Transahara 2008: Jour 3

Levé sur le coup de midi, mon premier réflexe est d’aller acheter un pack de Corona. Il fait un temps magnifique, les dunes s’étendent majestueusement sous un soleil implacable, mais à quelques centaines de mètres de là, les basses font toujours vibrer le désert. Le contexte est idéal pour une introspection paisible, loin des tourments de la vie quotidienne.

Je commence à danser, bientôt rejoint par Papy et Monique. J’attaque ma deuxième bière au moment où Papy me glisse un remontant dans la main en annonçant joyeusement: “c’est l’heure du refill”. J’accompagne la pilule d’une gorgée de Corona et retourne danser, sans savoir que je viens d’entamer le marathon le plus spectaculaire de ma vie.

Les platines frémissent sous les doigts de Simon Baring. Je ne suis pas particulièrement fan de minimale, mais ce set a pourtant été l’un des plus jouissifs que j’ai entendus. Pendant plusieurs heures, j’ai été littéralement submergé par des bouffées d’adrénaline et d’extase si puissantes que j’en perdais parfois le souffle l’espace de quelques secondes. Le sourire scotché sur les lèvres et les membres légers, je me suis laissé engloutir par le son jusqu’à perdre la notion même de mon corps.

L’après-midi entière s’écoule dans une symphonie sensorielle parfaite. Un groupe de motards engagé dans une virée à travers les dunes fait son apparition, et je souris en imaginant la surprise que doit leur causer une telle vue. Sans compter qu’à ce moment-là, un groupe d’Espagnols élevés au whisky est en train de porter le floor à ébullition.

Sur le coup des 2 heures du matin, mes jambes semblent se solidifier. Je réalise que je danse sans interruption depuis maintenant 14 heures; je n’ai avalé que des pilules et des bières, et je viens visiblement d’atteindre ma limite physique. Pour être exact, je viens de réaliser que je l’ai dépassée depuis déjà longtemps. Le set qui vient de s’achever a été particulièrement agressif, sous la houlette d’un DJ complètement allumé qui n’est pas sans rappeler T-Bag.

Toute la fatigue que j’accumule depuis le début du séjour se fait soudain violemment sentir. J’essaie de résister encore un moment, mais je ne peux presque plus marcher. Je rejoins ma chambre et m’allonge en gémissant de douleur. La conclusion inéluctable de ce voyage commence à prendre forme dans mon esprit: le Maroc, c’est violent.

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