Crime de cent
Ce soir, Psyminder atteint le cap symbolique des 100 publications. Ca n’a l’air de rien comme ça, mais c’est qu’il y en a des nuits blanches derrière ce nombre.
J’ai récemment copié l’intégralité de mes textes dans un document Word que j’ai sauvegardé à plusieurs endroits différents, histoire de ne pas perdre ce qui constitue désormais le résumé circonstancié de mes 14 derniers mois.
Du coup, j’en ai profité pour évaluer plus précisément l’ampleur du préjudice intellectuel. Verdict: 183 pages avant ce soir, en Times New Roman 12 on ne peut plus classique. Je ne suis même pas sûr que mon mémoire de fin d’études atteigne le tiers de cette longueur.
Je tiens au passage à saluer le courage de certains amis qui, je le sais, ont lu ce blog de la première à la dernière ligne. Élément flatteur, ils l’ont réellement fait par plaisir. Élément inattendu, jamais ils n’ont porté le moindre jugement, au contraire.
Leur regard bienveillant et compatissant, leurs critiques constructives et leurs conseils avisés m’ont conforté dans mon exhibitionnisme intellectuel. Oui, je finirai peut-être un jour par me faire sévèrement grillé, mais en attendant que ça arrive, m’ouvrir ainsi est probablement l’une des meilleures décisions que j’aie prises.
Pas seulement pour le côté thérapeutique d’ailleurs: cela m’a également permis de découvrir qu’au fond, je ne suis pas un cas si isolé que je l’ai longtemps imaginé.
Découvrir cette facette de ma personne a en effet poussé un certain nombre de personnes à s’ouvrir à moi en retour, donnant ainsi naissance à des échanges aussi enrichissants que forts en émotions. Et là encore, la gentillesse, l’empathie et l’objectivité des gens m’a permis de mener certaines réflexions bien plus loin que je n’aurais jamais pu le faire tout seul.
Amis de longue date, connaissances récentes, parfaits inconnus, teufeurs de l’extrême, chéper reconvertis et DJs se sont succédés ici pour me laisser leurs impressions, chacun apportant sa contribution personnelle à cette épique narration de défoncé torturé.
C’est vrai qu’il y en a eu des aventures et des rebondissements depuis le début; suffisamment pour faire résonner quelque chose au fond de certains en tout cas.
Si j’admets volontiers que les thématiques abordées ne varient peut-être pas beaucoup, je mets un point d’honneur à varier la forme et l’angle d’attaque. C’est peut-être pour cela que les gens me disent parfois avoir été touché: à force d’étudier la personnalité humaine dans tous ses états, tôt ou tard, je finis par étudier la vôtre.
Que vous le vouliez ou non d’ailleurs.
Au risque de me répéter – Goldfish inside, je ne m’attendais absolument pas à la tournure que ce blog a prise. Au départ, il n’était que la réaction explosive d’un chéper latent consécutif à une brutale exposition au psychédélisme sous toutes ses formes.
L’objectif initial était donc simplement de relater ici les périples du calibre de Transahara. Je n’avais pas la prétention de croire que mes soirées conventionnelles puissent représenter un quelconque intérêt, et je ne comptais certainement pas y insérer des éléments un tant soit peu intimes.
Pourtant, si on fait le compte aujourd’hui, les récits de festivals à l’étranger constituent la plus petite catégorie de Psyminder, avec 19 articles. Même les récits des teufs en Suisse sont plus nombreux, vibrante illustration qu’après mon premier périple dans le désert, mes soirées ont cessé d’être conventionnelles.
Autant dire que ce blog a bel et bien dévié de sa trajectoire originale. La faute à deux styles rédactionnels dont l’émergence a été aussi brutale qu’inattendue, et qui se sont d’ailleurs souvent manifestés ensemble: la tirade dépressive et l’essai toxicomane.
En toute franchise, je me serai bien passé de la première. En effet, si je suis content que cela m’ait aidé à dénouer un peu le merdier que j’ai dans la tête, j’aurais probablement été encore plus content de ne rien avoir à dénouer.
Or, après 22 articles publiés dans cette fameuse Inner Forest, force est de constater qu’il reste encore du boulot. Je constate néanmoins depuis quelques temps un ralentissement marqué de cette catégorie, mais je peine à l’interpréter comme un signe réellement encourageant au vu de mon rythme vie ces dernières semaines.
L’essai toxicomane est déjà un style bien plus ludique, pour l’esprit du moins. Pour le corps en revanche, et nous sommes sûrement d’accord sur ce point, je serais en droit de m’auto-assigner en justice pour lésions corporelles graves avec récidive.
Je brûle la chandelle par les deux bouts, avais-je dit un soir à ouylle en sortant du Café Bizarre, un bar situé près de la gare et dont l’épithète correspond on ne peut mieux à plusieurs des scènes auxquelles j’ai assisté – ou contribué – là-bas.
Un comble pour un mec qui s’éclaire à la bougie pendant la moitié de l’année.
En revanche, et comme je le mentionnais récemment, l’effet sur l’inspiration est aussi violent qu’une souflette exercée par surprise sur un nourrisson asmathique. Pas que j’aie déjà essayé, mais je trouvais la comparaison délicieusement éloquente.
Mon machin qu’il y en a eu des conneries publiées ici. Parodies débiles, histoires invraisemblables, apologie de la drogue et autres contes de Noël, rien ne vous aura été épargné.
En un sens, écrire sous l’emprise des prods, c’est un peu comme découvrir de l’intérieur le quotidien de McGyver: on vous donne un trombone, ça vous inspire l’Encyclopédie de la Physique Nucléaire moderne que vous pondez en quelques minutes.
Bref, tout ceci est bien joli – si j’ose dire, mais la question de fond doit maintenant être examinée: 100 posts plus tard, qu’est-ce que je retire de cette aventure?
Je n’arrive pas une seconde à m’en convaincre, mais je pense qu’une analyse objective aboutirait à la conclusion que ce blog ne me fait pas forcément que du bien. Je m’explique.
D’un point de vue artistique, et qu’on me pardonne cet élan de fatuité, je considère Psyminder comme une réussite. Le fond restera éternellement source de débat, mais je vis avec la conviction que la forme a quand même une sacrée gueule.
D’un point de vue psychologique, il m’a certainement aidé à explorer des questionnements qui, tant qu’ils n’étaient pas décrits de façon structurée pour être soumis à un œil extérieur, étaient tout bonnement impossibles à appréhender dans leur globalité.
D’un point de vue humain, comme je l’ai mentionné plus haut, il a engendré des situations exceptionnelles, et le fait d’avoir pu entamer de véritables discussions autour de certains articles leur a conféré une valeur qui leur faisait défaut auparavant.
Et pourtant.
Depuis quelques semaines, je n’arrive plus à me défaire de cette impression; ce sentiment encore confus, mais qui gagne en intensité et ne cesse de me susurrer que Psyminder est en définitive un putain de cercle vicieux.
Un cercle que je renforce jour après jour en y évoluant aveuglément.
Son évolution me semble aller tout à fait dans ce sens: de récréatif qu’il était à la base, il s’est progressivement transformé en local d’injection intellectuelle, puis en canapé pour cabinet de psy.
A force de lui attribuer des effets bénéfiques, j’ai fini par me dire que j’en avais besoin pour affronter mes doutes quotidiens. A tel point que lorsque l’inspiration a commencé à me faire défaut, je me suis résigné à la stimuler artificiellement.
Aujourd’hui, les stimulants font partie des problèmes dont je parle ici, et ceux qui étaient déjà là avant n’ont toujours pas quitté les lieux. La solitude me fait toujours autant chier, pourtant je passe ma vie la tête à l’envers dans les festivals psy et les teufs électro.
Quand j’en reviens, je les relate ici avant de me plaindre que décidément, j’aime pas la solitude et ma situation n’évolue pas des masses. Et si, paradoxalement, j’ai malgré tout l’impression d’aller mieux ces derniers temps, je suis hanté par la crainte qu’il s’agisse tout simplement d’une accoutumance à mon mode de vie.
Typiquement, en ce moment même, alors que je vous explique tout ça, je ne le vis absolument pas comme un problème. Je vous le raconte, mais je n’ai pas l’impression que c’est moi que ça concerne: c’est un peu comme si j’étais devenu le narrateur de ma propre vie.
Bref – il passe toujours bien à ce moment-là du texte, le moins que l’on puisse dire, c’est que ces 100 premiers articles ont été riches en émotions et en conséquences. Je ne regrette rien, mais je n’en nourris pas moins un désir assez fort.
Celui de ne pas arriver trop vite à 200.
27 juin 2009 à 10:56
Il va être difficile de réagir à ce crime de cent avec un Steinway longue queue coincé entre mon lobe frontal et ma boite crânienne. Sans parler de mes bronches aussi encombrées que le périphérique parisien à 17h qui, il est vrai, ne m’auraient de toutes façons été d’aucun secours pour écrire.
En tout état (<– et ce n'est pas qu'une figure de rhétorique), un petit goût d'inachevé subsiste, en plus de ce celui de cendrier plein, au fond de ma gorge à l'issue de ce billet.
Aussi, je vais prendre le temps de me remettre, relire tes lignes mais, entre temps, je t'invite à revoir et approfondir cette "centglante" contribution.
Comme dirait Governator, c'est de circonstance, I'll…
27 juin 2009 à 7:59
Je ne pense pas le retoucher pour une raison très simple: j’ai pour principe de ne jamais modifier un article après l’avoir publié.
Il m’arrive parfois de les modifier massivement quand ils sont encore à l’état de brouillon, mais une fois qu’ils sont sortis, c’est que je les ai relus attentivement plusieurs fois et qu’ils correspondent donc à ce que je voulais faire passer dedans !
Si tu arrives à développer ton impression d’inachevé après relecture, tu sais que je suis toujours preneur.