Archive pour décembre, 2008

L’étrange Noël du Psyminder

Posted in Maître Chéper avec des tags on 24 décembre 2008 by The Psyminder

Aujourd’hui, c’est Noël.

Une fois de plus, j’ai l’impression que le dernier date d’hier. Les années m’ont l’air de filer de plus en plus vite, et si j’en crois mon père, ce sentiment s’accentue au fur et à mesure que l’on vieillit. En ce qui me concerne, j’ai toujours eu l’impression que le temps s’écoulait plus vite que je ne suis capable de l’appréhender.

A force d’avoir l’esprit partout sauf à ce que je fais, j’ai parfois l’impression de “rater” certaines époques de l’année. Je me retrouve soudainement à poser les yeux sur un calendrier pour m’apercevoir que deux mois se sont écoulés et que je ne l’ai absolument pas réalisé.

Cette évocation du calendrier me fait d’ailleurs penser à une chose: sans lui, le 24 décembre serait un jour comme un autre. Cela vaut d’ailleurs pour de nombreuses dates qui se répètent d’année en année.

Les anniversaires, les commémorations, les fêtes, les deuils, les vacances scolaires, toutes ces périodes sont ce qu’elles sont parce qu’un beau jour, quelqu’un leur a collé un chiffre sur le dos en décidant qu’elles correspondraient à un événement, et donc des rituels, précis.

Les cadeaux, les bougies, les cérémonies, les rires, les larmes et les grands mouvements de foule estivaux, tous sont régis par le pouvoir du calendrier. Peut-être est-ce l’une de nos similarités cachées avec le règne animal. De nombreuses espèces obéissent à des cycles naturels immémoriaux, cycles généralement régis par la volonté de procréer ou par la nécessité de trouver de nouvelles sources de nourriture.

N’ayant plus besoin de son instinct pour baiser ni bouffer depuis déjà un moment, peut-être l’Homme en est-il venu à recréer, plus ou moins consciemment, cette situation dans laquelle son comportement n’est plus le fruit de sa propre volonté, mais bien la manifestation d’une force extérieure qui le contraint à agir selon un schéma déterminé à l’avance.

Peut-être un moyen pour Machin de nous rappeler que non, nous ne pouvons pas tout contrôler.

Je ne suis sûrement pas un cas à part, mais Noël n’a jamais été autre chose pour moi qu’un soir où tout le monde est – ou essaie d’être – de bonne humeur, où on mange bien si on a la chance de pouvoir se le permettre, et où on s’échange des cadeaux si on a la chance de ne pas passer la soirée tout seul. Il se trouve que jusqu’à l’âge de 20 ans, tous mes Noël se sont déroulés comme ça. Je n’ai clairement pas réalisé durant toutes ces années à quel point c’était merveilleux.

Après la mort de ma mère, rien n’a plus été pareil – quel scoop. Quelles que soient les circonstances, et même si la copine de mon père est absolument adorable, ce n’est jamais facile de profiter de la soirée quand on la passe à essayer de se rappeler comment c’était avant. Je crois que le plus dur en réalité, c’est la conviction que mon père et mon frère font exactement la même chose.

C’est d’ailleurs au cours de la soirée de Noël 2003 que j’ai fait ce constat extrêmement dur: je n’ai conservé que très peu de souvenirs de mes 20 premières années. Pendant les deux années qu’a duré le combat de ma mère, la pression psychologique, l’angoisse et le désespoir ont atteints des sommets tels qu’ils en sont venus à occulter une bonne partie de mes souvenirs.

A cette époque-là, la peur était si omniprésente et si envahissante qu’elle semblait se substituer à tout ce que j’avais vu, vécu et traversé jusqu’alors. C’était comme si je n’avais jamais connu autre chose. Si certains souvenirs ont fini par revenir avec le temps, je demeure incapable aujourd’hui de me remémorer précisément des scènes aussi élémentaires que ma mère et moi mangeant au restaurant.

Là où devraient se bousculer les souvenirs joyeux et plein d’amour, ces souvenirs qui sont à présent le seul moyen de rendre hommage à ce qu’elle était, il n’y a quasiment plus rien. Les 24 mois qui ont séparé le diagnostic de la mort on agi comme un gigantesque bouton reset dans ma tête, et j’ai perdu la majeure partie de ce qui constituait mon identité à ce moment-là.

Aujourd’hui, je ne sais plus trop que penser de cette fête qu’est Noël. Quand mon père m’a demandé ce qui me ferait plaisir comme cadeau, je n’ai pas su quoi lui répondre, même en y réfléchissant sérieusement. Certains y verront peut-être le comportement d’un fils à papa qui n’a plus besoin de rien. Personnellement, quitte à donner de moi l’image d’un prétentieux ou d’un pitoyable naïf, j’y vois le signe que j’ai compris certaines choses ces derniers temps.

J’ai compris que l’important n’est pas tant ce que l’on reçoit des autres que ce qu’on leur donne. J’ai compris que je suis moi-même la source d’une bonne partie de mes problèmes, et que les réponses à tous ces conflits intérieurs qu’il me reste à dénouer ne peuvent venir que de moi.

J’ai compris ce qui compte réellement à mes yeux et ce dont je n’ai besoin que parce qu’on m’a convaincu que j’en avais besoin. J’ai compris que le marketing est devenu bien trop puissant dans les sociétés développées quand le logo de MasterCard m’est apparu après avoir pensé “J’ai compris qu’il y a des choses qui n’ont pas de prix”.

Au bout du compte, peu importe les cadeaux que vous allez offrir, ils tomberont en désuétude et finiront au mieux en vue sur une étagère, au pire au fond d’un placard dont même le FBI ne connaît pas l’existence. Ce qui compte vraiment, ce sont les souvenirs que vous allez créer à cette occasion. Et c’est à ça que sert selon moi le calendrier.

Combien d’entre vous se rappellent d’un 12 février exceptionnel? A moins que ce ne soit votre date de naissance ou celle de votre mariage, je doute que ce soit votre cas. En revanche, Noël, tout le monde s’en rappelle, même s’il ne s’est rien passé d’exceptionnel.

Le simple fait d’être réuni en famille l’espace d’une soirée est déjà un événement dont il ne faut pas sous-estimer la magie. Passer une soirée avec des gens que vous aimez en toute insouciance est un luxe qui peut vous être ôté du jour au lendemain, sans que vous ayez le temps de vous y préparer.

Alors sans vouloir jouer les rabat-joie,  je vous encourage à prendre un moment pour réfléchir à ce que ce jour signifie pour vous. Si vous êtes un chrétien convaincu, la question se pose peut-être moins – même si le concept d’anniversaire de Machin Jr. mériterait également un article à lui tout seul.

En revanche, si vous ne voyez en cette date qu’un jour férié supplémentaire ou l’occasion de recevoir ce que vous n’avez pas les moyens de vous payez, prenez un moment pour vous demander ce qui a vraiment de la valeur à vos yeux,  ce pour quoi vous seriez prêt à faire des sacrifices. Si Noël doit avoir une véritable utilité pour les non croyants – et j’entends par là ceux qui n’ont pas signé de contrats juteux avec Raoul, peut-être réside-t-elle dans sa capacité à consolider les liens qui nous unissent.

En d’autres termes: offrez-lui un bouquin, il/elle en aura l’usage pendant une semaine. Dites-lui que vous l’aimez et que la vie n’a pas de sens sans sa présence, il/elle s’en rappellera toute sa vie. Franchement, c’est pas compliqué de faire plaisir aux gens.

Je vous souhaite un Joyeux Noël à toutes et à tous et une excellente année 2009.

Lettre au Père Noël

Posted in Maître Chéper avec des tags on 22 décembre 2008 by The Psyminder

Cher Raoul (j’ai toujours trouvé que le Père Noël avait une tête à s’appeler Raoul),

J’ai longuement hésité entre la lettre traditionnelle et le blog, et puis je me suis dit qu’un mec capable de traverser la moitié du monde connu en l’espace d’une nuit devait bien avoir un moyen de se connecter à Internet. En plus, avec les milliers de lettres que tu dois recevoir à cette époque de l’année, je craignais de ne pas réussir à t’atteindre.

Je pensais d’abord t’écrire une de ces lettres dans laquelle je t’aurais expliqué ce que je voudrais recevoir, mais chacun sait qu’on ne reçoit jamais ce qu’on demande à Raoul.

C’est d’ailleurs une réalité très difficile à accepter pour un enfant: on lui présente Raoul comme un vieillard jovial qui distribue des cadeaux en passant par les cheminées, mais à l’arrivée il n’est jamais foutu d’apporter cette licorne qui parle et qui aurait fait si joli au milieu des peluches.

Je me suis donc dit que j’allais profiter de cette lettre pour t’exposer quelques interrogations que je nourris à ton égard depuis plusieurs années, et sur lesquelles j’estime qu’il est temps pour toi d’apporter des éclairages.

Non que je te considère comme m’étant redevable de quelque façon, mais je pense qu’un type qui nous les brise autant chaque année pendant des semaines peut bien se fendre de quelques précisions sur la nature exacte de ses activités, voire de sa personnalité. C’est le revers de la médaille que notre société impose à toute personne jouissant d’un certain degré de notoriété; ça et les paparazzi.

Tout d’abord, ton emplacement – supposé – au Pôle Nord. Alors là pardon, bonjour le sens pratique.

Il est généralement admis que tu livres des jouets aux enfants, faisant d’ailleurs ainsi montre d’une discrimination envers les adultes qui est d’autant plus surprenante que tu ne m’as plus l’air d’être un jouvenceau. A quoi ça ressemble Raoul, je te le demande.

Bref. Si tu passais moins de temps le cul dans un igloo et un peu plus devant les infos, tu saurais que le Pôle Nord est un choix stratégique plus que discutable. Aujourd’hui, si tu veux que ton armée de lutins asservis et exploités puisse atteindre une productivité compétitive à l’échelle mondiale, tu es obligé de t’installer en Inde, en Chine ou aux Philippines.

Cette délocalisation de tes installations est le seul moyen pour toi de résister à la concurrence effrénée venant des pays en voie de développement. Si tu ne t’adaptes pas aux nouvelles règles du capitalisme de Noël, tu seras bientôt remplacé par le Père Tchang, qui a la barbe moins blanche et le ventre plus plat mais coûte 80% moins cher que toi.

A moins que tu ne sous-traites déjà la production de tes jouets à des enfants qui, ne croyant pas en toi, ont après  tout meilleur temps de passer 20 heures par jour à l’usine plutôt que de traîner dans les rues. Sacré Raoul.

Ma deuxième interrogation a déjà été soulevée maintes et maintes fois, sans jamais obtenir de ta part un communiqué de presse officiel: comment fais-tu la tournée de toutes les maisons en l’espace d’une seule nuit? J’ai beau me dire qu’une bonne partie du monde ne croit pas en toi et aurait donc plutôt tendance à recevoir un barbu volant à coups de fourche, il ne t’en reste pas moins une distance considérable à parcourir.

Pendant un instant, j’ai envisagé la possibilité que tu aies développé de ton côté une alternative ultra performante aux énergies fossiles, alternative qui te permettrait non seulement de réaliser ta tournée en l’espace d’une nuit, mais également de tenir avec un seul réservoir. Je pense en effet que depuis le temps, un vieux bonhomme tout rouge qui fait le plein dans une station Shell le 24 au soir, ça aurait fini par se savoir.

Cela signifierait toutefois que tu as choisi de garder cette découverte pour toi, ce malgré le fait que les gens commencent à crever de faim parce qu’on a remplacé leurs champs de blé par des cultures destinées aux biocarburants. Comme je me refuse à croire que tu n’es qu’une pourriture à la solde de l’OPEP, j’en ai déduit que mon explication ne tenait pas la route. J’attends ta réponse là-dessus.

Troisième point, ton mode de distribution. Non mais sans déconner, qu’est-ce que c’est que cette façon de débarquer chez les gens sans frapper, et par la cheminée qui plus est? Je te connais moi? On était à l’école ensemble? Tu m’as vu au mariage de ta soeur? Je crois bien que non.

Je n’ai jamais rien signé qui t’autoriserait à de telles libertés, et je préfère t’assurer que si je t’étais tombé dessus pendant une de tes tournées, je t’aurais accueilli au fusil d’assaut. Je ne suis pas agressif mais je déteste les gars qui se tapent l’incruste.

Bon, en l’occurrence je n’ai ni copine ni cheminée, mais imagine que tu débarques pendant que je bois tranquillement le champagne avec ma moitié sur le canapé, et plus si affinités. C’est un coup à ramasser une bûche dans la gueule ça, et sans sommation. Mes amis ils débarquent par la porte d’entrée et surtout ils s’annoncent. Les bonnes manières se perdent dans ton bled Raoul, crois-moi.

Si tu restais un moment encore, je dirais pourquoi pas. Tu arrives à l’improviste mais au moins tu te poses un moment, on descend un godet, on tire un petit rail de Noël et je te file un petit set de Sidharta pour ton traîneau. Je te promets que ta tournée prendrait une autre allure. T’en n’as jamais marre du vin chaud et des cookies sur la cheminée – sachant pertinemment que papa sifflera le picrate pendant que maman gobera les cookies en se plaignant que c’est pas bon pour sa ligne? Lâche-toi Raoul, il n’est pas trop tard.

Dernière question: combien de temps tu comptes garder ce boulot? C’est bien beau le côté festif, les jouets, les décorations et les riches qui évitent les mendiants dans la rue en allant acheter leur caviar, mais c’est pas ça qui nourrit son homme. Le maître mot aujourd’hui est employabilité, et je crains que tu ne sois déjà profondément enferré dans une spécialisation qui ne peut que nuire à ta reconversion future.

Laisse-moi te dire que dans les mois à venir, un type qui a passé sa vie à manager des lutins pour encourager la surconsommation ne sera probablement pas le profil idéal pour un recruteur. Mon conseil: prends le renne par les bois et arrête-toi pendant que tu es encore dans le move.

Fais ta tournée mercredi, comme d’habitude, puis clôture ton compte en Suisse et disparaît pendant un moment. Change de look, apprends ce qu’est la vie ailleurs que sur un putain de bout de glace et fais des rencontres. Quand la situation se sera calmée, fais-toi embaucher par un revendeur de loutres aveugles clandestin dans le Bronx et mène ta vie aussi normalement que possible.

Tu feras ainsi partie de ces vedettes disparues qui resteront nappées dans le mystère et la spéculation jusqu’à ce qu’un Zero désintègre la planète en s’étouffant avec un xylophone – je vous avais prévenus qu’ils étaient dangereux. Je compte sur toi Raoul.

Lost in psytranslation (2/2)

Posted in Maître Chéper avec des tags on 17 décembre 2008 by The Psyminder

Le 11 octobre a lieu Psybattle. A ce moment-là, j’ai déjà fini mes taz depuis un bail; ils n’auront pas duré deux mois. J’en ai donné quelques uns mais en ai bouffé l’essentiel. Une quarantaine de pilou en une quarantaine de jours plus ou moins, sachant que les premières semaines ont été relativement calmes.

J’ai récemment réussi à avouer à Papy et Monique la phase que j’ai traversée, et la totale perte de contrôle qui l’a accompagnée. Papy le soupçonnait déjà apparemment, mais Monique était un peu sur le cul. Il faut dire que c’est compréhensible: en gros, entre fin septembre et début octobre, je me suis envoyé deux taz par soir du lundi au dimanche.

Chaque soir, je me disais que je n’en prendrai pas. L’hésitation durait toutefois de moins en moins longtemps, et je me rendais bien compte que je ne maîtrisais absolument plus ma consommation. Le bout d’histoire que je n’ai pas encore raconté en revanche, c’est que cette phase a continué quelques temps après la fin de mon stock. Je bougeais régulièrement faire les courses à l’Usine, à tel point que j’ai désormais de très bons contacts là-bas.

C’est seulement vers la fin du mois d’octobre que j’ai réussi à corriger le tir. J’avoue que Dub’n'Ttrance et sa demie heure de cauchemar y sont certainement pour beaucoup. Au final, j’aurai quand même passé près de deux mois dans un monde coupé de toute réalité. J’ai encore du mal à y croire.

A partir du début du mois de novembre, j’ai retrouvé un rythme beaucoup moins trash. Je prenais bien une petite ligne de temps en temps pendant la semaine, mais cela restait dans des proportions plus que raisonnables – si j’ose dire.

J’ai fait connaissance avec mes premières vraies sensations de sevrage: la langue pâteuse du matin au soir, l’envie de fumer deux fois plus de clopes que d’habitude ou ces bouffées de chaleur surgies de nulle part. Certains soirs, j’ai tiré des traits dans le seul but de faire cesser tout ça un moment. Comme un fumeur qui essaierait d’arrêter mais tirerait quelques taffes pour diminuer un peu son agressivité.

Le plus dur n’était toutefois pas le contrecoup physique, mais bien le choc moral. C’est mon meilleur ami et grand frère d’adoption qui, un soir, a parfaitement résumé ma situation entre deux mètres de cointreau: toi qui a toujours revendiqué le côté festif de la défonce, aujourd’hui c’est la fuite que tu recherches. Putain qu’elle a fait mal celle-ci. De par sa justesse bien sûr, et de par tout ce qu’elle impliquait.

Moi qui me suis si souvent persuadé de ma force de caractère et de ma résistance, j’ai fini par sombrer dans la facilité, l’évasion. Entre une soirée sous ecstas sur fond de Sidharta et une nouvelle soirée passée à broyer du noir, le choix était vite fait. Trop vite fait.

Du coup, le retour à la réalité s’en est trouvé fortement compliqué. Déprime totale, motivation inexistante, à tel point que j’ai failli perdre mon boulot. Je ne suis pas encore tiré d’affaire mais j’ai déjà bien remonté la pente; je suis toutefois terrifié de voir jusqu’où j’ai pu glisser avant même de m’en rendre compte.

Durant ce mois de novembre, mes articles reflètent dans l’ensemble mes périodes de faiblesse, et je découvre à nouveau un détail qui m’avait échappé jusqu’ présent: ces périodes durant lesquelles je me suis à nouveau laissé aller se manifestent par des pensées plutôt négatives: du très évocateur Chute et rechute à The Zero within me, en passant par Morpheus is a bitch et Dédicace – article écrit à la mémoire d’un ami disparu en mars, le ton est donné.

Le mois de novembre verra toutefois débarquer ici Zeroes, dont j’avoue être pour une fois objectivement très fier. Et surtout, il verra se dérouler Fractal Energy 2, ce week-end qui m’a fait encore plus de bien que je ne l’ai compris sur le moment.

J’avais pris le lundi suivant pour récupérer, et j’ai tiré quelques traits en faisant le récit de cette phénoménale escapade. Ensuite, plus rien. J’avais pourtant tout ce qu’il fallait dans mon apart, mais je suis resté clean pendant 15 jours. Ca n’a l’air de rien comme ça, mais après la phase dont je sors, c’est déjà une petite victoire.

Vendredi dernier, j’ai été faire les courses pour Papy et moi, et j’ai passé la soirée chez lui avec Monique. Bon ben voilà, c’était vendredi et on a été très raisonnables – plus que sur l’alcool en tout cas. Samedi soir, soirée au Piment Rouge, bon ben voilà c’était le Piment Rouge. Ca reste acceptable.

Lundi soir. J’ai passé un week-end en dents de scie, la journée a été plutôt stressante au boulot et nous sommes en période de fêtes (petite parenthèse: j’ai toujours été tellement effaré par le nombre de suicides pendant la période des fêtes que j’en viens à considérer l’inventeur du calendrier comme le plus épouvantable serial killer de l’Histoire). J’hésite, mais ne craque pas.

Mardi soir. Même scénario. Je sens que le moral est en chute libre, et mes nuits déjà courtes sont peuplées de rêves ridicules mais que leur réalisme rend éreintants. J’hésite. J’attrape ma blanche, enveloppée de ses innombrables couches de plastique que je défais minutieusement les unes après les autres. J’hésite encore, mais ne craque pas.

Ce soir. Je suis rentré chez moi en sachant que j’allais craquer, alors forcément ça n’a pas manqué. Deux couches de papier à enlever et le tour était joué. En l’espace de quelques minutes,  j’ai retrouvé tous mes automatismes. Le pétard toujours à portée de main, le verre de martini qui remplace la bière et les basses de A-Team qui font vibrer la flamme des nombreuses bougies allumées devant mon clavier.

Aussi peu crédible que je sonne – à mon avis, je ne suis pas du tout inquiet pour la suite des événements. Les deux mois que j’ai traversés m’ont fait découvrir des facettes de ma personnalité que je ne veux pas revoir, et je sais que mon organisme ne tiendrait pas le choc face à un nouveau trip de cette intensité. Je ne suis  en plus pas persuadé que ce mode de vie soit le meilleur moyen de remédier au seul problème qui m’occupe vraiment l’esprit, à savoir ma solitude.

En revanche, pour l’abstinence totale, je crois qu’il faudra attendre encore un peu.

Lost in psytranslation (1/2)

Posted in Maître Chéper avec des tags on 17 décembre 2008 by The Psyminder

Ca aura tenu 16 jours.

“Ca”, c’est ce qu’il me reste de volonté et de self-contrôle après une année 2008 plus qu’éprouvante. L’heure n’est pas encore au bilan, mais je pense que le contenu de ce blog offre déjà un panorama relativement exhaustif de mes pérégrinations intellectuelles et de mes errements comportementaux.

Quand j’y repense, je me dis que tout s’est décidé au mois de juin, quand j’ai accompagné Papy et Monique à Amsterdam. C’est en effet à cette occasion que j’ai rencontrée Annick, leur amie québécoise qui nous avait envoyé ces si providentiels MDMA en vue de Transahara. J’étais d’ailleurs avec Monique quand elle a ouvert le paquet.

Sur le dessus, une carte arborant fièrement le smilie le plus célèbre de notre époque. Dessous, une étonnante quantité d’objets tous plus improbables les uns que les autres allant de la peluche au distributeur de bonbons, en passant par le jouet en plastique mou qui fait de la lumière quand on l’agite.

Puis, cachée sous cette masse aussi curieuse qu’hétéroclite, une sorte de tube de médicaments rempli de plusieurs couches de mouchoirs pliés à l’arrache. Et enfin, au fond de ce tube, le Saint Graal des chéper. 50 pilules d’une qualité qui hante encore mes rêves les plus chargés. Là encore, avec le recul, je pense que les choses auraient peut-être tourné différemment si mon premier contact avec les dures  n’avait pas été si bon.

Toujours est-il que nous avons vécu sur ce stock pendant un certain temps, bien qu’il ait été amputé d’une trentaine d’unités pendant les trois jours que nous avons passés dans le désert. A ce moment-là, je tenais toujours l’une des rares résolutions prises durant ma jeunesse et qui avait résisté au passage des années: ne jamais acheter de drogue dure moi-même.

Puis arrive le mois de juin. Je fais la connaissance d’Annick, que j’apprécie immédiatement – difficile de faire autrement croyez-moi. On s’entend très bien pendant tout le séjour, on rentre dans nos pays respectifs en espérant se revoir bientôt et l’histoire s’arrête là. En fait, elle aurait s’arrêter là.

Pourtant, le 14 juillet, je craque. Je ne sais plus d’où ça vient,  ni même s’il y a eu un élément déclencheur bien précis. Ca n’a d’ailleurs plus aucune importance. Toujours est-il que, après un certain nombre d’e-mails échangés en toute innocence, je me risque à aborder le sujet de l’envoi de taz par-dessus les océans.

Annick accepte assez rapidement, et je me garde de communiquer l’info à Monique. Dans un premier temps du moins. Je sens confusément qu’en l’apprenant elle me pétera la gueule et je ne suis pas spécialement pressé que ça arrive. Je continue donc d’échanger discrètement avec Annick sur les modalités d’envoi et de paiement.

Au bout d’un moment, je mets Monique dans la boucle – ou est-ce Annick qui s’en est chargée? Mes souvenirs de cette période sont décidément bien flous. Je sais en revanche qu’elle a réagi moins violemment que je ne le craignais; en fait je crois qu’elle était plutôt contente vu qu’elle allait en profiter aussi après tout.

La récupération du paquet restera éternellement gravé dans ma mémoire. C’était la première fois que je recevais un paquet par FedEx – merci les gars – et sans Monique je pense que je ne l’aurais jamais récupéré, les livraisons ayant été systématiquement mises en échec par le digicode de mon immeuble. Comme quoi un rien les arrête ces livreurs.

Il faudra donc que je les appelle et leur donne l’adresse du bureau pour mettre fin à ce feuilleton qui aura duré une bonne semaine. C’est l’apprenti qui les récupère des mains du facteur et me les amène, un grand sourire sur le visage. Je ne peux m’empêcher de me marrer intérieurement, tout en espérant néanmoins qu’il reste aussi sain qu’il l’est actuellement.

Sur le paquet, un autocollant jaune attire mon attention. Il porte une mention que je peine à comprendre, avant de retenir un cri de surprise: il s’agit en fait d’un scellé de la police des douanes américaines. Le paquet est passé par Indianapolis et a été ouvert par nos amis de chez Homeland Security.

Manque de bol pour eux, Annick a une nouvelle fois si bien garni son paquet qu’ils n’y ont vu que du feu. A l’intérieur, je trouve donc les désormais habituels gadgets à 2 sous, la boîte de médicaments, et mes précieux taz. Je viens d’avoir un choc en cherchant dans mes e-mails la date à laquelle ils sont arrivés: 14 août. Ma mère aurait eu 54 ans ce jour-là. Pas étonnant que la soirée ait pris un tel cours.

J’ai goûté les taz le soir même, et j’ai écrit 5 articles sur ce blog. J’ai dû effacer les deux premiers car ils faisaient flipper mon entourage. Le troisième concerne ma mère, le quatrième mon ex et le 5ème clôture la soirée. J’ai fini à 3h du matin, et je me levais à 7h30 pour aller bosser. Je crois que c’est pendant cette longue nuit que j’ai découvert à quel point j’aime écrire chéper.

Les deux mois suivants en seront la preuve flagrante.

Le 18 août a lieu la soirée Tchik Tchak Boum, et pour une fois c’est moi qui peut fournir Papy et Monique; ça me fait plaisir dans la mesure où si ils devaient me facturer tout ce que j’ai bu, mangé, fumé et gobé grâce à leur générosité, il me faudrait probablement 2 ou 3 jobs de plus.

Le mois d’août se termine relativement calmement, et je prends bien soin de ne pas taper dans mes provisions à moins d’une soirée particulièrement bonne. Début septembre, je franchis un nouveau cap dans mon parcours de chéper: la teuf en solo.

Back sous les Baumli marque le début de deux mois qui m’apparaissent aujourd’hui totalement inconcevables. La seule pensée de replonger dans ce rythme me tétanise littéralement. Si vous relisez les articles publiés pendant le mois, vous verrez rapidement ce que je veux dire. Ce qui n’apparaît pas forcément lorsqu’on lit les articles au fur et à mesure qu’ils sortent, saute aux yeux avec une brutalité terrifiante dès qu’on a une vue d’ensemble de la situation.

Tous ces articles ont été écrits dans un état de transe totale. Back sous les Baumli, Une histoire de choix, Delirium Nocturnum, Mon voisin le teufeur, It’s all about quality ou Un peu de prévention, aucun n’échappe à la règle. Ils relatent des teufs invraisemblables, reflètent une personnalité en plein désarroi, se font l’écho d’un esprit torturé ou font l’apologie d’un mode de vie profondément dégénéré. Quand ils ne font pas tout ceci à la fois.