Paléo: la grande imposture (2/2)

Parce que le Paléo est célèbre.

Parce que le Paléo est un des plus grands festivals d’Europe.

Parce que le Paléo est devenue une telle institution que ne pas y aller est aujourd’hui considéré comme un échec social, voire comme le signe annonciateur de troubles psychologiques profonds et incurables.

Parce que le Paléo est le Paléo. Et c’est là que je sors de mes gonds.

La célébrité et la popularité de ce festival sont devenues telles que les organisateurs n’ont plus d’efforts à fournir pour attirer les gens. Quelle que soit la programmation, le succès est assuré, ne serait-ce que grâce aux différents éléments que je mentionnais plus haut (le côté convivial, en plein air, détendu…).

J’imagine la joie que ce constat a dû procurer aux organisateurs. Rendez-vous compte : il est désormais possible de remplir le festival pendant 6 jours tout en réalisant des économies phénoménales sur le cachet des artistes ! De plus, comme bon nombre d’entre eux en sont à leur 47ème participation, plus besoin de négocier pendant des heures !

A titre de comparaison, je voudrais vous présenter le Greenfield Festival qui a lieu en juin à Interlaken. Le style musical est complètement différent puisqu’il s’agit d’un festival orienté métal/punk, mais la différence ne s’arrête pas là. Le Greenfield n’en est qu’à sa quatrième édition (contre 33 pour le Paléo) et a attiré 75′000 personnes l’année dernière (contre 225’000 pour le Paléo, qui dure toutefois 2 fois plus longtemps).

Jetez maintenant un œil à la programmation : Linkin Park, Offspring, NOFX, In Flames, Sick of it all, Apocalyptica, Rise Against et bien d’autres. Depuis sa création, le Greenfield a également accueilli Marilyn Manson, Queen of the Stone Age, Slayer, System of a Down, Greenday ou encore Pennywise.

Si cet univers musical ne vous est pas familier, je comprends que la liste ci-dessus ne vous fasse pas frémir. Pour celles et ceux qui connaissent un minimum le monde du métal et du punk, il y a de quoi tomber à genoux et remercier le ciel qu’un festival soit capable de réunir des artistes pareils. Un festival plus petit que le Paléo. Un festival plus jeune aussi, qui n’a pas encore fait ses preuves.

Un festival dont les organisateurs ont compris que le véritable intérêt de ce type d’événements n’est pas de pulvériser chaque année le record de visiteurs, mais de procurer aux passionnés de musique de véritables expériences sensorielles qu’ils ne vivraient pas ailleurs. Avec tout le respect dû à la chanson française, si je veux voir Etienne Daho ou Vanessa Paradis, je n’ai pas besoin d’un festival international pour ça ; ce sont des artistes locaux.

La Suisse est si souvent oubliée lors des tournées des grands groupes internationaux que les événements de la taille du Paléo sont la seule occasion pour nous de les voir. Au lieu de ça, nous devrons nous contenter de Solange la Frange, Caribou, Thomas Dutronc ou Nicolas Fraissinet. Et pourtant, 4 heures après l’ouverture des billetteries, 4 soirs sur 6 sont déjà complets.

Certes, de plus gros calibres comme Ben Harper, REM ou Massive Attack seront de la partie ; dommage qu’ils soient déjà tous venus (au moins) une fois, et que leur charisme souffre du vente de réchauffé qu’ils font souffler sur la plaine de l’Asse.

Pour moi, Paléo est devenu le Facebook du monde réel : tout le monde y va parce qu’il faut y aller, mais rien ne justifie qu’on en fasse une telle histoire.

Je vous avais prévenu que j’allais cracher sur le Paléo.

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