Lost: une analyse alternative

Posté dans Maître Chéper avec des tags , , le 14 décembre 2011 par The Psyminder

A moins que vous n’ayez passé ces dernières années au fin fond d’une cave ou que vous n’habitiez à Marly-Gomont, vous avez certainement entendu parler de l’une des séries américaines les plus populaires jamais diffusées: Lost – Les Disparus en France, et Perdus au Québec, une région qui ne cessera décidément jamais de m’émerveiller.

Lancée en 2004, la série provoque rapidement un raz-de-marée planétaire qui durera jusqu’au dénouement en 2010. Pendant six ans et autant de saisons, chaque épisode sera religieusement suivi par des millions de téléspectateurs hystériques et par de très nombreux consommateurs de LSD, enchantés de voir enfin percer un producteur issu de leurs rangs.

Aussi confuse qu’une interview de Jean-Claude Vandamme et aussi kitch que la fin d’un épisode de Star Wars, la conclusion de Lost divise si profondément ses fans qu’on en vient immanquablement à se demander si quelqu’un l’a réellement comprise – scénaristes et réalisateurs inclus.

D’un côté, ceux qui crient au génie. Dotés d’une forte propension à prétendre qu’ils avaient tout compris depuis la 3ème saison déjà, ils tentent inlassablement d’expliquer à leurs adversaires qu’ils ne sont qu’une poignée de bourrins obtus et arriérés qu’une carence chronique en spiritualité empêche d’appréhender la splendeur mystico-symbolique de ce dernier épisode.

De l’autre, ceux qui s’estiment floués. Faisant montre d’un vocabulaire plus cru et direct que leurs opposants, ils rivalisent de superlatifs d’une surprenante créativité pour exprimer le profond sentiment d’inachevé que leur laisse cette conclusion, réclamant à corps et à cris les 6 années qu’ils estiment avoir perdues et une ébauche de réponse aux 384 questions que la conclusion laisse selon eux sans réponse.

Un fascinant débat qui en dit long sur les priorités de millions d’individus ayant décidément beaucoup trop de temps libre à disposition, au risque d’occulter une vérité pourtant fondamentale: les scénaristes savaient pertinnement où ils allaient dès le premier épisode. C’est pourquoi ils ont décidé de donner à cette série un nom qui refléterait non seulement son contenu, mais également son impact sur l’audimat.

Ayant récemment regardé l’intégralité des six saisons pour la seconde fois, et malgré le nombre d’analyses détaillées qui ont déjà été publiées en ligne sur le sujet, j’ai finalement décidé de livrer ici mes propres conclusions sur ce phénomène dont on ne mesurera probabalement pas les conséquences avant des décennies.

Soucieux d’apporter au débat un éclairage nouveau, j’ai toutefois opté pour un angle d’attaque bien différent de ce qui a été fait jusqu’à présent, me concentrant sur les fils conducteurs qui sous-tendent l’intégralité de l’intrigue au lieu de me borner à analyser pour la milième fois l’un ou l’autre des éléments spécifiques qui ont fait de cette série l’inextricable sac de noeuds qu’elle demeurera jusqu’à l’avènement planétaire des concierges birmans.

J’ai donc le grand plaisir de vous présenter ici les 5 points que tout néophyte devrait connaître sur Lost avant de se lancer dans l’aventure. Une sorte de mode d’emploi pour les nuls qui – je l’espère – contribuera à diminuer le niveau de frustration de ceux qui ont la chance d’avoir une vie suffisamment normale pour ne pas encore avoir vu la série .

1. Dans Lost, ne pas répondre à une question par une autre question est considéré comme totalement has been.

Ca peut paraître surprenant de prime abord, et en un sens ça l’est, mais il s’agit d’une vérité que je mets quiconque au défi de challenger. Dans un premier temps, on n’y prête pas reéllement attention, ou alors on se dit que cela ne fait après tout que rajouter une touche de mystère. Puis vient le temps du doute.

En effet, tôt ou tard survient le moment fatidique à partir duquel on ne peut s’empêcher d’être gagné par un certain scepticisme. Les protagonistes étaient-ils déjà incapables de répondre normalement avant d’arriver sur l’île, ou s’agit-il d’une effert pervers du crash sur lequel les plus pointilleux des analystes seraient passés trop vite?

Appliqué à des scènes de la vie quotidienne, ce schéma récurrent et au bout du compte assez oppressant donnerait lieu à des situations dont on ne saurait suffisamment souligner l’absurdité:

Jack to Locke: did you sleep well last night?

Locke to Jack: did you?

Sawyer to Kate: can you pass me the water?

Kate to Sawyer: why would I do that?

Jack to Kate? do you have the time?

Kate to Jack: why do you wanna know?

Plutôt gonflant non?

Chaque contre-question est naturellement accompagnée d’un air hautement suspicieux qui démontre que pour tous les rescapés du crash, un type qui pose une question projette forcément de massacrer les autres ou – pire encore – de leur mettre le petit doigt dans une bouteille d’eau pendant leur sommeil.

2. Dans Lost, le fait que toute personne s’aventurant dans la jungle finisse une fois sur deux par être enlevée, attaquée ou victime d’un phénomène paranormal ne constitue nullement une raison de ne pas s’y aventurer tout le temps, tout seul et pour n’importe quoi.

Une chose que l’on ne mentionne pas assez quand on parle de Lost, c’est qu’il s’agit d’une série réservée aux amoureux de la nature. Si vous supportez difficilement la vue d’une ou plusieurs personnes se baladant sous les arbres pendant d’interminables heures, il y a fort à parier que vous ferez une méchante crise de nerfs avant la fin de la première saison.

On estime en effet que si le scénario était amputé de la moitié des scènes champêtres au cours desquelles il ne se passe rien, les scénaristes auraient réussi à boucler l’intrigue en 3 saisons au lieu de 6. Mais bon, de vous à moi et en toute franchise, si vous aviez la possibilité de générer des millions de dollars en faisant courir quelques kikis dans une clairière, vous vous en priveriez?

Bref, toujours est-il que Lost, c’est avant toute l’histoire d’un groupe de rescapés dont la mémoire ne semble pas excéder une poignée d’heures et qui s’obstinent à retourner dans la jungle à la moindre occasion. Peu importe que celle-ci soit habitée par un monstre de fumée noire qui semble tuer sans discernement, ou encore par une poignée d’autres kikis ayant de fameux penchants psychopathes ou un sens très particulier de l’hospitalité – à vous de voir.

Que ces gens n’éprouvent visiblement aucun scrupule à enlever les femmes et les enfants, à tirer sur ceux qui parlent un peu trop fort ou à laisser pour mort un ancien Hobbit reconverti en rock star toxicomane en le pendant à un arbre, tout ceci n’est en aucun cas une raison valable pour ne pas aller profiter de la végétation luxuriante de l’île, le plus souvent en évitant soigneusement de prévenir qui que ce soit ou même de réfléchir avant d’agir. Ca ferait vulgaire.

Tu t’es disputée avec ton mari? Run into the jungle. Un flash-back un peu trop violent dû à un passé trop chargé ou à un mauvais trip d’acide pendant ton adolescence? Run into the jungle. Ton fils a été enlevé par des mecs pas nets armés jusqu’aux dents dont tu ne connais ni le nombre ni l’emplacement? Run into the jungle – with a rifle.

Au vu de la qualité de ce qui passe à la radio depuis des années, je suis persuadé qu’on pourrait en faire une chanson à succès, à condition bien sûr d’y ajouter un refrain percutant et facile à mémoriser:  tu as aperçu un homme, une femme ou un animal qui n’a rien à foutre sur cette île – encore moins après sa mort? Run into the jungle.

3. Dans Lost, un personnage un tant soit peu important qui meurt ne met jamais plus d’une dizaine d’épisodes pour revenir. S’il met plus longtemps, c’est un personnage secondaire. S’il ne revient pas du tout, c’est une erreur de casting.

Du point de vue du spectateur, cette caractéristique très particulière de Lost est profondément polarisante émotionnellement: à la joie de ne jamais voir totalement disparaître les personnages à qui l’on s’est attaché s’oppose une profonde crispation, celle de devoir se taper jusqu’à la fin du show les têtes à claque que l’on maudit depuis leur apparition et dont la mort avait justifié l’ouverture de cette bouteille de champagne que l’on gardait depuis tant d’années pour le diplôme du petit.

En d’autres termes, obtenir un rôle potable dans Lost, c’est comme être embauché par l’Etat: la garantie d’un job à vie indépendamment de sa motivation, ses qualifications ou ses performances. Tout pareil, mais sur une île paradisiaque et tous frais payés. Presque comme l’Etat je vous dis.

Je regrette souvent de ne pas avoir pensé à cet article avant de revoir la série, sinon j’aurais pris des notes. Pourtant, même en l’absence d’aide-mémoire, il m’a fallu moins de 30 secondes pour retrouver 5 façons dont les morts reviennent dans l’intrigue – ce qui en dit long sur le génie créatif des scénaristes ou sur la rapidité excessive avec laquelle on a annoncé la mort du marché de la meth en Californie:

  1. Le mort n’était pas vraiment mort, même après avoir eu la cervelle grillée ou la poitrine perforée de balles. C’est peut-être la raison la plus dure à admettre mais croyez-moi, dans le contexte c’est parfaitement crédible. Pire même, c’est logique.
  2. Le mort est bien mort mais fait partie d’un bon 10% des flashbacks qui émaillent la série, ce qui représente une durée d’apparition à l’écran que vous ne soupçonnez peut-être pas.
  3. Le mort est régulièrement incarné par le monstre de fumée noire, qui peut prendre l’apparence de n’importe qui et semble invincible mais n’est pas capable de quitter l’île parce que survoler l’eau c’est trop dur. Le personnage ainsi incarné se comporte certes légèrement différemment mais il est quand même là, ce qui suffit largement quand le personnage en question a un physique intelligent.
  4. A croire que le harsard fait bien les choses, un des rescapés du crash a justement la capacité de parler avec les morts, ce qui leur permet une petite réapparition entre deux flashbacks. Histoire de compléter le tableau, un nouveau personnage fait son apparition au cours de la série qui a lui la capacité de recueillir les dernières pensées du défunt si son corps ne se situe pas trop loin – probablement une sorte de concession des scénaristes envers les personnages qui n’avaient vraiment pas envie de quitter le plateau.
  5. Le mort est bien mort mais soudain il ne l’est plus, sans qu’on sache vraiment pourquoi. Ce cas de figure a toutefois été conservé pour la dernière saison, à un moment où le niveau d’endoctrinement des fans était tel que personne n’aurait bronché si un personnage récemment décédé avait été ramené à la vie par un lapin Duracell.

Enfin, la vraie classe ça reste quand même de ne jamais mourir – pas même une fois! – du début à la fin de la série. Et si vous pensez que j’exagère, je vous invite à prendre un moment pour dresser la liste des personnages principaux qui restent réellement en vie jusqu’au dernier épisode. Convaincus maintenant?

4. Dans Lost, tous les événements et les protagonistes sont connectés, peu importe à quel niveau et de quelle manière.

Il s’agit ici d’un point extrêmement important dont je n’ai réellement pris conscience qu’en regardant à nouveau la série, un point qui vous aidera sûrement à mieux comprendre la série et apprécier ses subtilités si vous y prêtez attention dès la première minute du premier épisode.

Dans Lost, rien n’est anodin – les personnages le rabâchent suffisamment d’un bout à l’autre de chaque épisode. Everything that happened, happened for a reason figure probablement dans le top 10 des phrases les plus utilisées, juste entre It was my destiny et I was meant to do this. Mention spéciale à John Locke pour son utilisation massive de chacune des versions, ce même si ce que lui arrive dans un épisode est totalement aux antipodes de ce qui lui est arrivé dans le précédent.

Certaines de ces interdépendances sont évidentes, même si l’on ne cherche pas particulièrement à les débusquer. Les protagonistes n’ont en effet eu de cesse de se rencontrer avant le crash, inconscients à l’époque de ce qui les attendait. S’ils n’ont pas pu se rencontrer directement, soyez sûrs qu’ils ont au moins rencontré un parent, un proche, un employé municipal ou un animal susceptible de créer ne serait-ce qu’un embryon de lien avec l’un des autres rescapés.

Une façon élégante de nous rappeler à tous qu’en fin de compte, it’s a small world?

Il est parfois difficile de supporter les flashbacks incessants qui rythment la série, surtout quand ceux-ci semblent porter sur des événements insignifiants. Or, c’est là que réside le piège: dans Lost, rien n’est jamais insignifiant. N’en déplaise à certains critiques, il n’existe aucun événement au sein des flashbacks qui ne puisse être rattaché à un événement bien précis ayant eu lieu sur l’île.

Si Kate est incapable de se décider entre Jack et Sawyer, c’est parce que ses menottes l’ont empêchée de mettre sa ceinture de sécurité quand elle est montée dans le véhicule du marshall pour la première fois.

Si Benjamin Linus a si mal tourné, c’est parce que son père alcoolique s’endormait systématiquement sur le canapé avec une jambe appuyée sur l’autre, ce qui compliquait la tâche de Ben lorsqu’il essayait de lui enlever ses chaussures.

Si Desmond fait preuve d’une telle résistance envers les propriétés magnétiques de l’île, c’est parce la première chose qu’il a faite en sortant du couvent à été d’aider une blonde fortuitement présente sur les lieux à charger des caisses de pinard dans sa voiture.

Si vous avez l’impression que je me montre sarcastique et tourne en dérision le besoin maladif des scénaristes de Lost à expliquer un cataclysme majeur par un pet de mouche ayant eu lieu 30 ans auparavant à l’autre bout de la planète, c’est que vous êtes toujours attentifs à ce stade malgré l’ampleur de mon délire, et ça, ben… c’est gentil.

5. Lost, c’est probablement la seule série de l’histoire à avoir mis tout le monde d’accord sur le fait que personne n’est d’accord. 

L’un des éléments qui rendent cette série si particulière repose sur un principe simple mais redoutablement efficace: ne jamais apporter une réponse sans qu’elle soit accompagnée de trois autres questions, dont l’une au moins représente une nouvelle intrigue à elle seule – un pan de l’histoire qui n’a pas encore été abordé.

A court terme, cela a pour effet de déstabiliser le spectateur, lequel tente simultanément d’assimiler la réponse et de comprendre l’implication des nouvelles questions. Etant naturellement incapable d’y parvenir au vu de la quantité colossale d’informations à relier les unes aux autres en quelques secondes, il reste sur un sentiment d’échec ayant toutefois le mérite de lui faire occulter le fait qu’on semble bel et bien se foutre de sa gueule.

A long terme, il en vient immanquablement à se concentrer sur les questions qui demeurent toujours sans réponse, se disant que s’il n’a pas encore tout compris, c’est forcément parce que certains paramètres essentiels de l’équation n’ont pas encore été dévoilés. Le sentiment d’échec s’estompe alors au profit de l’espoir fragile qu’en y mettant la patience nécessaire, toutes les pièces du puzzle finiront par s’emboîter d’elles-même au terme d’un suspens haletant.

Si ces deux effets – somme toute plutôt individuels - qu’a Lost sur les esprits finissent par s’estomper avec le temps, du moins dans la majorité des cas, il en est un troisième qui ne disparaîtra réellement que le 21 décembre 2012 ou dès qu’une prédiction de fin du monde ne tombera pas complètement à côté. Je parle de l’effet social de la série.

Avec un nombre phénoménal d’intrigues secondaires méritant à elles seules une analyse complète, ainsi qu’une quantité respectable d’intrigues principales dont la compréhension requiert déjà fréquemment des capacités cognitives plutôt balèzes, il existe probablement autant d’interprétations de la série qu’il existe de fans.

Des scènes les plus banales aux concepts fondateurs de la série, vous avez environ 90% de chances d’être en total désaccord avec un autre fan de Lost sélectioné au hasard et doté de capacités intellectuelles égales aux vôtres. Autant dire que vous pouvez en discuter avec vos amis pendant des années, vous les quitterez immanquablement fâché et convaincu que vos amis sont en fin de compte de gros cons bornés et arrogants.

La quintessence de ce désaccord s’exprime bien sûr dans l’interprétation du dernier épisode de la série qui, comme je le mentionnais dans mon introduction, a réussi l’exploit de scinder la communauté des fans en deux clans de taille plus ou moins égale au sein desquels chaque individu et très sincèrement convaincu d’avoir raison, peu importe que son avis compte ou non.

Un peu comme une grande élection politique en fait.

Comme vous l’aurez compris au travers de ces lignes, Lost n’est pas une série comme les autres: ce n’est pas par hasard que l’on provoque un tel séisme – toutes proportions gardées – à l’échelle mondiale. Quelle que soit la pertinence ou la justesse des milliers d’analyse publiées sur le sujet, leur nombre ne suffit-il d’ailleurs pas à en donner la preuve?

Ce qui manquait en revanche, c’est une analyse rationnelle des éléments réellement importants injustement passés sous silence depuis la fin de cette formidable épopée. Par ma modeste contribution, j’espère ainsi avoir fourni les quelques clés de lecture essentielles à l’interprétation correcte d’une série dont l’impact ne sera déterminé à coup sûr qu’après une étude scientifique de longue durée sur le développement des cas de schizophrénie aiguë au sein de la civilisation occidentale.

Made in Psycore

Posté dans Maître Chéper avec des tags le 13 août 2011 par The Psyminder

Ceux qui me suivent depuis longtemps le savent bien, musique et psytrance représentent à mes yeux le synonyme ultime. J’ai banni de mon répertoire toute autre forme de son depuis plusieurs années maintenant, à tel point que j’éprouve de réelles difficultés à me remémorer ce que je pouvais bien écouter auparavant.

Dès ma première plongée au coeur de la psytrance, j’ai été littéralement happé par l’univers de la full on. Au fil des années, à force d’un travail d’exploration que je me permets – en toute modestie – de qualifier de pharaonique, j’ai acquis une connaissance de ce style dont peu de gens peuvent aujourd’hui se vanter sur les dance floors internationaux.

Il s’agit d’ailleurs de l’un des grands maux de la psytrance: le nom des artistes et de leurs morceaux, leur parcours, leur vécu, tout ceci revêt hélas de moins en moins d’importance pour le goau’ld moyen: la seule chose qui compte est que le son pète.

Pour un passionné tel que moi, cette incapacité chronique à faire la différence entre une légende de la scène psy et un gamin fraîchement lancé dans l’arène est extrêmement difficile à supporter – mais là n’est toutefois pas mon propos.

Etant donc devenu cet expert de la full on, j’ai dans un premier temps adopté une attitude extrêmement sectaire: tout ce qui s’apparentait de près ou de loin à de la progressive - l’échelon inférieur en termes de bpm – ou à de la dark - l’échelon supérieur – était impitoyablement banni de mon répertoire avant même d’avoir eu l’occasion de faire ses preuves.

Toutefois, au fil des ans, j’ai réussi à évoluer.

Si je pense rester éternellement hostile à la prog, j’ai fini par m’ouvrir progressivement à la dark - calembour pourri inside, ça faisait longtemps. Une évolution inattendue qui a selon moi été provoquée par deux facteurs principaux.

Tout d’abord, la scène psy romande est principalement dark – du moins en ce qui concerne les teufs sauvages généralement organisées au coeur d’une forêt ou au sommet d’un col. Ayant petit à petit fait mon chemin dans ce milieu somme toute plutôt fermé, j’ai été exposé à des heures et des heures de dark qui m’ont finalement fait réaliser que cet univers est beaucoup plus riche qu’il n’y paraît à la première écoute.

Ensuite, j’ai eu la chance d’être bien conseillé par de vrais connaisseurs qui m’ont aiguillé vers ce qui se fait probablement de mieux à l’heure actuelle en matière de dark: le label Bom Shanka.

Au travers des Psymmetrix, Synthetik Chaos, Illegal Machines et autres Dirty Saffi, j’ai découvert un monde absolument fascinant qui allait constituer le premier bouleversement majeur dans mon approche de la trance psychédélique.

J’ai donc commencé à explorer ce nouveau terrain de jeu qui m’offrait des perspectives insoupçonnées jusqu’alors. Sans atteindre le niveau de connaissance dont je faisais montre dans la full on, je commençais à bien maîtriser mon sujet lorsque s’est produit le second grand bouleversement de mon parcours psychédélique.

Un bouleversement dont les conséquences devaient rapidement s’étendre à toutes les facettes de ma vie.

Le 30 avril 2011, quelques heures avant le début de la légendaire Spiritual Essence 2, je fis la connaissance de Sushma. Dans la mesure où il me faudrait probablement plusieurs années pour décrire ici ce qu’elle représente pour moi, je me concentrerai sur le rôle qu’elle a joué dans le cadre de mon développement psychédélique.

Sushma est une inconditionnelle de psycore. Bien que je ne connaisse aucune définition “officielle” de ce terme, je pense que l’on peut raisonnablement parler de psycore dès lors qu’une track atteint les 170 bpm.

Comme dans de nombreux genres musicaux – je pense principalement au métal, la frontière entre les genres est en effet souvent largement laissée à l’interprétation personnelle du public.

Toujours est-il qu’en fréquentant Sushma, je découvris un genre de psy si démentiel et si éloigné de mes références de l’époque que ma réaction initiale fut désespérément prévisible: jugeant cette musique barbare, sans fantaisie et bien trop rapide pour être porteuse de la moindre émotion, je refusai d’y accorder la moindre attention sous prétexte que ça ne me parlait pas.

Puis vint cette semaine fatidique de juillet: incapable de supporter l’éloignement plus longtemps, je suis allé retrouver Sushma à Madeira. C’est ainsi que pendant une semaine, dans la voiture où à la maison, dans un état de sobriété souvent discutable, j’ai été exposé à sa musique de prédilection: le psycore.

Si j’y suis tout d’abord resté plutôt indifférent, je me suis rapidement surpris à vivre des trips phénoménaux en écoutant certaines de ses tracks préférées. Ma curiosité ainsi éveillée, il suffira par la suite de 48 heures pour me faire irrémédiablement basculer.

En quelques jours, ce que je considérais jusqu’alors comme une version bâtarde de la psy était devenu une nouvelle étape de mon imprévisible cheminement. Je venais de découvrir un nouvel Eldorado – un territoire si vaste que son exploration me garantissait d’emblée des milliers d’heures de découverte et d’émerveillement ne ressemblant en rien à tout ce que j’avais pu connaître jusqu’alors.

Cela se passait il y a moins d’un mois. C’est le temps qu’il m’aura fallu pour écouter, juger et trier plus d’un millier de tracks psycore, jusqu’à me constituer un dossier “best of” comprenant aujourd’hui plus de 150 fichiers. Une véritable révolution dans mon univers que j’ai longtemps cru imperméable à toute forme de psy s’éloignant trop de la full on.

Nombreux sont mes amis – principalement des DJs – qui ne comprennent pas mon engouement pour le psycore, n’y voyant qu’une sorte de lubie passagère provoqué par mon amour incommensurable pour Sushma et destiné à s’éteindre aussi soudainement qu’il est né.

Si je comprends parfaitement leur scepticisme, je vous annonce avec la plus solide des convictions qu’il n’en est rien. Pas après ce que j’ai entendu. Pas après ce que j’ai découvert.

Antagon, Clots, Crazy Astronaut, Cosmo, Enichkin, Furious, Gamaliel, Limbo, Mergel ou Mr Madness sont pour moi autant d’arguments qui me permettent d’affirmer que rien ne sera jamais plus pareil: je ne compte aucunement abandonner cette full on si précieuse à mon coeur, mais elle est désormais en compétition féroce avec un style qui n’obtiendra probablement jamais la reconnaissance qu’il mérite.

Trop différent, trop marginal, il continuera de relier les éléments éclatés d’une minorité tout en se dissimulant habilement aux yeux d’une masse qui n’est clairement pas encore prête à l’accepter.

Peut-être qu’un un jour, à force de patience et d’éducation, ce style parviendra néanmoins à toucher le coeur d’une nouvelle génération de goa’ulds en quête d’une forme d’expression menacée par l’uniformisation inéluctable de tous les pans de notre société – musique incluse.

Une génération made in psycore.

Crime deux cents

Posté dans Maître Chéper avec des tags , le 21 juin 2011 par The Psyminder

Le 26 juin 2009, soit à peine plus d’un an après la création de Psyminder, j’atteignais le cap symbolique du centième article. Il m’aura fallu presque deux fois plus longtemps pour écrire les 100 suivants, ce qui peut aussi bien traduire un certain essoufflement qu’une plus grande maturité littéraire m’empêchant désormais d’écrire absolument tout et n’importe quoi – encore que.

Une autre explication consiste à reconnaître que pendant les premiers mois, le néant qui m’habitait et ma profonde lassitude envers la vie m’ont fourni quantité d’articles que je n’ai même plus envie de relire aujourd’hui. Ayant désormais totalement remonté la pente, je ne dégaine plus ma plume que pour relater voyages, soirées et festivals – ce qui était d’ailleurs la vocation initiale de Psyminder.

Je m’autorise certes quelques incartades: de la publicité détournée à la diatribe politique enflammée en passant par d’épisodiques considérations sociales d’une valeur hautement discutable, je ressens encore le besoin d’embrasser une certaine liberté rédactionnelle: il est en effet parfois terriblement oppressant de devoir s’en tenir au déroulement d’événements déjà figés dans le marbre du passé.

Cette célébration du 200ème est un exercice que je m’impose. Parce que j’ai célébré le 100ème certes, mais aussi parce qu’il est de bon goût de célébrer les anniversaires de toutes sortes, et ce peu importe qu’on en ait envie ou non. Seulement, aujourd’hui, il se trouve que je n’en ai vraiment  pas envie.

Je rechigne à rédiger cet article parce que je n’ai plus d’inspiration depuis des semaines. Généralement, quand je n’ai rien à dire – et même si ce ne fut pas toujours le cas – je la ferme. Le problème c’est que même si l’inspiration revenait, je ne pourrais rien en faire: con et têtu comme je suis, le 200ème ne peut en effet être consacré qu’à lui-même.

C’est la raison pour laquelle j’ai commencé cet article il y a près d’un mois, que j’ai vainement tenté de m’y remettre une dizaine de fois depuis et que je remonte à l’assaut ce soir avec la ferme intention de surmonter enfin l’obstacle pour m’ouvrir un nouvel horizon.

J’ai en tête le souvenir incroyablement net d’une discussion avec mon frère ouylle au Café Bizarre, par un soir de semaine vieux de presque deux ans maintenant. Nous avions parlé de mon envie de me faire éditer, des difficultés significatives présentées par ce projet et de la 100ème bougie de Psyminder que je venais de souffler.

Je le revois éclater de rire lorsque je lui ai annoncé le titre de cet article: Crime de cent. Quand il a repris son sérieux pour me dire que le titre du prochain anniversaire était déjà tout trouvé, je n’ai même pas percuté. Avec le recul, c’était pourtant frappé au coin du bon sens – et de la table.

Il s’en est passé des choses en deux ans, pourtant j’ai l’impression que cette scène se déroulait hier. Peut-être le fameux adage des dance floors est-il vrai après tout: There are three side effects of acid: enhanced long-term memory, decreased short-term memory, and I forget the third one.

Toujours est-il que me voici ce soir, plus vieux de 24 mois et une centaine d’articles, probablement plus stable et épanoui que par le passé mais demeurant désespérément irresponsable. Toujours le même chéper qui refuse de grandir, de s’engager et de se risquer à ébaucher le moindre projet d’avenir.

Il faut dire que peu de choses ont changé au cours de ces deux dernières années. Les festivals, les soirées et les décès en ont constitué l’essentiel des événements majeurs – ça et un avancement professionnel assez conséquent, toujours dans la même boîte néanmoins.

Et puis j’ai une copine depuis 6 semaines, même si c’est compliqué parce qu’elle s’est déjà barrée au Portugal pour un stage de 6 mois dont elle avait signé le contrat avant qu’on ne se rencontre.

Vu le climat passionné et torride dans lequel s’est déroulé le début, j’avoue crever d’envie de passer à la suite. L’attente n’en sera hélas que plus longue, d’autant que les possibilités offertes par Skype sont très limitées dans certains domaines.

48 heures se sont écoulées depuis la fin du dernier paragraphe. A ce rythme, cet article va être tellement haché qu’il méritera certainement une place de choix dans les meilleures boucheries du pays. L’exercice n’est toutefois pas inintéressant d’un point de vue intellectuel, même si conserver un minimum de suivi et de cohérence dans un texte écrit si laborieusement est loin d’être évident.

Je crois que j’ai enfin découvert la raison de mon manque d’inspiration de ces dernières semaines. Je viens en effet de mettre cet article en stand by pendant plus de deux heures pour discuter avec ma copine, et ce n’est qu’après avoir raccroché que j’ai enfin percuté.

Je n’arrive plus à écrire depuis que je suis avec elle.

Chaque seconde passée en sa compagnie est un véritable enchantement. Seulement, comme j’ai tendance à être extrêmement possessif et égoïste dans ce domaine, je n’ai pas la moindre envie de partager avec quiconque ce que je vis et ressens quand je suis avec Sushma.

Du coup, comme elle est mon seul centre d’intérêt depuis que je l’ai rencontrée lors de cette mémorable Spritual Essence 2,  je n’éprouve ni le besoin ni l’envie d’alimenter Psyminder comme je l’ai fait pendant plus de trente longs mois. Après tout, une fois passé le récit de mes aventures psychédéliques, quel attrait un blog s’étant nourri de haine et de souffrance peut-il encore exercer sur un homme dont la joie de vivre a finalement repris le contrôle?

J’aime profondément ma copine. J’ai beau m’intimer de me méfier de ma célèbre tendance à m’attacher trop vite et trop fort, je sens qu’il se passe en ce moment quelque chose de réellement unique. Sushma a beau être une chéper qui force le respect, je vois dans ce que nous construisons une très réelle possibilité de sortir enfin d’un tunnel que j’ai exploré de fond en comble jusqu’à l’épuisement.

Bien sûr qu’elle est complètement folle à de nombreux égards. Si elle ne l’était pas, son attention ne se serait d’ailleurs jamais portée sur moi. Mais le plus beau dans l’histoire, c’est que cette délicieuse folie ne constitue même pas le tiers de ce qui la rend irrésistible à mes yeux.

Elle est si gentille, ouverte et confiante que j’en viens parfois à me demander si elle est réellement née ici, si elle connaît réellement la nature des gens au milieu desquels elle évolue. Un concentré d’amour et de générosité qui ne laisse personne indifférent – pour le meilleur ou pour le pire.

Elle est intense et passionnée, à tel point que j’en perds régulièrement le latin que je n’ai jamais appris. Ses sentiments, ses expressions sont si purs et spontanés que chaque étreinte est aussi brûlante que la toute première. Un feu qui se propage au point d’occulter toute raison, balayant instantanément des principes pourtant péniblement établis au terme d’une éternité de réflexion.

Comme elle rit souvent et s’enthousiasme facilement, son visage est sans cesse éclairé par un sourire si éclatant qu’il suffirait à apaiser tous les maux de notre temps s’il était diffusé mondialement. Un sourire pareil vous maintient dans un état d’euphorie que la drogue ne sera jamais capable d’approcher.

Elle est belle. Belle à en crever si vous me demandez mon avis. Belle de cette beauté qui met tous les humains d’accord, contribue à imposer un certain nombre de standards dans le domaine et pousse immanquablement le copain à accorder un regain d’intérêt à à la question Pourquoi moi?

Comme souvent, je me fous pas mal des réponses que l’on pourrait apporter à mes propres questions. Seul compte le fait que malgré mes galères habituelles, je suis aujourd’hui parfaitement heureux et attends le retour de Sushma avec d’autant plus d’impatience que je vois en elle un futur plus séduisant qu’il ne l’a jamais été.

Ce 200ème article ne restera probablement pas dans les annales comme mon meilleur, mais il aura au moins eu le mérite de me faire admettre une réalité que ma peur du bonheur m’aurait presque poussé à refouler: I may have found the one.

Spiritual Essence 2

Posté dans Festivals et événements avec des tags , , , , , , , le 3 mai 2011 par The Psyminder

Bon, et bien force est de constater qu’il va à nouveau être très difficile de trouver les mots qui permettront de relater fidèlement ce qui s’est passé le week-end dernier. En résumé, Spiritual Essence 2 a été la meilleure soirée à laquelle j’aie jamais participé.

A la base, je n’étais pourtant même pas sûr d’y aller: trois jours seulement après être rentré de Transahara, je craignais fortement que mes jambes soient trop lourdes pour aller taper du pied pendant 14 heures. Je n’aurais jamais pensé être aussi loin de la vérité.

Mon autre point de doute venait du fait que le line-up ne correspondait pas vraiment à mon style de prédilection. Je craignais donc de ne pas réussir à rentrer dans la soirée et de ronger mon frein des heures durant. Là encore, je me suis trompé si profondément que j’en ris de bon cœur.

Explications.

M’étant levé à 16h samedi, j’arrive à Bienne plus tard que d’habitude mais me rends néanmoins directement chez Roland. D’habitude, il y a toujours au moins un artiste dans le salon quand j’arrive, mais je constate un léger changement cette fois-ci: sur le canapé se trouve une indienne sublime que je n’ai encore jamais vue.

Sushma. L’éternité tient dans ces six lettres.

L’origine de sa présence ici est pour le moins originale: étant arrivée en Suisse depuis peu pour étudier, elle a contacté Roland sur Facebook pour lui demander des informations sur la soirée. Arrivée à Bienne dans l’après-midi, elle l’a appelé pour qu’ils se retrouvent et s’est ainsi installée chez lui en attendant l’événement.

Autant dire qu’elle m’a tout de suite plu.

Nous discutons un moment pendant que Roland termine de rassembler ses affaires, puis nous partons pour la Biella, où nous arrivons un peu après 21h. La soirée a lieu dans la grande salle et la décoration est absolument extraordinaire – merci au crew de Psygana Invasion toujours aussi inspiré.

Bien que moins sophistiquées que celles de Psypix un mois plus tôt, les tentures murales sont superbes et très variées. Au plafond, les habituelles structures fluorescentes de Psygana se disputent l’espace avec des lampes à LED à la création desquelles Winkind a visiblement longuement travaillé.

Quant à la scène, elle est tout simplement irréelle. Je me souviens avoir vu ce type de décorations lors de Fractal Energy 2 en 2008, mais j’avais oublié à quel point le rendu visuel est spectaculaire: une sorte de gigantesque toile d’araignée en lycra s’apprête à offrir aux artistes un cocon lumineux au sein duquel ils pourront s’exprimer en totale sérénité.

Seule ombre au tableau: deux des lampes à LED éclairent beaucoup trop violemment. Leur lumière orange est même si puissante qu’on a presque l’impression de se trouver dehors. La visibilité est anormalement élevée et ça commence déjà à me faire bad triper: au bout de quelques heures à la Biella, l’obscurité est la meilleure amie de l’homme.

Je suis sur des charbons ardents, tout comme Sushma. Nous faisons les cents pas à travers la salle en attendant impatiemment que retentissent les premières notes. Windkind procède à des essais de son, ce qui nous permet d’apprécier la qualité du sound system en place ce soir: monstrueux.

Comme d’habitude, je retrouve tous les amis que j’ai connus à la Biella et que je suis heureux de voir à chaque fois que j’y vais. Yves, Lorenz, Jo, Virginia, Kim, plus tard suivis de Gwen, Fred, Noémie, Marco et bien entendu mon cher Michael: DJ Cosinus, ce bavarois que je considère désormais comme un frère.

La Fractal Family, c’est vraiment un truc de malade. Tous ces gens que je retrouve lors de ces soirées, leur sourire, leur enthousiasme, leur façon de taper du pied, tout ceci contribue au succès d’une soirée au même titre que la qualité des artistes et celle de la déco.

A 22h, DJ Kaarma donne le coup d’envoi de Spiritual Essence 2. Je ne le connais pas mais apprécie beaucoup ce qu’il fait, surtout durant la dernière demie heure – ayant hérité du set d’intro, la première partie a forcément été tranquille. Le floor se remplit déjà gentiment, signe que le line-up de la soirée va faire bouger les foules.

Après tout, les légendes montent sur scène ce soir. Pour ceux qui ne connaissent pas bien le milieu, dites-vous que Space Tribe, Electric Universe et E.S.P. sont à la scène psy ce que les Beatles et les Stones étaient pour leur génération. Une soirée qui les réunit tous, on n’a rarement l’occasion d’y assister plus d’une fois dans sa vie.

PFF – Psychedelic Freedom Fighter – GOA succède à Kaarma. Je le connais un peu pour l’avoir croisé lors de plusieurs open air l’année dernière et j’aime autant le personnage que son style. Innocemment dissimulé derrière ses dreads, il manie les platines avec talent et puise ses sélections dans des répertoires qu’il a grandement contribué à me faire découvrir.

C’est notamment grâce à lui que j’ai découvert le label Bom Shanka, dont je suis vite devenu un inconditionnel. Il faut dire que les Psymmetrix, Synthetik Chaos, Illegal Machines et autres Dirty Saffi ont de quoi faire aimer la dark à n’importe qui, même à un mec qui y était encore récemment aussi hermétique que moi.

Pour l’occasion, il a toutefois opté pour un set légèrement différent de ce qu’il joue d’habitude. Lorsqu’il m’a demandé mon avis avant de jouer, je lui ai en effet répondu honnêtement: son dernier set, pourtant brillant – son meilleur selon moi, me semblait trop décalé et rapide pour la tendance générale de la soirée.

Je suis enchanté de le voir jouer à la Biella, moi qui n’ai jamais eu l’occasion de le voir en indoor. Je suis impatient de voir ce que donne du PFF dans ces conditions, avec un très gros sound system en milieu clos et des décorations capables de faire décoller une nonne au premier coup d’œil.

Durant la première demie heure, je le trouve presque trop sur la réserve. Il faut dire que je peine grandement à rentrer dans la soirée, obnubilé par ses deux lampes oranges qui éclairent le floor à tel point qu’on pourrait distinguer deux jumeaux chinois l’un de l’autre à 10 mètres de distance.

J’ai déjà informé Roland du problème, et nous attendons le patron de la Biella pour qu’il nous ouvre le local à matériel. Nous avons en effet besoin d’une échelle pour éteindre manuellement ces deux lampes sans que cela n’ait d’impact sur le reste des éclairages.

Si je crains un moment d’être un emmerdeur, je suis vite rassuré par la clameur qui accueille l’arrivée de la fameuse échelle. La lampe qui surplombe directement le floor est enfin éteinte, et seule celle qui brille sur la droite – moins visible donc moins gênante – reste active.

L’axe principal qui s’étend du bar à la scène étant enfin libéré de cette oppressante luminosité, l’heure est venue de plonger dans l’abysse psychédélique qui s’offre à moi, l’esprit enfin libéré de ce blocage qui me pourrissait la soirée et m’empêchait de m’exprimer pleinement depuis le début.

Malgré mon enthousiasme retrouvé, je déchante assez rapidement: comme l’a également remarqué Virginia, on manque cruellement de volume dans cette salle. J’en fais également la remarque à Roland et constate rapidement une amélioration. Tout est enfin en place pour s’abandonner à la fièvre Fractal.

La deuxième partie du set de PFF GOA est délicieuse, et le reste du public semble clairement d’accord avec moi. On peut sentir la tension monter progressivement aux hurlements qui s’élèvent du floor à intervalles irréguliers: tous les gens qui sont là savent que quelque chose d’extraordinaire approche, et l’énergie collective s’en trouve décuplée.

Solaris prend le relais à 2h30. Il m’a l’air beaucoup plus détendu que d’habitude et j’en déduis que tout se passe bien. Il est vrai qu’au vu du temps et de l’argent investis dans chacune de ses soirées, la vue d’un floor bien rempli est toujours une intense source de soulagement pour lui.

Ce n’est donc sûrement pas une coïncidence s’il bouge autant derrière ses platines. Ca me fait vraiment plaisir de le voir aussi détendu, s’éclatant visiblement sans arrière-pensée et profitant de l’ambiance extraordinaire qui règne désormais dans la grande salle de la Biella.

Son set se révèle une nouvelle fois magnifique. Certains diront probablement que je ne suis pas objectif vu l’amour que je lui porte, mais Solaris est pour moi un DJ brillant à qui la scène psychédélique suisse et internationale doivent énormément. J’ai toujours adoré le voir jouer, et ce soir ne fait pas exception à la règle.

Fidèle à lui-même, il balance un son musclé qui me fait presque regretter d’avoir conseillé à Seb de ne pas trop envoyer, d’autant que le public réagit extrêmement bien. Pendant 90 minutes, Solaris démonte le floor avec une application et une efficacité qui me laissent admiratif.

Tout est prêt pour le début du premier des trois incroyables live de la soirée – Space Tribe. Tout à un détail près: les deux membres de Space Tribe ne sont pas là bien qu’ils commencent dans dix minutes. Je sens une certaine tension dans la voix de Roland quand il me demande de m’en occuper.

J’avertis aussitôt Cosinus, qui fonce à l’hôtel pour aller chercher nos deux absents. L’hôtel n’étant pas loin – même si je devine que le sprint a été intense, il les ramène en un temps record et limite ainsi le retard pris sur la programmation. La soirée lui doit une fière chandelle, aucun doute là-dessus.

Space Tribe est donc un duo composé d’un artiste aux platines et d’un guitariste. Le mélange est extrêmement rare et donne avec ces deux génies des résultats exceptionnels. Ce n’est clairement pas un hasard s’ils font figure de légendes vivantes et déchaînent la furie la plus absolue partout où ils passent.

Une fois leur live entamé, il ne me faut que quelques minutes pour comprendre pourquoi j’ai si souvent entendu que Space Tribe sur scène est un moment que l’on n’oublie jamais. L’expérience est si extraordinaire qu’elle ne s’inscrit dans aucun référentiel connu: toute comparaison devient impossible pour la simple raison qu’il n’existe absolument rien de comparable – même de loin.

L’énergie dégagée, le plaisir évident pris à jouer chaque note, la communion si intense avec le public, la richesse des compositions, les tenues extravagantes ou le charisme des deux génies, tout est à l’unisson pour créer la plus exceptionnelle prestation qu’il m’ait été donné de voir.

Space Tribe, c’est le talent à l’état pur. Deux virtuoses affranchis des limites créatives humaines et évoluant dans un espace-temps que personne d’autre n’a encore jamais été capable d’effleurer. Une déferlante d’inspiration qui s’abat sur le floor avec la violence d’un ouragan, le faisant décoller si haut et si loin que la simple notion de retour semble complètement illusoire.

La foule est ivre de bonheur. J’ai quant à moi de plus en plus de mal à arrêter de danser pour filmer, mais je tiens à assumer ma fonction au sein du label et m’en acquitte du mieux possible. Sitôt un enregistrement terminé, je retourne taper du pied près de Sushma, dont l’énergie et la grâce m’ont fait chavirer.

Les deux membres d’Electric Universe font leur apparition sur scène pour un autre live de légende: E.S.P., pour Electric Space Phenomenon, soit l’union de Space Tribe et Electric Universe: deux artistes aux platines et deux guitaristes pour un show encore plus invraisemblable que le précédent.

On nage en plein délire.

La qualité de la prestation d’E.S.P. dépasse l’entendement. Je suis dans un état d’euphorie que je n’avais encore jamais connu: du caviar dans les oreilles, des amis qui tapent du pied aux quatre coins du floor et un concentré d’énergie et de passion dont je tombe un peu plus amoureux seconde après seconde: la scène est si belle, si parfaite que j’en viens presque à questionner sa réalité.

Le live se déroule à la vitesse de l’éclair – normal en un sens. Je suis plongé dans une trance qui semble ne plus connaître de limites, totalement hypnotisé par le son et le spectacle qui se déroule sous mes yeux. Les riffs aériens des guitares mêlés aux beats extraterrestres de la psy d’E.S.P. explosent dans ma tête en une symphonie qui me fait perdre toute notion d’une éventuelle autre forme de réalité.

Les deux membres de Space Tribe finissent par quitter la scène, laissant le champ libre à Electric Universe. Mon premier réflexe est de passer derrière la scène pour leur demander une photo, ce qu’ils acceptent avec un grand sourire. J’invite Sushma à  se joindre à nous.

Je les complimente ensuite longuement, encore émerveillé par ce que je viens de voir. Ils acceptent les compliments avec une grande modestie, préférant mettre le succès de leurs prestations sur le compte du floor et de son énergie qu’ils ont trouvée formidable. Des gars en or, vraiment.

Avant de retourner sur le floor, je m’installe un moment dans les fauteuils à l’arrière de la scène en compagnie de Sushma. Nous discutons avec enthousiasme de cette soirée exceptionnelle que nous vivons, tous deux débordant encore d’énergie bien qu’il soit déjà 7 heures du matin.

Ayant toutefois le plus grand mal à tenir mes jambes, je décide de retourner sur le floor pendant que Sushma finit sa clope. A peine levé, je suis pris d’une envie soudaine et lui demande sans détour: Can I kiss you? 

Non contente d’acquiescer, elle plaque sauvagement ses lèvres contre les miennes et me fait vivre le baiser le plus incroyable de ma vie. J’en ressors frissonnant mais remonté comme jamais, parcouru de violentes décharges électriques que ses yeux me renvoient avec la même intensité.

Il est clairement en train de se passer quelque chose de fort.

A l’image des deux précédents, le live d’Electric Universe est une merveille. Il est presque 8h du matin et le floor commence à s’aérer, mais l’intensité reste intacte: ceux qui sont encore là savent qu’ils vivent l’expérience d’une vie et n’en rateraient pour rien au monde la moindre seconde.

J’ignore s’il s’agit de ma parfaite gestion de la soirée, de la qualité des artistes, de la présence de Sushma à mes côtés ou d’un mélange des trois, mais j’ai encore une patate de tous les diables malgré les 10 heures de tapage de pied acharné affichés au compteur. Je ne danse plus, je vole.

A la fin du live d’Electric Universe, je vais également présenter mes hommages et solliciter une photo. Je repars avec un exemplaire de leur dernier album dans la poche, Higher Modes.  Le trip atteint décidément des sommets, et je ne donne toujours pas le moindre signe de fatigue.

Effrayant.

Sebastian Kos prend possession des platines à 8h. Il s’agit d’un très bon ami de Cosinus, lequel m’en a dit le plus grand bien. Ils ont visiblement les mêmes goûts, ce qui constitue pour moi une solide garantie de qualité dans la mesure où j’adore presque tout ce que fait Michael.

Il s’avère que le bougre ne m’a pas menti: visiblement peu sensible à l’heure qu’il est, Kos nous livre un set surpuissant avec un enthousiasme hautement communicatif. Ayant vu que je bosse pour Fractal, il me fait signe qu’il a besoin d’une bière. Un peu plus tard, en remerciement pour le verre, il m’invite à venir tirer sur le pet qu’il vient de rouler.

Le temps passe de plus en plus vite. Lorsque Kos s’arrête après 2h de set, j’ai l’impression qu’il vient tout juste de commencer. Nous ne sommes plus qu’une poignée sur le floor mais il reste la crème de la crème, ceux pour qui il n’est pas envisageable de partir tant qu’il reste une trace de son dans la Biella.

Le dernier set revient à DJ Namtok, qui fait réellement honneur à cette soirée de légende en distillant un son plus que costaud pour un dimanche matin de 10h à midi. Je passe la moitié du temps sur le floor, l’autre assis avec Sushma derrière les platines.

Lorsque les lumières de la Biella s’allument, nous nous levons à contrecœur pour nous préparer à partir. Le temps de dire au revoir aux amis encore présents – Jo et Virginia notamment – en leur donnant rendez-vous pour la prochaine Fractal fin mai, je prends la direction de la gare en compagnie de Sushma qui rentre à Montreux.

Ayant tous les deux près d’une heure d’attente à la gare, nous nous asseyons sur le quai et continuons à discuter. En manque chroniques de son, nous utilisons son téléphone pour écouter quelques tracks. C’est alors que je réalise qu’elle est en fait bien plus extrême que moi, puisant allègrement dans un son à 170bmp que je me surprends pourtant à aimer dans un état et après un marathon pareils.

Je la regarde prendre son train à 13h16, 3 minutes avant que le mien n’arrive. Mon cœur se serre étrangement en la voyant partir, et tout en elle m’indique qu’elle ressent exactement la même chose. J’ai déjà l’intime conviction que la séparation ne durera pas longtemps.

Spiritual Essence 2 a été une soirée idyllique à tous les niveaux, et je sens que ses effets se feront sentir longtemps. Merci à tous ceux qui l’ont rendue possible. Du fond du cœur, merci.

Merci à vous, artistes de génie.

Merci Roland, toi mon frère à qui je dois déjà tellement que je serai éternellement ton débiteur.

Thank you Sushma, my Indian goddess.

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