Amsterdam 2008: Jour 3

Levés en début d’après-midi, nous décidons de nous mettre en route rapidement pour arriver au festival de bonne heure. Répétant notre désormais célèbre leitmotiv, “un dernier pétard et on y va”, nous nous mettons en route environ 3 heures plus tard. C’est comme les adieux à la marocaine, sauf que ça se fait en début de journée et non à la fin.

Une fois arrivés en ville et après un rapide passage par le Jolly Joker, nous enfilons nos costumes de Hobbit et nous mettons en quête de champignons. Soyons francs, ça n’a pas été plus difficile que ça. Nous entrons dans un magasin à l’aspect prometteur; à l’intérieur, la description des effets que procurent les différents produits proposés suffit à vous retourner la tête. Nous achetons deux barquettes de philosopher stone et nous mettons en route pour le festival.

Quand Monique m’a parlé de ce festival, j’avoue que je me suis fait une représentation erronée de ce qu’il allait être (au final ça a été encore mieux que ce que j’espérais cela dit). Ayant rapidement lu le descriptif, j’avais gardé en tête une sorte de manifestation géante envahissant tout le centre ville. Je suis donc un peu surpris lorsque le taxi nous emmène hors de la ville et nous dépose dans un endroit dont le calme n’est pas sans rappeler le vestiaire des Bleus le soir précédent.

Nous passons sans encombre le contrôle de sécurité, ce qui peut vouloir dire deux choses:

  1. Ceux qui nous ont fouillés ont très bien vu les boîtes de champis dans le sac d’Annick mais se doutent bien qu’un festival de ce type nécessite un régime alimentaire approprié.
  2. Ceux qui nous ont fouillés sont de grosses tanches.

Une fois le contrôle franchi, nous arrivons sur une grande pelouse bordée d’arbres d’un côté, et d’un superbe lac de l’autre. Ca s’annonce plutôt bien, sauf que la première scène sur laquelle nous tombons est occupée par des Hollandais folkloriques, dont la musique ne l’est pas moins, et qui font danser 3 ou 4 perdus portant des bouées géantes en forme de crocodile.

Nous passons par la caisse pour changer notre argent contre des jetons, et nous nous dirigeons vers la scène d’à côté (un peu éloignée de la première et séparée par une palissade). Il s’agit de la scène réservée à la trance, seul et unique objet de notre présence ici. Peter Didjital, Sensient et Atmos ont déjà mixé; nous arrivons au début du set de Dick Trevor.

Il y a des performances qui vous marquent plus que d’autres. Je me souviens encore d’un set de Jumpin’ Jack à l’Oxa de Zürich pour les 10 ans de la boîte qui datent pourtant de mai 2005. Et bien ce set de Trevor fait clairement partie de ces sets là. Les plus pragmatiques d’entre vous diront que les champis n’y sont pas pour rien. C’est parfaitement juste. Mais ce qui fait la magie d’un set, ce n’est pas uniquement la performance du DJ; c’est aussi le contexte dans lequel elle s’inscrit.

Ses trois heures aux platines passent comme dans un rêve. Nous croisons là-bas les personnages les plus extraordinaires que j’aie jamais vus; les alternatifs les plus aboutis et les marginaux les plus déconnectés se sont donnés rendez-vous; nous croisons même une énorme bouteille de Jack Daniel’s qui se déhanche péniblement.

C’était ma première expérience avec les champignons. J’avoue ne pas avoir déçu du résultat; décrire ce qu’on voit dans des moments pareils est proprement impossible. La meilleure approximation que je pourrais vous donner est encore très loin de la réalité: imaginez-vous observer une scène en n’enregistrant qu’une seconde sur dix.

Dans une assemblée comme celle-ci, je vous assure que les gens bougent. Ils bougent beaucoup. Les gestes sont saccadés et les couleurs complètement psychédéliques. L’air vibre tellement que le corps bouge presque spontanément sous l’impulsion des basses. Alors forcément, quand vous prenez aléatoirement des séquences d’une seconde chacune et que vous les mettez bout à bout, il faut bien s’accrocher à son pétard pour garder le cap.

Trevor laisse ensuite les platines à Ocelot, dont le set moins agressif a au moins le mérite de faire descendre un peu l’adrénaline; je suis déjà à la limite de la surchauffe. Le festival s’achève un peu plus tôt que prévu (22h45 au lieu de 23h), mais de toute façon nous n’avons plus vraiment la force de bouger. Un dernier pétard sous la tente chill out et nous voilà partis.

Grâce à un Hollandais providentiel, nous parvenons à attraper un taxi. Avec le recul, je me dis souvent que j’aurais préféré rentrer à pied. Je ne sais pas s’ils tournent à la coke ou si le problème vient d’ailleurs, mais tous les chauffeurs de taxi que nous avons vus à Amsterdam sont de jeunes Fangio en puissance au volant de voitures trafiquées à l’excès.

A coup de virages à la limite du dérapage et de pointes à 130 km/h sur les boulevards, nous arrivons vite à la péniche. Par un miracle gravitationnel surprenant, les champignons sont restés en place pendant tout le trajet. Je n’avais plus prié depuis un moment.

Pour la première fois depuis notre arrivée, nous nous couchons à une heure relativement normale. Nous prenons quand-même soin de finir la blanche au passage, surtout qu’à une heure pareille, elle fait l’effet d’un verre d’eau après un shot d’absinthe.

Demain sera sûrement plus calme. En attendant, il me faudra plus d’une heure pour m’endormir: malgré mes efforts, mon corps continuera de danser sous la couette pendant de longues minutes.

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