Transahara 2011: Prologue

Il aura fallu attendre ce moment pendant deux longues années, mais cela valait la peine: au terme d’un voyage dont les jours se sont écoulés si vite qu’ils ont semblé n’en constituer qu’un seul, je suis reparti de cette 3ème édition de Transahara la tête pleine de souvenirs plus intenses encore que les précédents.

Récit d’une  nouvelle épopée psychédélique dans un désert dont je ne parviendrai décidément jamais à me lasser.

Arrivés à Marrakech dès le mercredi soir avec ouylle – merci easyJet pour les 4 heures de retard, nous avons pu louer une voiture directement et passer la nuit sur place. Nous sommes ainsi en mesure de nous mettre en route assez tôt le jeudi matin pour atteindre Merzouga avant la nuit.

Il fait gris et frais lorsque nous partons. Nous sortons rapidement de la ville en direction de Ouarzazate. Bientôt, les maisons se font plus rares et les gens moins nombreux. Ainsi est fait le Maroc: des villes souvent densément peuplées, séparées par des dizaines de kilomètres de routes vierges de toute trace de civilisation.

C’est dans la brume que nous attaquons la traversée de l’Atlas, ce spectaculaire massif montagneux qui offre à la vue des paysages envoûtants d’une diversité sans commune mesure. Essuyant même quelques gouttes de pluie, il nous suffit toutefois de franchir un premier sommet pour retrouver le soleil et laisser la grisaille derrière nous.

La température remonte aussitôt et nous réchauffe le coeur. Nous commençons à réaliser que nous y sommes enfin, que le rêve tant convoité est désormais à portée de main, et nous nous émerveillons devant la beauté qui nous fait face désormais.

De gigantesques vallées s’étendent à perte de vue sous nos yeux, contrastes saisissants faits de latérite rouge, d’herbe verdoyante et de plaines jaunies sous le soleil. La route se retrouve parfois encaissée entre d’imposantes falaises de roche nue, mais seulement pour mieux déboucher dans la vallée suivante et son explosion de couleurs chatoyantes.

Je ne peux détacher mes yeux de ce panorama féerique. Aussi loin que porte le regard, le relief ne cesse d’évoluer, créant une sensation de mouvement presque vertigineuse. Taillés par le vent, brûlés par le soleil et oubliés par l’urbanisation, ces dizaines de kilomètres de nature à l’état sauvage composent un tableau si abouti et harmonieux qu’aucun humain ne saurait oser atteindre pareil degré de perfection.

Il n’y a pas un chat sur la route et nous progressons rapidement. Au loin, de petits villages s’accrochent au flanc des collines par une prouesse architecturale qui m’échappe. De la même couleur rouge que la terre, elles semblent s’en nourrir et s’y fondre depuis la nuit des temps.

Dans des régions parfois extrêmement arides jaillissent ici et là de spectaculaires palmeraies, ainsi que des zones cultivables aménagées en terrasses impeccables et dont la profondeur du vert ne laisse aucun doute quant à la qualité des systèmes d’irrigation mis en place.

Une fois l’Atlas et son cortège de merveilles franchis, nous fonçons sur Ouarzazate. Les routes sont dans un état impeccable et les villes ont l’air de s’être considérablement étendues depuis notre dernier passage dans la région. L’impression de neuf est stupéfiante, donnant parfois l’impression d’évoluer dans un véritable décor de cinéma.

La distance qui sépare les villes est en revanche de plus en plus grande tandis que nous descendons vers le sud, et l’état de ces dernières laisse encore à désirer. Toujours construites sur le même modèle – tout en longueur, elles insinuent en moi un profond sentiment d’oppression.

Partout la même sécheresse, la même poussière qui recouvre tout et ne lâche rien. La seule couleur qui survit encore ici est celle du désert, et la vie elle-même semble en être imprégnée. Accablés par l’aridité, les gens semblent tous errer sans but dans une ambiance sinistre, tournant la tête au passage de notre véhicule comme si nous étions leur première distraction depuis des mois.

Ces gens me font l’effet de survivre péniblement dans un monde qui ne veut pas d’eux. Privés de confort, de loisirs et de perspectives, ils passent leurs journées assis sous un arbre ou sur un trottoir et prennent progressivement la même couleur que celle de leur environnement: eux aussi se fondent lentement dans le désert.

En chemin, nous prenons successivement 3 personnes en stop. Le premier parce que nous lui avons demandé de confirmer que nous étions dans la bonne direction et que nous pouvions difficilement l’envoyer chier, le second parce que de loin nous l’avons pris pour un flic, et le dernier parce qu’il s’est jeté sous nos roues.

Il s’avère toutefois rapidement que ce 3ème lascar ne nous est pas inconnu: il travaille à l’auberge de la Caravane où nous avons déjà séjourné par le passé. Saisissant la balle au bond, ouylle lui demande s’il connaît un moyen de choper à fumer puisque nous sommes arrivés les mains vides.

Notre nouvel ami passe quelques coups de fil, puis il nous invite à nous arrêter dans la station service suivante. Après une petite demie heure d’attente, deux Marocains arrivent et nous entraînent dans le jardin situé à l’arrière, où nous opérons une transaction inespérée après nous êtres assurés de la qualité du produit.

Nous pesons 30 grammes de plus lorsque nous reprenons la route.

Notre objectif est de rejoindre le point de rendez-vous à Erfoud pour voir si Abdou s’y trouve déjà, bien que les festivaliers n’y soient attendus qu’à partir du lendemain. Nous voulons en effet obtenir dès maintenant nos bracelets d’entrée afin de ne pas avoir à le faire demain lorsque la foule arrivera.

Abdou n’est pas là, mais nous repartons avec un guide à bord. Il nous a fallu négocier longuement, d’autant que nous ne ressentions pas vraiment le besoin de nous faire aider et n’avions donc aucune envie de payer le prix fort.

Nous nous félicitons pourtant rapidement d’avoir accepté ses services: notre guide prend le volant à la sortie d’Erfoud et, au lieu de continuer par la route en direction de Rissani, il nous fait passer par des pistes à travers le désert qui nous font gagner un certain temps.

Le type conduit vraiment bien malgré l’état apocalyptique des chemins que nous empruntons, et nous profitons d’une balade à 60km/h entre les bosses et les ornières d’un désert sur lequel la nuit tombe désormais à toute vitesse, nous offrant au passage de superbes jeux de lumière dans le rétroviseur.

Il fait nuit noire lorsque nous arrivons enfin en vue de l’auberge Yasmina où nous avons effectué les réservations. Notre guide nous emmène toutefois dans un premier temps sur l’un des deux sites du festival, là où se trouvent les camps, le chill et la scène alternative: c’est là que se trouve le centre névralgique du festival.

Le guide nous mène à la maison d’Abdou, et nous nous tombons dans les bras. Je suis vraiment content de le revoir après ces deux années, et le plaisir semble partagé malgré le stress évident dans lequel Abdou évolue désormais depuis des mois. Le temps d’une accolade et d’une rapide discussion, il se remet fiévreusement au travail, visiblement en galère pour organiser les convois qui doivent ramener les gens depuis Marrakech et Casa.

Après avoir patiemment attendu près d’une heure, nous finissons par comprendre que nous n’obtiendrons rien d’Abdou ce soir: il est incapable de nous accorder suffisamment d’attention pour cela – ce qui est compréhensible vu son niveau de stress, aussi décidons-nous d’aller prendre possession de notre chambre.

Depuis la petite colline sur laquelle nous nous trouvons, nous apercevons Yasmina sur notre droite et le floor brillamment éclairé sur notre gauche. La nuit et le désert rendent quasiment impossible l’estimation précise des distances, mais tous les points stratégiques du festival semblent être à distance de marche les uns des autres.

Royal.

L’accès à l’auberge se révèle délicat: une montée assez raide, couverte de sable fraîchement déposé par le vent et se terminant par un champ de cailloux pointus, mène directement à une gigantesque porte de pierre à peine assez large pour laisser passer un véhicule. Cela reste toutefois de la rigolade pour ouylle, qui se sera acquitté de tout le trajet avec une maestria de tous les instants.

Nous sommes attendus par le personnel et immédiatement aiguillés vers la salle à manger, où nous profitons du buffet avant de nous installer dans notre chambre. Celle-ci est petite et simple, mais propre et fonctionnelle. Pas besoin de plus vu le rythme que nous prévoyons d’adopter dès le lendemain.

Le temps de nous réjouir de notre gestion de la journée en buvant quelques verres et en dégustant notre shit fraîchement acheté, nous nous mettons au lit avant minuit afin de prendre des forces: les autres arrivent demain, et la gestion de la fatigue est toujours primordiale ici.

Une fois que Transahara a démarré, nul ne sait où ni comment il va terminer.

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