiritual Essence 2 a été la meilleure soirée à laquelle j’aie jamais participé.
A la base, je n’étais pourtant même pas sûr d’y aller: trois jours seulement après être rentré de Transahara, je craignais fortement que mes jambes soient trop lourdes pour aller taper du pied pendant 14 heures. Je n’aurais jamais pensé être aussi loin de la vérité.
Mon autre point de doute venait du fait que le line-up ne correspondait pas vraiment à mon style de prédilection. Je craignais donc de ne pas réussir à rentrer dans la soirée et de ronger mon frein des heures durant. Là encore, je me suis trompé si profondément que j’en ris de bon cœur.
Explications.
M’étant levé à 16h samedi, j’arrive à Bienne plus tard que d’habitude mais me rends néanmoins directement chez Roland. D’habitude, il y a toujours au moins un artiste dans le salon quand j’arrive, mais je constate un léger changement cette fois-ci: sur le canapé se trouve une indienne sublime que je n’ai encore jamais vue.
Sushma. L’éternité tient dans ces six lettres.
L’origine de sa présence ici est pour le moins originale: étant arrivée en Suisse depuis peu pour étudier, elle a contacté Roland sur Facebook pour lui demander des informations sur la soirée. Arrivée à Bienne dans l’après-midi, elle l’a appelé pour qu’ils se retrouvent et s’est ainsi installée chez lui en attendant l’événement.
Autant dire qu’elle m’a tout de suite plu.
Nous discutons un moment pendant que Roland termine de rassembler ses affaires, puis nous partons pour la Biella, où nous arrivons un peu après 21h. La soirée a lieu dans la grande salle et la décoration est absolument extraordinaire – merci au crew de Psygana Invasion toujours aussi inspiré.
Bien que moins sophistiquées que celles de Psypix un mois plus tôt, les tentures murales sont superbes et très variées. Au plafond, les habituelles structures fluorescentes de Psygana se disputent l’espace avec des lampes à LED à la création desquelles Winkind a visiblement longuement travaillé.
Quant à la scène, elle est tout simplement irréelle. Je me souviens avoir vu ce type de décorations lors de Fractal Energy 2 en 2008, mais j’avais oublié à quel point le rendu visuel est spectaculaire: une sorte de gigantesque toile d’araignée en lycra s’apprête à offrir aux artistes un cocon lumineux au sein duquel ils pourront s’exprimer en totale sérénité.
Seule ombre au tableau: deux des lampes à LED éclairent beaucoup trop violemment. Leur lumière orange est même si puissante qu’on a presque l’impression de se trouver dehors. La visibilité est anormalement élevée et ça commence déjà à me faire bad triper: au bout de quelques heures à la Biella, l’obscurité est la meilleure amie de l’homme.
Je suis sur des charbons ardents, tout comme Sushma. Nous faisons les cents pas à travers la salle en attendant impatiemment que retentissent les premières notes. Windkind procède à des essais de son, ce qui nous permet d’apprécier la qualité du sound system en place ce soir: monstrueux.
Comme d’habitude, je retrouve tous les amis que j’ai connus à la Biella et que je suis heureux de voir à chaque fois que j’y vais. Yves, Lorenz, Jo, Virginia, Kim, plus tard suivis de Gwen, Fred, Noémie, Marco et bien entendu mon cher Michael: DJ Cosinus, ce bavarois que je considère désormais comme un frère.
La Fractal Family, c’est vraiment un truc de malade. Tous ces gens que je retrouve lors de ces soirées, leur sourire, leur enthousiasme, leur façon de taper du pied, tout ceci contribue au succès d’une soirée au même titre que la qualité des artistes et celle de la déco.
A 22h, DJ Kaarma donne le coup d’envoi de Spiritual Essence 2. Je ne le connais pas mais apprécie beaucoup ce qu’il fait, surtout durant la dernière demie heure – ayant hérité du set d’intro, la première partie a forcément été tranquille. Le floor se remplit déjà gentiment, signe que le line-up de la soirée va faire bouger les foules.
Après tout, les légendes montent sur scène ce soir. Pour ceux qui ne connaissent pas bien le milieu, dites-vous que Space Tribe, Electric Universe et E.S.P. sont à la scène psy ce que les Beatles et les Stones étaient pour leur génération. Une soirée qui les réunit tous, on n’a rarement l’occasion d’y assister plus d’une fois dans sa vie.
PFF – Psychedelic Freedom Fighter – GOA succède à Kaarma. Je le connais un peu pour l’avoir croisé lors de plusieurs open air l’année dernière et j’aime autant le personnage que son style. Innocemment dissimulé derrière ses dreads, il manie les platines avec talent et puise ses sélections dans des répertoires qu’il a grandement contribué à me faire découvrir.
C’est notamment grâce à lui que j’ai découvert le label Bom Shanka, dont je suis vite devenu un inconditionnel. Il faut dire que les Psymmetrix, Synthetik Chaos, Illegal Machines et autres Dirty Saffi ont de quoi faire aimer la dark à n’importe qui, même à un mec qui y était encore récemment aussi hermétique que moi.
Pour l’occasion, il a toutefois opté pour un set légèrement différent de ce qu’il joue d’habitude. Lorsqu’il m’a demandé mon avis avant de jouer, je lui ai en effet répondu honnêtement: son dernier set, pourtant brillant – son meilleur selon moi, me semblait trop décalé et rapide pour la tendance générale de la soirée.
Je suis enchanté de le voir jouer à la Biella, moi qui n’ai jamais eu l’occasion de le voir en indoor. Je suis impatient de voir ce que donne du PFF dans ces conditions, avec un très gros sound system en milieu clos et des décorations capables de faire décoller une nonne au premier coup d’œil.
Durant la première demie heure, je le trouve presque trop sur la réserve. Il faut dire que je peine grandement à rentrer dans la soirée, obnubilé par ses deux lampes oranges qui éclairent le floor à tel point qu’on pourrait distinguer deux jumeaux chinois l’un de l’autre à 10 mètres de distance.
J’ai déjà informé Roland du problème, et nous attendons le patron de la Biella pour qu’il nous ouvre le local à matériel. Nous avons en effet besoin d’une échelle pour éteindre manuellement ces deux lampes sans que cela n’ait d’impact sur le reste des éclairages.
Si je crains un moment d’être un emmerdeur, je suis vite rassuré par la clameur qui accueille l’arrivée de la fameuse échelle. La lampe qui surplombe directement le floor est enfin éteinte, et seule celle qui brille sur la droite – moins visible donc moins gênante – reste active.
L’axe principal qui s’étend du bar à la scène étant enfin libéré de cette oppressante luminosité, l’heure est venue de plonger dans l’abysse psychédélique qui s’offre à moi, l’esprit enfin libéré de ce blocage qui me pourrissait la soirée et m’empêchait de m’exprimer pleinement depuis le début.
Malgré mon enthousiasme retrouvé, je déchante assez rapidement: comme l’a également remarqué Virginia, on manque cruellement de volume dans cette salle. J’en fais également la remarque à Roland et constate rapidement une amélioration. Tout est enfin en place pour s’abandonner à la fièvre Fractal.
La deuxième partie du set de PFF GOA est délicieuse, et le reste du public semble clairement d’accord avec moi. On peut sentir la tension monter progressivement aux hurlements qui s’élèvent du floor à intervalles irréguliers: tous les gens qui sont là savent que quelque chose d’extraordinaire approche, et l’énergie collective s’en trouve décuplée.
Solaris prend le relais à 2h30. Il m’a l’air beaucoup plus détendu que d’habitude et j’en déduis que tout se passe bien. Il est vrai qu’au vu du temps et de l’argent investis dans chacune de ses soirées, la vue d’un floor bien rempli est toujours une intense source de soulagement pour lui.
Ce n’est donc sûrement pas une coïncidence s’il bouge autant derrière ses platines. Ca me fait vraiment plaisir de le voir aussi détendu, s’éclatant visiblement sans arrière-pensée et profitant de l’ambiance extraordinaire qui règne désormais dans la grande salle de la Biella.
Son set se révèle une nouvelle fois magnifique. Certains diront probablement que je ne suis pas objectif vu l’amour que je lui porte, mais Solaris est pour moi un DJ brillant à qui la scène psychédélique suisse et internationale doivent énormément. J’ai toujours adoré le voir jouer, et ce soir ne fait pas exception à la règle.
Fidèle à lui-même, il balance un son musclé qui me fait presque regretter d’avoir conseillé à Seb de ne pas trop envoyer, d’autant que le public réagit extrêmement bien. Pendant 90 minutes, Solaris démonte le floor avec une application et une efficacité qui me laissent admiratif.
Tout est prêt pour le début du premier des trois incroyables live de la soirée – Space Tribe. Tout à un détail près: les deux membres de Space Tribe ne sont pas là bien qu’ils commencent dans dix minutes. Je sens une certaine tension dans la voix de Roland quand il me demande de m’en occuper.
J’avertis aussitôt Cosinus, qui fonce à l’hôtel pour aller chercher nos deux absents. L’hôtel n’étant pas loin – même si je devine que le sprint a été intense, il les ramène en un temps record et limite ainsi le retard pris sur la programmation. La soirée lui doit une fière chandelle, aucun doute là-dessus.
Space Tribe est donc un duo composé d’un artiste aux platines et d’un guitariste. Le mélange est extrêmement rare et donne avec ces deux génies des résultats exceptionnels. Ce n’est clairement pas un hasard s’ils font figure de légendes vivantes et déchaînent la furie la plus absolue partout où ils passent.
Une fois leur live entamé, il ne me faut que quelques minutes pour comprendre pourquoi j’ai si souvent entendu que Space Tribe sur scène est un moment que l’on n’oublie jamais. L’expérience est si extraordinaire qu’elle ne s’inscrit dans aucun référentiel connu: toute comparaison devient impossible pour la simple raison qu’il n’existe absolument rien de comparable – même de loin.
L’énergie dégagée, le plaisir évident pris à jouer chaque note, la communion si intense avec le public, la richesse des compositions, les tenues extravagantes ou le charisme des deux génies, tout est à l’unisson pour créer la plus exceptionnelle prestation qu’il m’ait été donné de voir.
Space Tribe, c’est le talent à l’état pur. Deux virtuoses affranchis des limites créatives humaines et évoluant dans un espace-temps que personne d’autre n’a encore jamais été capable d’effleurer. Une déferlante d’inspiration qui s’abat sur le floor avec la violence d’un ouragan, le faisant décoller si haut et si loin que la simple notion de retour semble complètement illusoire.
La foule est ivre de bonheur. J’ai quant à moi de plus en plus de mal à arrêter de danser pour filmer, mais je tiens à assumer ma fonction au sein du label et m’en acquitte du mieux possible. Sitôt un enregistrement terminé, je retourne taper du pied près de Sushma, dont l’énergie et la grâce m’ont fait chavirer.
Les deux membres d’Electric Universe font leur apparition sur scène pour un autre live de légende: E.S.P., pour Electric Space Phenomenon, soit l’union de Space Tribe et Electric Universe: deux artistes aux platines et deux guitaristes pour un show encore plus invraisemblable que le précédent.
On nage en plein délire.
La qualité de la prestation d’E.S.P. dépasse l’entendement. Je suis dans un état d’euphorie que je n’avais encore jamais connu: du caviar dans les oreilles, des amis qui tapent du pied aux quatre coins du floor et un concentré d’énergie et de passion dont je tombe un peu plus amoureux seconde après seconde: la scène est si belle, si parfaite que j’en viens presque à questionner sa réalité.
Le live se déroule à la vitesse de l’éclair – normal en un sens. Je suis plongé dans une trance qui semble ne plus connaître de limites, totalement hypnotisé par le son et le spectacle qui se déroule sous mes yeux. Les riffs aériens des guitares mêlés aux beats extraterrestres de la psy d’E.S.P. explosent dans ma tête en une symphonie qui me fait perdre toute notion d’une éventuelle autre forme de réalité.
Les deux membres de Space Tribe finissent par quitter la scène, laissant le champ libre à Electric Universe. Mon premier réflexe est de passer derrière la scène pour leur demander une photo, ce qu’ils acceptent avec un grand sourire. J’invite Sushma à se joindre à nous.
Je les complimente ensuite longuement, encore émerveillé par ce que je viens de voir. Ils acceptent les compliments avec une grande modestie, préférant mettre le succès de leurs prestations sur le compte du floor et de son énergie qu’ils ont trouvée formidable. Des gars en or, vraiment.
Avant de retourner sur le floor, je m’installe un moment dans les fauteuils à l’arrière de la scène en compagnie de Sushma. Nous discutons avec enthousiasme de cette soirée exceptionnelle que nous vivons, tous deux débordant encore d’énergie bien qu’il soit déjà 7 heures du matin.
Ayant toutefois le plus grand mal à tenir mes jambes, je décide de retourner sur le floor pendant que Sushma finit sa clope. A peine levé, je suis pris d’une envie soudaine et lui demande sans détour: Can I kiss you?
Non contente d’acquiescer, elle plaque sauvagement ses lèvres contre les miennes et me fait vivre le baiser le plus incroyable de ma vie. J’en ressors frissonnant mais remonté comme jamais, parcouru de violentes décharges électriques que ses yeux me renvoient avec la même intensité.
Il est clairement en train de se passer quelque chose de fort.
A l’image des deux précédents, le live d’Electric Universe est une merveille. Il est presque 8h du matin et le floor commence à s’aérer, mais l’intensité reste intacte: ceux qui sont encore là savent qu’ils vivent l’expérience d’une vie et n’en rateraient pour rien au monde la moindre seconde.
J’ignore s’il s’agit de ma parfaite gestion de la soirée, de la qualité des artistes, de la présence de Sushma à mes côtés ou d’un mélange des trois, mais j’ai encore une patate de tous les diables malgré les 10 heures de tapage de pied acharné affichés au compteur. Je ne danse plus, je vole.
A la fin du live d’Electric Universe, je vais également présenter mes hommages et solliciter une photo. Je repars avec un exemplaire de leur dernier album dans la poche, Higher Modes. Le trip atteint décidément des sommets, et je ne donne toujours pas le moindre signe de fatigue.
Effrayant.
Sebastian Kos prend possession des platines à 8h. Il s’agit d’un très bon ami de Cosinus, lequel m’en a dit le plus grand bien. Ils ont visiblement les mêmes goûts, ce qui constitue pour moi une solide garantie de qualité dans la mesure où j’adore presque tout ce que fait Michael.
Il s’avère que le bougre ne m’a pas menti: visiblement peu sensible à l’heure qu’il est, Kos nous livre un set surpuissant avec un enthousiasme hautement communicatif. Ayant vu que je bosse pour Fractal, il me fait signe qu’il a besoin d’une bière. Un peu plus tard, en remerciement pour le verre, il m’invite à venir tirer sur le pet qu’il vient de rouler.
Le temps passe de plus en plus vite. Lorsque Kos s’arrête après 2h de set, j’ai l’impression qu’il vient tout juste de commencer. Nous ne sommes plus qu’une poignée sur le floor mais il reste la crème de la crème, ceux pour qui il n’est pas envisageable de partir tant qu’il reste une trace de son dans la Biella.
Le dernier set revient à DJ Namtok, qui fait réellement honneur à cette soirée de légende en distillant un son plus que costaud pour un dimanche matin de 10h à midi. Je passe la moitié du temps sur le floor, l’autre assis avec Sushma derrière les platines.
Lorsque les lumières de la Biella s’allument, nous nous levons à contrecœur pour nous préparer à partir. Le temps de dire au revoir aux amis encore présents – Jo et Virginia notamment – en leur donnant rendez-vous pour la prochaine Fractal fin mai, je prends la direction de la gare en compagnie de Sushma qui rentre à Montreux.
Ayant tous les deux près d’une heure d’attente à la gare, nous nous asseyons sur le quai et continuons à discuter. En manque chroniques de son, nous utilisons son téléphone pour écouter quelques tracks. C’est alors que je réalise qu’elle est en fait bien plus extrême que moi, puisant allègrement dans un son à 170bmp que je me surprends pourtant à aimer dans un état et après un marathon pareils.
Je la regarde prendre son train à 13h16, 3 minutes avant que le mien n’arrive. Mon cœur se serre étrangement en la voyant partir, et tout en elle m’indique qu’elle ressent exactement la même chose. J’ai déjà l’intime conviction que la séparation ne durera pas longtemps.
Spiritual Essence 2 a été une soirée idyllique à tous les niveaux, et je sens que ses effets se feront sentir longtemps. Merci à tous ceux qui l’ont rendue possible. Du fond du cœur, merci.
Merci à vous, artistes de génie.
Merci Roland, toi mon frère à qui je dois déjà tellement que je serai éternellement ton débiteur.
Thank you Sushma, my Indian goddess.