GOA’Uld United
Ceux d’entre vous qui ont suivi le feuilleton dans son intégralité se rappellent peut-être que le samedi 16 était un jour assez mémorable pour la scène psytrance helvétique.
En effet, deux soirées se déroulant à Zürich et en Valais regroupaient ni plus ni moins que Psyberpunk, Electrypnose, Talamasca, Absolum et Tryambaka. Une belle brochette de DJs adeptes des ambiances torrides et du gros son qui cogne.
En milieu de semaine dernière, alors que je m’étais déjà décidé pour la soirée la plus proche de Genève, la newsletter hebdomadaire de goatrance.de est venue chambouler mon programme de la plus spectaculaire des manières.
J’y ai en effet appris que dans le canton de Vaud, du côté de Vufflens-la-Ville pour être exact – un bled pourri et paumé qui n’a pas à rougir de la comparaison avec certains de ses équivalents français, la soirée GOA’Uld United allait se dérouler.
La première soirée open air de l’année dans la région, c’est toujours un petit événement en soi; alors là, une free party perdue dans la forêt, ça devenait carrément le pied. Jusqu’à ce que je réalise, en lisant le line-up, ce que je m’apprêtais à vivre.
CPU en live. Après Sidharta l’année dernière et Khopat dans deux semaines, voici que le troisième membre de ma Sainte Trinité apparaît comme par magie pour offrir à mes oreilles en manque le son le plus pur que la psytrance moderne soit en mesure d’offrir.
Papy étant déjà engagé ailleurs – enterrement de vie de garçon d’un vieil ami à lui, je me dirigeais donc vers une teuf surréaliste en tête à tête avec Monique. Succès inévitable dont je vais à présent vous livrer un petit aperçu.

Samedi, peu avant midi, je me lève avec une certaine anxiété. Je sais que la teuf n’aura pas lieu s’il pleut et j’appréhende fortement ce que je vais trouver dehors en ouvrant les volets. Il a en effet plu pendant toute la semaine et, malgré une météo optimiste pour aujourd’hui, je suis tendu.
Il s’avère rapidement que c’était inutile: un soleil radieux brille sur la Suisse romande, et je sais déjà que je passerai ma soirée dans les bois. Une conviction partagée par Monique, qui m’envoie dans l’après-midi ce message qu’elle seule pouvait composer: T’entends pas comme un killer rabbit?
Je débarque chez elle vers 20h30, histoire de préparer la soirée comme il se doit. Je lève néanmoins le coude avec modération dans la mesure où nous en avons au minimum pour une heure de route avant d’arriver sur le spot. En admettant que je ne nous perde pas.
Disposant d’informations routières que je qualifierai de lacunaires, nous galérons un peu mais finissons par arriver à Vufflens-la-Ville. Traverser le bled me fait presque angoisser tellement le trou est perdu, alors je ne veux même pas imaginer ce que c’est d’y habiter.
En arrivant à hauteur du panneau “Refuge” qui nous sert de point de repère, nous tombons sur un barbu que je croise dans toutes les teufs de ce style depuis des mois. Je ne sais pas exactement ce qu’il fait, mais il a a toujours l’air de contribuer à l’organisation de près ou de loin.
Du coup, quand il nous dit d’aller nous garer plus loin et de rejoindre la teuf avec une navette, je l’écoute sans poser de questions. C’est ainsi que Monique et moi partons pour la teuf entassés à 8 à l’arrière d’un break conduit par un inconnu.
Les minutes passent, les mètres défilent, et nous réalisons progressivement que nous venons de commettre une bonne grosse boulette. En arrivant enfin à la teuf vers 1h du matin, nous nous risquons à une rapide estimation: une heure de marche pour retourner à la voiture.
Et merde.
Essayant de ne pas y penser, nous suivons le son et tombons sur un spectacle qui, je tiens à le dire, nous a carrément bluffés: là, en pleine forêt, loin de toute forme de civilisation, les organisateurs ont créé un minuscule et psychédélique écosystème de son et de lumières qui nous décalque en l’espace de quelques secondes.
Tous les éléments décoratifs d’une bonne soirée psys sont présents: les lampes à UV surpuissantes, les structures géométriques aux couleurs éclatantes suspendues de tronc en tronc, la nature majestueuse accueillant en son sein ce sanctuaire déviant, rien ne manque à l’appel.
La température est pour le moment idéale. Monique et moi prenons nos marques, accompagnés de notre bouteille de whisky-coke et d’un demi taz de circonstance. Je constate hélas rapidement que j’ai du mal à m’immerger dans la soirée, incapable de m’ôter de l’esprit la perspective du retour.
En cours de soirée, nous entendons un hurlement guttural émerger de la foule. Nous nous regardons, incrédules, mais le doute n’est bientôt plus permis: un bulldozer à queue de cheval fait soudain irruption en braillant et en s’agitant comme un démon habité par une colonie de puces.
C’est un Transaharien, un de ceux que tout le monde a remarqué et que personne n’oubliera jamais, une véritable boule de nerfs au physique de hockeyeur et à la voix susceptible de réveiller les morts. Au final, on retrouve toujours les mêmes têtes. Toujours.
Vers 3h, 4 manieurs de feu au talent époustouflant enflamment la nuit de leurs gracieuses arabesques, diffusant par la même occasion une chaleur que je commence à rechercher, faute de mouvement.
Le spectacle est sublime, même si je guette inconsciemment le moment ou l’un d’eux mettra le feu à tout le patrimoine forestier du coin.
Quand soudain, le son change. IL est là. CPU est là.
Nous retournons danser, loin de la foule d’abord, mais nous nous rapprochons rapidement: il faut quand même que nous l’apercevions.
Nous otpons pour une petite bande de terre située entre un ruisseau et la tente du DJ. Il y a un peu d’espace, le spectacle des gens traversant l’eau sur un rondin de bois glissant est assez intéressant, et nous sommes à quelques mètres seulement du Génie.
J’ai beau être moins en jambes que d’habitude, je prends mon pied. Je me sens comme un gamin devant Raoul – le Père Noël, pour ceux qui ne me lisent pas régulièrement: les yeux écarquillés, admiratif et béat, je contemple ce divin chéper galvaniser la foule et battre le rythme de sa main qu’il présente inlassablement comme une pince.
Indiscutablement, ce type a un son unique. Jamais je n’ai entendu ailleurs quelque chose qui ne fasse déjà que s’en rapprocher. C’est absolument indescriptible, mais je suis persuadé que tous ceux qui ont déjà entendu CPU voient très bien ce que je veux dire.
Et pourtant, insidieusement, je sens que la fatigue me gagne. Ca me bouffe littéralement mais je n’ai plus de jambes. Nous avons devant nous une heure de marche et une heure de route, il est presque 5h du matin et je me prends à rêver d’eau fraîche, d’une douche et d’un lit.
Je vois que Monique est à fond et ça me peine vraiment de la tirer de son vol, mais je lui fais signe quand même. Toujours très classe, elle ne tente même pas d’obtenir un délai. Nous prenons donc nos sacs à dos et nous mettons en route, bien chéper malgré tout.
Nous entamons le difficile trajet du retour. Ca grimpe dès le début, et nous progressons silencieusement. Premier croisement, première hésitation. A gauche toute.
Après quelques centaines de mètres, perdus dans une pénombre absolue, nous envisageons la possibilité d’avoir fait fausse route. Nous retournons à la teuf demander notre chemin et réalisons que oui, nous étions bien sur la mauvaise route.
Nous repartons, péniblement. Nous marchons lentement mais parvenons néanmoins à dépasser deux Allemands dont la démarche est encore plus suspecte que la nôtre. La lune n’est pas encore couchée mais la lumière croît sur les champs embrumés.
Le temps d’en fumer un petit dans un cadre bucolique, et nous repartons.
Nous arrivons enfin à la voiture. Les deux Allemands ne sont finalement pas si loin derrière et nous demandent de les déposer à la gare, ce que nous faisons. Puis nous entamons le long retour vers Genève.
D’un point de vue éthylique, se suis clairement en situation légale. Niveau stupéfiants, pas de quoi fouetter un chat. Mais qu’est-ce que je suis crevé en revanche. Je me concentre sur la route comme jamais, et Monique m’aide bien en me posant une question de temps à autres – lesquelles? Aucune idée.
Je la dépose chez elle peu avant 7h et rentre chez moi, vitre grande ouverte pour profiter de l’air froid du matin. Je sais que j’en n’en ai plus pour longtemps avant de craquer tant mes yeux sont lourds.
Après une douche rapide, je me glisse dans mon lit avec un soupir de contentement. Je n’ai pas autant profité de cette soirée que je l’aurais voulu, mais le trip dans son ensemble était quand même é-no-rme.
Vous voulez la meilleure? Depuis, j’ai appris que CPU mixera à Bienne en novembre dans le cadre de Fractal Energy 3, ce week-end démentiel dont j’ai vécu la deuxième édition l’an dernier. Et en compagnie de qui mixera-t-il s’il vous plaît?
Khopat. Et oui.
Le chéper assidu est toujours récompensé.