Mentor malgré lui

Je sais que personne ne m’a rien demandé, mais j’ai quand même envie de vous donner quelques explications au sujet des publicités qui ont récemment fait leur apparition sur ce blog – comme quoi, Internet est vraiment devenu le nouveau terrain de jeu des annonceurs.

Il y a de cela plusieurs années, quelqu’un m’a recommandé de lire le recueil Nouvelles sous ecstasy, de Frédéric Beigbeder. Je n’étais alors qu’un jeune innocent, et c’est vraiment par simple curiosité intellectuelle que je me suis plongé dans cette lecture.

J’avoue ne guère me souvenir du contenu de ces différentes nouvelles, à quelques rares exceptions près. Je n’ai d’ailleurs pas non plus le souvenir d’avoir été particulièrement enthousiasmé par l’expérience, même si j’ai dû reconnaître à la démarche une certaine originalité.

Par la suite, j’ai eu l’occasion de lire plusieurs autres ouvrages du même auteur. Des lectures réellement inspirationnelles dont le style percutant et caustique m’a marqué comme peu d’autres avant lui, effet qui ne s’est jamais estompé depuis.

L’année dernière, peu après avoir découvert les drogues, j’ai entamé la rédaction de Psyminder. Je ne sais pas si c’est la proximité des ces deux événements qui a réveillé de vieux souvenirs, mais l’idée m’est très rapidement venue de répliquer ce concept de Beigbeder qui m’avait laissé indifférent à l’époque.

Ecrire chéper.

Quand je me suis lancé, j’ai écrit une nuit entière sans avoir à réfléchir une seule seconde: les mots coulaient de mes doigts avant même d’avoir pu analyser les ordres en provenance du cerveau. En un sens, j’ai d’ailleurs découvert le contenu de ces articles  le lendemain au réveil.

Avec satisfaction, je tiens à le préciser.

Cette fameuse nuit a eu un effet assez inattendu, bien que prévisible maintenant que j’y repense. Ayant découvert l’impact détonant des taz sur la créativité et l’inspiration, j’ai pris la fâcheuse manie de gober pour écrire. Les quelques mois suivants vous sont connus…

Bien que moins invasive depuis, cette pratique résiste encore et toujours à mes efforts de normalisation.

Toujours est-il que j’ai repris le cours de mes errements rédactionnels avec un peu plus de spontanéité, ce qui m’a au passage confirmé que c’était bel et bien possible.

En tous les cas, je n’ai plus pensé à Beigbeder pendant de nombreux mois, jusqu’à ce que son nom resurgisse dans ma vie de façon totalement imprévue voilà maintenant deux semaines.

J’avais du temps à tuer chez mon père et, ayant oublié mon bouquin du moment chez moi, je suis allé voir ce que je trouvais dans la bibliothèque de mon ancienne chambre.

Je suis rapidement tombé sur l’un des livres cultes de Beigbeder, 99 francs – rebaptisé 14,99 Euros lors du passage à la monnaie commune. Je me suis rappelé avoir adoré ce livre et me suis donc jeté dessus, mon enthousiasme étant à peine gâché par la dédicace de Chou en première page.

Oh, un cadeau.

Je n’avais l’intention de lire qu’une partie de l’après-midi, mais j’ai dévoré le livre quasiment d’une seule traite. En quelques pages, j’étais à nouveau totalement plongé dans ce récit si brillamment mené que j’avais l’impression d’en être réellement le spectateur direct.

L’un des aspects qui m’a le plus marqué concerne la dépendance du narrateur principal, Octave, envers la cocaïne. Il faut dire que depuis ma première lecture, ma connaissance et mon approche de cet univers ont très légèrement évolué.

Le sentiment d’appropriation du personnage lors de certaines scènes en est devenu stupéfiant. Pas que je gagne 30K par mois où que j’aille aux putes le soir, mais c’est fou comme les raisonnements d’un chéper deviennent sensés dès qu’on en est un soi-même.

Les symptômes décrits deviennent quant à eux bien plus éloquents, bien que d’un degré d’intensité que je suis heureusement loin d’avoir connu. En revanche, je n’ai aucun mal à les imaginer, et cela constitue en un sens un garde-fou assez efficace.

Toutefois, ce qui m’a le plus marqué, ce sont les coupures publicitaires dont Beigbeder entrecoupe la narration. Danette et Ariel y sont détournées avec une irrésistible ironie, dans des concepts simples mais tellement plus inspirés que les navets originaux.

Moins politiquement correct en revanche, aucun doute là-dessus.

Puis c’est la multiplication des pains par le fils de Machin qui se transforme en éloge de la cocaïne, suivie d’un message mémorable de la Fédération Française pour la Réouverture des Maisons Closes. La dernière coupure est signée de la Fédération Française pour un Suicide Paisible.

Déjantées, provocatrices mais brillantes dans leur mise en scène, ces publicités sont un exemple parfait de ce que ces fameux créatifs en agence pourraient pondre dans un monde libéré des codes de bonne conduite et de cette pudibonderie qui recouvre le monde d’une gigantesque capote.

Bref, vous l’aurez compris, ce concept de publicités exempte de limites quelles qu’elles soient m’a immédiatement emballé. J’y ai non seulement vu la perspective d’un nouveau terrain de jeu, mais également l’opportunité de me contraindre à plus de concision.

Dans mon cas, ce n’est vraiment pas un luxe.

Ma première publicité emprunte tout naturellement son thème à celui qui, par deux fois, s’est révélé me servir de mentor malgré lui. Je n’irai pas jusqu’à parler d’hommage – je n’ai pas cette prétention, mais c’est ma façon de lui témoigner ma reconnaissance.

La seconde m’est venue dans la foulée; elle n’est guère plus saine, mais il faut dire qu’elle sort de ma tête. Pas de miracles à attendre par conséquent.

Quoi qu’il en soit, je pense avoir trouvé là un nouvel exercice littéraire qui devrait me permettre de repousser encore davantage les limites de la décence déjà bien floues que je m’efforce péniblement de respecter ici.

Fred, t’assures.

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