Page de pub 4

Vue aérienne d’une gigantesque usine Nike située quelque part en Asie du Sud-Est.

La caméra effectue un survol du complexe, puis se lance dans une plongée vertigineuse en direction du sol.

On croit l’espace d’un instant qu’elle va s’écraser, mais elle redresse sa course au dernier moment pour foncer en direction du bâtiment central de l’usine.

Elle s’engouffre par la porte grande ouverte et pénètre au coeur d’une des plus grandes unités de production du géant de la chaussure.

L’image est rendue floue par la vitesse de déplacement de la caméra, mais l’on distingue vaguement des chaînes d’assemblage à perte de vue.

Le souffle du vent ne suffit pas à masquer le bruit émanant de cette colossale fourmilière  en pleine effervescence.

La caméra atteint l’autre extrémité du bâtiment, traverse le parking et s’arrête au contrôle de sécurité. Une femme séduisante est en train de montrer ses papiers au vigile.

Elle porte un badge du B.I.T – Bureau International du Travail.

Le vigile la fait descendre de voiture et l’invite à l’accompagner dans sa loge. Il referme la porte derrière lui. Cris étouffés, protestations pour viol anal, insultes et gémissements.

La porte se rouvre et la jeune femme est violemment projetée sur le sol. Elle est décoiffée, ses vêtements sont légèrement déchirés et elle a une arcade ouverte. Elle sanglote.

Elle se relève, hagarde et désemparée, et se dirige vers le bâtiment principal pour y chercher de l’aide. Elle boîte légèrement et jette régulièrement par-dessus son épaule un regard empli de terreur.

Elle atteint la porte au moment où deux employés sortent d’une voiture. Ils l’aperçoivent, marquent un instant d’hésitation et se précipitent dans sa direction.

Elle les encourage d’un signe de la main, encore trop choquée pour parler.

Arrivés à sa hauteur, ils l’agrippent chacun par un bras et l’entraînent derrière un épais buisson en bordure du parking. Cris étouffés, claquement sec d’une double pénétration douloureuse, insultes et ahanements gutturaux.

Les deux hommes émergent du buisson et s’éloignent nonchalamment en refermant leur braguette. La jeune femme apparaît à son tour, marchant à 4 pattes.

Ses cheveux sont devenus indescriptibles, son chemisier a disparu et son string est noué autour de son cou.

Elle essaie de se relever, mais sa jambe brisée l’en empêche.

Elle se traîne lamentablement et pénètre enfin dans l’usine. Avisant une autre porte sur sa gauche, elle la pousse avec l’énergie du désespoir et s’affale comme un vieux sac. Elle lève la tête et jette un regard embué autour d’elle.

Une dizaines d’hommes sont en train de rénover les toilettes. Les conversations s’interrompent alors que tous posent sur elle un regard incrédule et bovin, quand l’un d’eux se décide enfin à bouger.

Il jette un rapide coup d’oeil dans le couloir et ferme la porte à clé. Ses collègues sont déjà en train de se déshabiller en se léchant les babines avec un rictus bestial. Cris étouffés, vibrante symphonie d’un gang bang interracial, insultes et éructations animales.

La porte se rouvre et la jeune femme est violemment jetée sur sur le sol. Elle se remet à ramper, n’aspirant qu’à atteindre la pièce suivante dans laquelle elle trouvera peut-être enfin cette aidée si nécessaire et si ardemment désirée.

Elle y parvient miraculeusement; la porte est déjà ouverte. Enfin un rayon de chance au sein de l’orage. Elle traîne son corps meurtri à l’intérieur au moment où retentit une sonnerie stridente, suivie d’une annonce: il est midi.

Sous ses yeux soudainement devenus vides s’étend la cafétéria. Tous les employés arrivent, l’enjambent en souriant et commencent à enlever leurs vêtements. Celui qui semble être le chef d’atelier entre en dernier.

Il la regarde et sourit à son tour, puis ferme la porte qu’il désigne ensuite du doigt. Dans un effort surhumain, la jeune femme se retourne et aperçoit une pancarte sur laquelle s’étend en lettres dorées le slogan corporate mondialement connu.

Nike. Just do her.

6 réponses vers “Page de pub 4”

  1. Aucun de tes articles ne m’a jamais laissé indifférente, certains me font rire, beaucoup me touchent, mais c’est bien la première fois que l’un d’entre eux me gène.

  2. The Psyminder a dit :

    Oui, je m’en doute…

    Je t’avoue avoir longuement hésité avant de le poster, précisément dans la mesure où il est dérangeant, de pas sa violence et les comportements atroces qui y sont décrits.

    J’avais néanmoins l’envie d’écrire un article “coup de poing” dans lequel je renoncerai à toute forme de censure ou de morale quelles qu’elles soient.

    Je tiens tout de même à préciser que je l’ai fait par pure curiosité stylistique, nullement par vice ou suite à un accès de folie malsaine. Ce blog fait en effet également office de laboratoire littéraire dans lequel les expériences menées produisent parfois des résultats étonnants.

    En espérant qu’il ne te laisse malgré tout pas un sentiment trop pénible…

  3. En se qui concerne les sentiments pénibles je pense qu’on a tous les nôtres. Et, à partir du moment ou tu écris, que tu livres de sentiments, des impressions ou dans ce cas là des simples curiosités littéraires, tu t’exposes forcement à gêner quelqu’un a un moment donné.
    Ne t’inquiètes pas ça ne m’empêchera pas de continuer à te lire avec plaisir.

  4. The Psyminder a dit :

    Thanks :)

  5. Peut-on y lire la métaphore d’une économie qui nous nique (calembour monocore low voltage inside) constamment et se gausse ne nous voir en redemander ?

  6. The Psyminder a dit :

    On le peut mon cher, on le peut ;)

Laisser un commentaire