Mardi 27 janvier, 00:10.
Premier jour.
Advienne que pourra.
Ce billet était sponsorisé par un pute, sans faute de grammaire.
Mardi 27 janvier, 00:10.
Premier jour.
Advienne que pourra.
Ce billet était sponsorisé par un pute, sans faute de grammaire.
C’est fou de voir à quel point les grandes histoires peuvent naître d’un tout petit rien. Ce devait être début juillet 2003 – putain ce que ça a l’air loin maintenant, et je terminais ma première HEC à Lausanne. A ce moment-là, je savais déjà que les examens allaient être une véritable boucherie.
J’ai suivi un cursus qui, dans mon pays, est généralement considéré comme étant difficile. A moins d’être un véritable génie, il n’est guère possible de s’en sortir sans consentir des efforts pour le moins conséquents. Ayant toujours eu de la facilité avant d’arriver à l’université, je ne me suis pas méfié.
Il faut dire que ma première année là-bas s’est effectuée avec la mort inéluctable de ma mère comme toile de fond. En plus, je me trouvais pour la première fois hors du nid familial. J’occupais un appartement avec le frangin, lui-même en 3ème année de l’école polytechnique.
Pour la première fois, un semblant d’indépendance se dessinait devant moi. Même si mon frère n’est pas vraiment ce qu’on pourrait appeler un fêtard, et qu’il gardait en permanence un œil sur moi, j’avais pour la première fois la possibilité d’avoir un minimum de marge de manœuvre dans mon emploi du temps – le paternel est vraiment strict, je vous jure.
Entre les matinées passées chez un pote à fumer des pets, les après-midi passées au bar de l’université à picoler et les soirées passées à regarder des mangas, il ne restait plus guère de temps pour les révisions. Étant donné ce que je traversais, à aucun moment je n’ai réussi à accorder de l’importance à la certitude que j’allais me rétamer à mes exams de juin.
En ce début du mois de juillet donc, un ami m’a invité pour une partie de cartes sur la terrasse de l’un des nombreux bâtiments du complexe universitaire. A cette table se trouvait une amie commune, et une blonde à la chevelure étincelante que je n’avais jusqu’ici aperçu qu’en de rares occasions au détour d’un couloir.
Le courant est tout de suite bien passé.
Le 23 juillet, ce même ami qui nous avait présenté organisait son anniversaire dans un refuge perdu en pleine forêt . Elle était là elle aussi, comme prévu. Et c’est ce soir-là, assis sur un banc près du feu, sous la lumière vespérale perçant délicatement les cimes des arbres, que tout a commencé.
Ma mère est partie une semaine après – elles ne se seront pas connues. C’est dommage, je suis sûr qu’elles se seraient vraiment bien entendues.
Chou ne s’était pas présentée à ses exas de juin, décidant de passer directement à la session de septembre. N’ayant pas obtenu la moyenne, je devais moi-même repasser tous mes examens – y compris ceux que j’avais réussis. Nous avons donc passé nos 6 premières semaines ensemble dans le stress des révisions, une expérience pour le moins unificatrice avec le recul.
Ayant réussi nos examens, nous avons poursuivi nos études ensemble. Deux années entières passées assis côté à côte dans les amphis, à prendre le café ensemble pendant les pauses, à faire les allers-retours ensemble entre Genève et Lausanne, à dormir l’un chez l’autre chaque fois qu’il était possible de le faire.
Du Canada à la Thaïlande en passant par le Maroc, j’ai vécu avec Chou des moments inoubliables. C’est bien là le problème. Même quand je n’y pense pas spontanément, j’assiste chaque jour à dix situations de la vie quotidienne qui me renvoient aussitôt à elle. Je vous jure que ça fait chier au bout d’un moment.
Toutes ces heures passées à la tenir dans mes bras, désireux de la protéger et de la chérir, à me demander ce que j’avais bien pu faire pour avoir une veine pareille; toutes ces fois où je me suis émerveillé de l’entente qui régnait entre nous, de la complicité qui nous unissait et du désir inébranlable que nous éprouvions l’un pour l’autre – vous excuserez ce jeu de mots déplorable.
Pas une seconde je ne me suis lassé d’elle. Pas une fois je n’ai songé à aller voir ailleurs. Plus le temps passait, plus la perspective de passer le restant de mes jours avec elle s’imposait comme une évidence. Comme dans toute relation, il y avait des hauts et des bas. Mais putain, qu’est-ce que j’ai pu être heureux pendant ces années-là.
Aujourd’hui, je n’ai plus la moindre idée de ce qu’on ressent quand on est dans cet état. J’ai oublié.
Mes premières relations avaient duré d’une nuit à quelques mois, quatre en moyenne. Du coup, après la troisième année à naviguer sur un océan de bonheur, je commençais à me dire que le plus dur était derrière, que j’allais enfin pouvoir arrêter un peu mes conneries et songer à me responsabiliser un minimum.
A mes yeux, je n’avais plus besoin de rien, puisque je l’avais, Elle. C’était en septembre 2006. Autant dire la nuit des temps.
Je ne sais pas si c’est le fruit de mes excès de ces derniers mois, mais je suis aujourd’hui parfaitement incapable de me rappeler à quoi ressemble un matin qui ne commence pas par “merde, je me suis encore réveillé ce matin”. Non que j’aie des pensées morbides – pas tous les matins du moins, mais j’avoue que je ne serais pas contre une petite nuit de 2 ou 3 ans.
Ces derniers temps, j’ai vraiment du mal à terminer les journées. Je dors encore plus mal que d’habitude, à tel point que ça devient presque ridicule. Estimation sur le pouce pour la nuit dernière: j’ai dû me réveiller et me retourner une bonne vingtaine de fois, après avoir mis plus de deux heures à trouver le sommeil.
Il y a une époque où je crois avoir fait des nuits relativement normales; c’était durant les 9 premiers mois de l’année 2006. Je commençais à me faire à l’absence de ma mère et ma relation avec Chou se renforçait de jour en jour. Travaillant désormais régulièrement, je me débrouillais assez facilement au niveau des études – enfin une situation dans laquelle j’ai tiré les leçons de mes erreurs.
Résultat: le matin au réveil, ciel bleu dans la tête. Pas un souci en vue. Pas l’ombre d’une sale pensée à l’horizon. Plénitude, sérénité, stabilité. Ca ressemble à un slogan commercial, vous dites-vous. Tout juste. Et comme tout slogan, il disparaît en même temps que le support qu’il accompagne. D’où ce blog.
Et oui.
A ce stade, vous en êtes probablement à vous demander pourquoi je me suis lancé dans un article pareil, et ce que je peux bien avoir à y gagner. Question très pertinente, j’en conviens. Difficile d’y répondre sans avoir l’air con, alors autant y aller franchement: j’ai fait ça parce que ce soir, je suis triste.
Triste à en pleurer. Triste comme je ne l’ai pas été depuis longtemps. Triste parce que 2007 a succédé à 2006, 2008 à 2007 et, plus récemment 2009 à 2008. Et que pour moi, rien n’a changé. Toujours les mêmes peurs, les mêmes doutes et les mêmes tourments. Toujours ce poids sur les yeux et sur les épaules qui me mène au bord de l’écroulement du matin au soir.
Toujours cette incapacité à exprimer ce que je ressens ailleurs qu’ici, et toujours ce putain de masque au sourire figé à porter comme si tout allait bien. Les années s’envolent, les conneries restent. Et ce soir, je suis crevé; trop crevé pour porter tout ça un jour de plus, alors je craque. Et j’écris.
Je parle de l’époque où j’étais vraiment heureux, parce que si je n’en parle pas, elle va disparaître de ma mémoire comme tant de choses avant elle. J’en parle parce que, même si cette sensation est aussi éphémère que l’euphorie d’un rail de coke, le simple fait d’en parler me donne presque l’impression d’y être à nouveau.
Je parle beaucoup de ce que j’ai vu, vécu et traversé, mais je parle finalement assez peu de l’instant présent, écrivais-je le 23 novembre dans un autre de mes articles. Vous savez ce que ça donne quand je parle de l’instant présent?
J’ai mal, putain. J’ai vraiment mal.
19h30 200.-
C’est clair, net et précis. Pas besoin d’en dire plus, d’autant que John Doe sombre facilement dans la paranoïa. J’ai une heure devant moi. La pluie tombe doucement sur Genève, inutile donc de partir trop tôt.
Je vais chercher la bouteille de pastis dans le frigo – qu’elle bonne idée j’ai eue d’en racheter une récemment. J’écoute le bruit de l’eau se déversant sur les glaçons, et cela m’apaise étrangement. Retour à mon bureau pour rouler un pet. Il me reste environ 30 gigas de psytrance à écouter et à trier, autant dire que cela va me prendre des semaines.
J’ai tellement de choix que je ne sais plus à quel DJ me vouer; CPU – Central processing Unit. Voilà qui s’annonce prometteur, CPU étant l’un des artistes que je tiens absolument à voir sur scène avant de redescendre. Ils sont si nombreux en réalité que la tâche s’annonce ambitieuse, mais ça ne coûte rien de rêver. Non, oubliez ce que je viens de dire.
Je surf distraitement sur Internet, lisant bon nombre d’articles sur la prochaine investiture de Barack Obama. Le sujet m’intéresse vivement, et je commence à en avoir marre du niveau intellectuel entourant la crise au Proche-Orient. “Le premier président Noir de l’histoire”, lis-je pour la 100ème fois en me remplissant la narine de blanche. Good luck Mister President, je place en vous de grands espoirs.
Je me souviens avoir discuté de cela avec une amie récemment; elle soulignait le caractère historique que représente l’arrivée d’un Président Noir à Washington. Si ce fait demeure incontestable, lui ai-je répondu, la véritable révolution se manifestera le jour où un tel événement se produira sans que quiconque n’y voit un phénomène extraordinaire.
C’est pas demain la veille, pas vrai ?
19h. La pluie tombe toujours et ma moto est restée dans le garage de mon père, ce qui signifie que je vais devoir bouger en tram; le tram, pour les moins Confédérés de nos lecteurs, c’est une sorte de métro à ciel ouvert mais en plus lent, plus petit et plus pourri. Paraît-il que dans certains coins, c’est pittoresque.
Je me mets en route. Comme d’habitude, je surestime le temps qui m’est nécessaire pour me rendre à l’arrêt. Ca fait bientôt un an que j’habite ici mais je n’ai toujours pas compris que j’en ai pour cinq minutes grand max, même en marchant lentement. J’en profite pour fumer deux clopes en attendant mon tram – la dope m’a toujours donné envie de fumer, c’est grave docteur?
Je monte à bord. Les premières grappes de jeunes s’apprêtant à se mettre la race sont déjà là, au taquet. Il faut savoir que dans un des élans d’intelligence et de clairvoyance qui ont fait sa réputation, la Ville a décidé d’interdire la vente d’alcool après 21 heures – dans les magasins bien sûr, pas dans les bars, restaurants et boîtes.
Si le motif invoqué – la protection de la jeunesse – est en soi très noble, son application démontre une nouvelle fois que pour prendre des mesures envers les jeunes, il faudrait d’abord les comprendre. Vous savez ce que font les jeunes depuis que cette loi est entrée en vigueur?
Pour éviter d’être à court de carburant pendant la soirée en raison de l’impossibilité de se ravitailler, ils comptent plus large quand ils font les courses. Ils achètent deux fois ce dont ils pensent avoir besoin, histoire d’avoir un peu de marge, et une fois qu’ils ont acheté l’alcool, ils le boivent.
Ou alors, ils commencent à picoler plus tôt, comme ça ils ont le temps de retourner acheter de la boisson avant 21 heures. Résultat, au lieu d’être bourrés le soir quand les rues sont désertes – car Genève est une ville morte, ils sont bourrés dès la fin de l’après-midi et gerbent au milieu des familles qui se promènent.
Je ne sais pas si ça fait partie des nombreuses choses que j’ai oubliées, mais je n’ai pas souvenir que l’alcool chez les jeunes était un problème si important quand j’étais ado. Est-il simplement plus médiatisé aujourd’hui ou a-t-il réellement gagné en envergure?
Quoi qu’il en soit, quand je vois ce que j’ai picolé dès l’âge de 15 ans et ce à quoi je tourne maintenant, je me dis que si les jeunes d’aujourd’hui picolent déjà plus à l’âge de 13 ans, la société n’est pas dans la merde.
C’est sur ces réflexions que j’arrive à destination, 5 ou 6 minutes plus tard. Et oui, Genève est une petite ville et je suis de plus remarquablement bien situé. Je consulte ma montre: 19h17. Et voilà, encore 10 minutes à poireauter comme un boulet parce que John Doe ne se montre jamais avec la moindre seconde d’avance. Parano je vous dis.
Je traverse le pont à proximité de l’Usine et descends la volée de marches menant au quai. En face de moi, les lumières du Bâtiment des Forces Motrices se reflètent sur la surface calme des flots. Je n’ai jamais vraiment compris ce qu’est ce bâtiment ni à quoi il sert, mais de nuit je dois reconnaître qu’il a un certain cachet.
Il pleut et il caille, même si les températures commencent gentiment à remonter au-dessus de zéro. Combien de fois me suis-je déjà retrouvé ici, le regard perdu dans l’eau, le corps engourdi par le froid, l’esprit sondant la surface sombre de la rivière, en quête de réponses à des questions qui glissent sur mon esprit sans avoir le temps d’y prendre réellement forme?
A quel moment suis-je devenu ce promeneur du soir, habitué des lieux, qui se fait appeler – contre son gré – boss par son dealer de coke et reçoit un texto de bonne année de son dealer de taz? A quel moment le fait de leur lâcher quatre ou cinq cents balles par mois a-t-il cessé de me poser problème?
Quand j’étais plus jeune, je flippais à la simple pensée d’aller choper de la weed dans ce coin-là. Je n’avais pas compris que ce milieu fonctionne comme le tourisme: si un dealer tue un drogué ce soir dans le quartier, c’est le commerce de l’écosystème tout entier qui s’effondrera demain.
Ca ne garantit certes pas la qualité de la dope, mais ça limite drastiquement le risque qu’un de ces lascars vous balance à l’eau avec une pierre autour du cou parce que votre gueule ne lui revient pas. C’est toujours ça de pris, et ça facilite grandement les affaires de tout le monde – je ne parlais pas de vous, commissaire.
19h30. Je tourne la tête à gauche. Il arrive toujours par le même côté, sa silhouette chétive et sa démarche silencieuse le rendant facilement reconnaissable. N’y voyez vraiment aucune forme d’ironie de ma part, mais cela m’est bien nécessaire: distinguer un dealer africain d’un autre, de nuit et dans l’ombre d’un arbre, c’est pas ce que j’ai eu de plus facile à faire.
Toujours le même discours, à peu de choses près. “Hello my friend, how are you doing?”, puis on procède à l’échange. Mon cash contre ses ballons, de main à main, pendant qu’il jette de furtifs coups d’oeil autour de nous. “Thanks my friend, take care, see you soon”, et chacun s’en retourne d’où il est venu. Rapide, simple et efficace. Comme il se doit si on veut que ça dure.
La volée de marches, dans l’autre sens. La traversée du pont, puis l’attente pour le tram, dans l’autre sens. Le wagon est quasiment vide cette fois, tout comme les rues d’ailleurs. C’est vraiment stupéfiant ce sentiment que peut dégager Genève le soir: cette impression que les gens arrivent directement dans les bars sans passer par la rue et réintègrent leur domicile de la même manière, au point que vous ne croisez jamais personne.
Je descends à mon arrêt et parcours la dernière étape à pieds, ce qui me donne d’ailleurs l’occasion de confirmer que ce putain de trajet dure bien 5 minutes et pas 15. Une fois franchi le seuil de mon appartement, la mécanique se remet en place. Le verre vide se remplit tandis que le paxon plein se vide. CPU – Computer Error. C’est bon, ça.
Sur mon bureau, le petit couteau noir qui me sert à déchirer les innombrables couches de plastique entourant la cc, et les deux couches finales en papier. La carte de mon ancienne assurance maladie serpente à travers les grains pour y tailler des sillons rectilignes, plus ou moins égaux.
Le billet de 20 Euros qui refuse désormais de se dérouler survole cette minuscule dune blanche, tandis que ma narine droite fait consciencieusement remonter vers mon cerveau les messagers annonciateurs d’une heure de profonde euphorie.
Une gorgée anisée se dépose le long de ma gorge. Une profonde bouffée de fumée vient rapidement s’y engouffrer, descendant jusqu’aux poumons avant de remonter délicatement pour l’expulsion finale. Je m’installe devant mon ordinateur.
Ma perception des sons se fait plus acérée, et le temps semble ralentir sa course. Un début d’inspiration fait soudainement irruption au fond de mon esprit. Les phrases commencent à se former dans ma tête, et mes doigts devraient être en mesure de réagir d’ici peu.
Qu’il est facile d’être chéper dans la Genève hivernale.
Vendredi 1er mai, année 2026.
Je vous écris depuis la station sous-terraine Fouine4, sans même savoir si quelqu’un recevra un jour ce message. A vrai dire, je ne sais même pas ce que pourrait en faire la personne qui en hériterait. Le monde a échappé à notre contrôle depuis trop longtemps.
Cela fait désormais 3 ans que les chéper ont pris le pouvoir. Depuis, la population mondiale n’a cessé de diminuer, et l’organisation des sociétés humaines à travers le monde a connu son changement le plus radical depuis qu’Albert Hoffman a synthétisé le LSD.
On ne sait toujours pas réellement comment cela s’est produit. Ce qui est sûr, c’est que les organismes de supervision politique soupçonnaient – depuis longtemps déjà - chez certains dirigeants et leaders mondiaux une consommation de psychotropes bien supérieure aux normes officieusement autorisées dans le milieu.
Les analystes les plus perspicaces avaient pourtant commencé à tirer la sonnette d’alarme depuis longtemps. “Un président qui défile nu sur un zèbre en chantant God Shave the Gween le jour de la fête nationale ne devrait pas être autorisé à conserver sa fonction de chef de l’Etat”, martelaient-ils inlassablement.
Nous étions alors trop stupides pour comprendre.
Dès 2021, la communauté internationale a exigé un certain nombre d’enquêtes indépendantes sur la capacité des dirigeants mondiaux à gérer intelligemment et de façon responsable les affaires du monde.
Les marchés financiers ne s’étaient pas encore remis de la fameuse crise de 2008, et la consommation des ménages ne pouvait que s’étioler comme peau de chagrin sous la pression d’un chômage dépassant les 50% à l’échelle du globe.
Il était donc primordial de s’assurer que les hommes et les femmes en place aux plus hauts niveaux des sphères dirigeantes soient armés de solides facultés intellectuelles et de principes moraux irréprochables. Or, les enquêtes ne tardèrent pas à mettre en lumière une réalité du terrain bien différente.
Avec le recul, nous pensons maintenant que tout a commencé en 2011. Le réchauffement climatique s’étant effectué 117 fois plus vite que les experts ne l’avaient estimé, des millions de kilomètres carrés ont été engloutis par la fonte des glaces, ce qui a a engendré d’importants mouvements de foules depuis les côtes vers l’intérieur des terres.
En parallèle, la disparition des saisons et les températures sans cesse croissantes ont rendu possible l’organisation de festivals open air tout au long de l’année. Épuisés, désespérés et abattus par les coups d’un sort assassin, les gens se sont réunis dans le cadre de ces festivals dans des proportions inconnues jusqu’alors.
Fragiles psychologiquement et confrontés pour la première fois au côté chéper de la Force, des milliers de gens ont franchi le cap et n’en sont jamais revenus. Le quotidien était trop laid, perdu dans les ruines d’un mode de vie agonisant lamentablement, déchiré par une Nature que l’Homme avait trop longtemps voulu soumettre sans la comprendre ni la respecter.
Progressivement, les sociétés démocratiques ont commencé à accepter d’évoluer dans un climat de défonce généralisée. Les élections se sont succédé de par le monde, chacune d’elle portant au pouvoir un chéper notoire qui avait su se faire aimer de la majorité de la population, la plus ravagée.
Début 2023, le dernier régime dictatorial de la planète a sombré à son tour. Les témoignages sont confus et les preuves quasiment inexistantes, mais la rumeur court que le fils adoptif de George W. Bush aurait renoncé à monter une troisième fois sur le trône américain suite à un mauvais trip d’acide. Son message à son porte-parole, je décroche, aurait alors été interprété à tort comme une volonté de se retirer de la scène politique internationale.
Bref. Aujourd’hui, les chéper ont infiltré tous les niveaux de l’appareil du pouvoir planétaire. Leur désorganisation absolue et leur manque total de responsabilités sont en train de compromettre gravement la survie de notre espèce, et je crains qu’il ne soit déjà trop tard pour agir. Pour la première fois, une espèce en apparence totalement inadaptée à son environnement a pris le dessus sur le reste de son écosystème.
Début 2025, les conséquences de ce nouvel ordre mondial ont commencé à se faire sentir. La malnutrition et la famine se sont étendues à l’ensemble du globe après que 90% des terres cultivables ont été reconverties en plantations de coca. Les dirigeants se foutent qu’il n’y ait plus de bouffe, car un chéper n’a jamais faim.
Il est devenu extrêmement difficile de voyager. L’ensemble des réseaux routiers, aériens, ferroviaires et maritimes a été réquisitionné par les gouvernements pour faciliter le transfert de drogues d’un pays à l ‘autre. Seuls les DJs et les organisateurs de free parties obtiennent des visa désormais.
Les écoles ont fermé, tout comme les hôpitaux – reconvertis en laboratoires. Les gens jugés maîtres de leur consommation sont traqués et impitoyablement emprisonnés; ils risquent généralement des peines de 30 ans de prison pour niquage de fête et refus de décollage permanent.
Le commerce de la défonce est strictement réglementé; chaque établissement est tenu d’afficher les prix TTC (Toutes Toxicomanies Comprises) et a désormais l’obligation d’être ouvert 24/7 pour parer à toute éventualité.
Les gens consacrent l’essentiel de leurs revenus à prendre des perches, comportement encouragé par la disparition progressive mais inéluctable de toute forme de production industrielle n’ayant par pour vocation de chéperiser davantage la population.
Qui que vous soyez, si vous lisez ce message, aidez-nous. Nous, c’est une poignée de résistants désireuse de vivre dans un monde où chaque interaction avec autrui ne ressemblerait pas à une scène de Las Vegas Parano.
Nous voulons encore croire qu’un jour, nous ou nos enfants pourrons nous promener dans un bois et faire irruption dans une clairière sans y trouver un mur de son de 25 mètres de long.
Si l’on en croit nos parents, il fut un temps où l’on pouvait se promener au bord d’un lac sans tomber sur un festival open air – et pendant plusieurs heures! Il paraît même que certaines portions de littoral étaient praticables pour la baignade 365 jours par an.
J’ai en revanche du mal à croire à cette légende urbaine qui veut que jadis, il n’y avait pas la moindre plantation de mush dans les sous-sols des bâtiments présidentiels.
Nous ne tiendrons probablement plus très longtemps avant d’être découverts. Quand tel sera le cas, nous serons certainement déportés vers les prisons clandestines du Red Light d’Amsterdam; il paraît que les sévices que l’on y endure dépassent l’entendement. Même les plus résistants en sont revenus profondément changés. J’ai peur.
Peur pour l’avenir du monde.