Blogueur sous ecstasy 4

Je parlais l’autre soir du décalage profond entre ma famille et moi. Ce décalage a eu une conséquence intéressante: j’ai développé deux personnalités bien distinctes.

Pour ma famille et (la plupart de) mes collègues, je suis juste ce jeune homme bien élevé, diplômé HEC, avec un travail stable et un appartement. Je ne téléphone certes pas souvent, et je rends encore moins visite. Mais quand on arrive enfin à me mettre la main dessus, on passe un très bon moment, fait de discussions sérieuses et de bonnes bouffes conviviales.

Pour mes amis, je suis ce fêtard complètement allumé, qui accumule des légendes éthyliques toutes plus stupides et dangereuses les unes que les autres à un rythme effréné, qui provoque plus de fumée à lui tout seul que Ground Zéro le 11 septembre, et qui trouve parfaitement normal d’aller danser 65 heures dans le désert en se gavant de pilules magiques.

Le défi, vous l’aurez compris, consiste à gérer ces deux personnalités sans se mélanger les pinceaux. En réalité, la situation n’est délicate que dans un sens. Si je commence à parler boulot à un chéper au milieu d’un festival, vous conviendrez que le dommage est minime. En revanche, si je prends des champis avant d’aller bosser et que je commence à danser torse nu devant un banquier privé, la réparation de la bévue s’annonce déjà plus tendue.

Je prends volontairement des exemples extrêmes. La réalité est bien plus subtile. Un chéper, pour peu qu’on s’y connaisse un minimum, ça se repère de loin – Monique est terrifiante d’efficacité dans ce domaine. Les opinions, les allusions foireuses, l’état d’esprit en général sont autant d’éléments qui crient au monde votre surprenante motivation à vivre en apesanteur.

J’ai en tête un exemple particulièrement éloquent. Il y a quelques mois, après un apéro de fin de journée, je me préparais à quitter le bureau. Je me dirige vers la porte quand Monique me lance: “Tu passes pas en fumer un ptit à la maison avant?”. A moins d’un mètre d’elle se trouvaient donc le boss de la boîte et la moitié des collègues…

Le hasard a voulu que sa question soit couverte par le bruit des conversations ambiantes. Il n’en demeure pas moins qu’on a frisé la correctionnelle ce jour-là.

Autre cas très concret: pour Transahara, vous nous voyez arriver vers le patron et lui dire qu’on prend des vacances en même temps pour un festival au milieu des dunes ? Officiellement, je suis parti à Marrakech avec des amis et Monique était à Toulouse. Pour Amsterdam, rebelotte. Officiellement j’étais à Berlin, et Monique Machin sait où. Toute une histoire à chaque fois.

Bref, toujours est-il que je me pose toujours la question – c’est décidément une manie chez moi: comment réagiraient les gens qui me croient normal en découvrant mon autre personnalité ? Je sais que pour bon nombre de gens, mon rythme de vie serait considéré comme décadent et perverti. On me prend souvent pour un barbare à cause de mes goûts musicaux, mais si les gens savaient ce que ça cache…

Pareil côté professionnel. Sincèrement, quelle chance y a-t-il de décrocher un emploi si le recruteur que vous rencontrez connaît ce genre de détails sur vous ? A la limite, dans les agences de créa, pourquoi pas. Mais imaginez un type comme Papy: il a un bon boulot dans une grande banque et je sais quîl est très doué. Et bien personnellement, si les clients de la banque savaient par qui leurs comptes sont réellement contrôlés, ils auraient un léger moment de flottement.

La deuxième question qui m’occupe ces derniers temps, c’est l’impact de ce mode de vie bien particulier sur mon organisme. J’ai fait de bonnes études, je m’en sors bien dans mon boulot et j’ai bon espoir d’être encore relativement opérationnel. Seulement, si je m’en sors bien aujourd’hui, que se serait-il passé si j’avais eu un mode de vie plus sain ?

Je ne suis pas particulièrement sensible aux messages alarmistes de la prévention contre les drogues. Ca ne m’empêche pas d’être conscient que j’ai dû envoyer un certain nombre d’innocents au paradis des neurones grillés. Qui sait de quoi je serais capable si j’avais tenu la même discipline que le frangin ?

Seulement, la discipline, ça me gonfle. Vraiment. Pas au niveau collectif, mais bien au niveau personnel. Toujours la même histoire: le bon temps qu’on prend maintenant, on ne le rendra pas. Et puis n’est-ce pas là l’image même de notre époque ? Consommer tout et tout de suite. Abuser de tout et tout de suite.

Ok, c’est bien de vivre vieux et en bonne santé. Et pourtant… je ne peux m’empêcher de penser qu’être en bonne santé pour jardiner et jouer au bridge, ce n’est pas vraiment ma motivation finale. Je suis navré d’être si caricatural, mais pour parler franchement, c’est pas ça qui me fait bander. Les milieux qui m’attirent, les expériences que je veux vivre, sont à visiter et à vivre maintenant.

C’est la politique du court terme. C’est la politique de la chandelle qu’on brûle par les deux bouts. C’est la politique que l’on adopte quand on n’a guère d’espoir pour l’avenir de ce monde. Et jusqu’ici, c’est la seule qui m’ait réellement donné l’impression d’exister.

4 réponses vers “Blogueur sous ecstasy 4”

  1. salut je cherche des ecsta

  2. The Psyminder a dit :

    Désolé ben mais je suis consommateur pas dealer.

  3. je crois que je suis amoureuse de toi :s

  4. The Psyminder a dit :

    Hey mais c’est gentil ça, même si ce n’est pas très rassurant de voir que c’est cet article qui suscite ces émotions ;)

    Je t’emmène volontiers en teuf à l’occasion, t’as juste à me faire signe !

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