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Publié dans Maître Chéper avec des tags le 9 juillet 2009 par The Psyminder

Vue aérienne d’une gigantesque usine Nike située quelque part en Asie du Sud-Est.

La caméra effectue un survol du complexe, puis se lance dans une plongée vertigineuse en direction du sol.

On croit l’espace d’un instant qu’elle va s’écraser, mais elle redresse sa course au dernier moment pour foncer en direction du bâtiment central de l’usine.

Elle s’engouffre par la porte grande ouverte et pénètre au coeur d’une des plus grandes unités de production du géant de la chaussure.

L’image est rendue floue par la vitesse de déplacement de la caméra, mais l’on distingue vaguement des chaînes d’assemblage à perte de vue.

Le souffle du vent ne suffit pas à masquer le bruit émanant de cette colossale fourmilière  en pleine effervescence.

La caméra atteint l’autre extrémité du bâtiment, traverse le parking et s’arrête au contrôle de sécurité. Une femme séduisante est en train de montrer ses papiers au vigile.

Elle porte un badge du B.I.T – Bureau International du Travail.

Le vigile la fait descendre de voiture et l’invite à l’accompagner dans sa loge. Il referme la porte derrière lui. Cris étouffés, protestations pour viol anal, insultes et gémissements.

La porte se rouvre et la jeune femme est violemment projetée sur le sol. Elle est décoiffée, ses vêtements sont légèrement déchirés et elle a une arcade ouverte. Elle sanglote.

Elle se relève, hagarde et désemparée, et se dirige vers le bâtiment principal pour y chercher de l’aide. Elle boîte légèrement et jette régulièrement par-dessus son épaule un regard empli de terreur.

Elle atteint la porte au moment où deux employés sortent d’une voiture. Ils l’aperçoivent, marquent un instant d’hésitation et se précipitent dans sa direction.

Elle les encourage d’un signe de la main, encore trop choquée pour parler.

Arrivés à sa hauteur, ils l’agrippent chacun par un bras et l’entraînent derrière un épais buisson en bordure du parking. Cris étouffés, claquement sec d’une double pénétration douloureuse, insultes et ahanements gutturaux.

Les deux hommes émergent du buisson et s’éloignent nonchalamment en refermant leur braguette. La jeune femme apparaît à son tour, marchant à 4 pattes.

Ses cheveux sont devenus indescriptibles, son chemisier a disparu et son string est noué autour de son cou.

Elle essaie de se relever, mais sa jambe brisée l’en empêche.

Elle se traîne lamentablement et pénètre enfin dans l’usine. Avisant une autre porte sur sa gauche, elle la pousse avec l’énergie du désespoir et s’affale comme un vieux sac. Elle lève la tête et jette un regard embué autour d’elle.

Une dizaines d’hommes sont en train de rénover les toilettes. Les conversations s’interrompent alors que tous posent sur elle un regard incrédule et bovin, quand l’un d’eux se décide enfin à bouger.

Il jette un rapide coup d’oeil dans le couloir et ferme la porte à clé. Ses collègues sont déjà en train de se déshabiller en se léchant les babines avec un rictus bestial. Cris étouffés, vibrante symphonie d’un gang bang interracial, insultes et éructations animales.

La porte se rouvre et la jeune femme est violemment jetée sur sur le sol. Elle se remet à ramper, n’aspirant qu’à atteindre la pièce suivante dans laquelle elle trouvera peut-être enfin cette aidée si nécessaire et si ardemment désirée.

Elle y parvient miraculeusement; la porte est déjà ouverte. Enfin un rayon de chance au sein de l’orage. Elle traîne son corps meurtri à l’intérieur au moment où retentit une sonnerie stridente, suivie d’une annonce: il est midi.

Sous ses yeux soudainement devenus vides s’étend la cafétéria. Tous les employés arrivent, l’enjambent en souriant et commencent à enlever leurs vêtements. Celui qui semble être le chef d’atelier entre en dernier.

Il la regarde et sourit à son tour, puis ferme la porte qu’il désigne ensuite du doigt. Dans un effort surhumain, la jeune femme se retourne et aperçoit une pancarte sur laquelle s’étend en lettres dorées le slogan corporate mondialement connu.

Nike. Just do her.

Curse of the awaken

Publié dans Inner Forest avec des tags le 9 juillet 2009 par The Psyminder

Le week-end dernier avait lieu la Lake Parade à Genève. C’est comme la Street Parade de Zürich, sauf que ça a lieu un mois plus tôt, c’est moins gros et c’est moins bien.

Il y a quelques années, à l’époque où il s’agissait encore d’une véritable parade techno, ça valait vraiment le déplacement. La musique s’est malheureusement progressivement dégradée, tout comme la faune qu’attire l’événement d’ailleurs.

La Lake se déroule toujours de la même façon: on marche beaucoup, on profite peu du son et on finit par perdre tout ou partie des gens avec qui on passait la soirée. Cette année encore, ça n’a pas manqué.

Petit retour en arrière.

Il est environ 1h30 du matin et je tente de rejoindre le groupe lorsque je me retrouve brusquement tout seul, après avoir inexplicablement perdu un pote qui marchait 2 mètres derrière moi.

Je comprends rapidement que j’ai meilleur temps de rentrer chez moi plutôt que de partir à la recherche de 5 bourrés dans une foule de 300′000 personnes.

Je ne sais pas si je me fais vieux et rabat-joie, mais sur le chemin du retour, je ne peux m’empêcher de trouver le spectacle de cette Lake Parade particulièrement glauque.

Il est vrai que je suis encore relativement lucide, ce qui explique peut-être ce regard tout à fait inédit que je pose sur la ville à ce moment-là.

Des montagnes de déchets, des fleuves de pisse, des cadavres allongés derrière les chars, des gamines titubant d’un air hagard et des Albanais gominés se foutant sur la gueule, voici un petit aperçu des scènes extrêmement bucoliques dont je suis le témoin en parcourant les quelques centaines de mètres séparant les quais de mon appartement.

Y a plus glamour, non ?

Personnellement, je suis chéper comme au premier jour après avoir bouffé des mush de Dam toute la soirée. J’avoue que j’évite au maximum la lumière des lampadaires tant je sens mes pupilles déborder de mes yeux, et mon corps me semble délicieusement léger.

Arrivé chez moi, je décide d’en fumer un dernier en regardant une série. Il me reste un trait que j’ai précieusement gardé en vue de mon retour lors de mon passage aux stands en milieu de soirée.

Ce que je n’avais pas prévu, c’est qu’il me donnerait à ce point envie d’en taper d’autres. Après avoir fait semblant d’hésiter, j’appelle mon dealos pour savoir où il se trouve. Encore en ville, coup de bol.

Le temps d’un aller-retour vivifiant et je me réinstalle devant mon ordi, au sommet de ma forme et avec un gramme de blanche dans la main. Quelques champignons de plus pour accompagner la bière et roulez jeunesse – calembour pourri next gen inside.

Sans grande surprise, je trouve des gens encore debout sur irc. C’est bien connu, le geek est un animal nocturne au même titre que le chéper; il est simplement moins actif, moins social et encore moins compréhensible.

Je discute jusqu’à 5 heures du matin en me repoudrant régulièrement le nez. Ce n’est qu’alors que j’ai commence à regarder ma série, activité initialement planifiée 3 heures plus tôt. Je tourne encore au pastis et j’ai bientôt fini mon gramme.

J’ai en revanche fini par poser les mush, ayant réalisé que ce serait peut-être une bonne idée de me laisser le temps de digérer avant d’en reprendre. Constat qui se révèle parfaitement exact 3 heures plus tard dans la mesure où je suis toujours parfaitement réveillé.

Je fini par me mettre au lit vers 9h30. Ce n’est toutefois que vers 11h que les effets du cocktails détonnant de la soirée cessent de se faire sentir, me laissant enfin somnoler.

Je suis réveillé à 13 h30 par un texto qui fait violemment vibrer mon portable, intelligemment allumé et posé à quelques centimètres de mon oreiller. Je l’attrape péniblement et utilise mes doigts pour ouvrir l’une de mes paupières.

Le temps de faire la mise au point et je réalise que le texto vient de mon boss. On est en retard pour une présentation client super importante et il aurait besoin d’une relecture finale. Comme j’ai le meilleur niveau d’anglais de la boîte, c’est à moi qu’il demande ce service.

J’ai beau adorer mon boulot et mon boss, il me faut une bonne dose d’auto-persuasion avant d’accepter de relire un document hyper technique de 56 pages, un dimanche après-midi et dans un état pareil.

Je  finis néanmoins par m’y coller, à grand renfort de café et en relisant chaque phrase deux fois pour être sûr de ne rien rater. Autant dire que ça me prend un moment.

Une fois la relecture terminée, je m’écroule devant la télé pour suivre les exploits de notre Federer national. 4 heures et 3 syncopes plus tard, j’exulte. J’ai été obligé de finir la C pour que mes nerfs tiennent le coup – le chéper est d’une bonne foi légendaire.

Sur le coup des 22 heures, je suis victime d’un phénoménal coup de barre. Je n’ai dormi que deux heures depuis la veille au matin, et j’ai infligé à mon organisme un traitement assez radical à base de psychotropes pilés.

A 22h30, je m’effondre dans mon lit, terrassé de fatigue. C’est là que se produit cette scène exceptionnelle – du moins pour moi – qui constitue le réel objet de cet article, dont j’espère que vous excuserez les interminables 20 premiers paragraphes.

Non seulement je sombre en moins de dix minutes, mais je dors profondément jusqu’à ce que mon réveille sonne à 7h30 le lendemain matin. La dernière fois que j’ai fait une nuit pareille, j’étais un foetus.

C’est fou l’effet que ça fait de se sentir aussi bien au réveil. C’est une sensation que j’avais complètement oubliée et qui, sur le moment, m’a procuré un réel plaisir. Pourtant, depuis, je ne peux m’empêcher d’y puiser une certaine amertume.

J’imagine ce que ça doit être agréable de considérer un tel événement comme naturel, et j’essaie d’estimer ce que je serais prêt à donner pour que ce soit le cas. J’essaie de déterminer la valeur que j’attribue à un sommeil paisible dès maintenant et pour le restant de mes jours.

Plus mes calculs se précisent, plus je doute d’être capable de régler la note.

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Publié dans Maître Chéper avec des tags le 6 juillet 2009 par The Psyminder

La séquence se déroule dans une joaillerie située sur la Rue du Rhône à Genève – l’une des rues les plus chères du monde.

La caméra vient de la rue et s’engouffre dans la boutique. Elle survole lentement les vitrines au verre éclatant de propreté.

Les bijoux et les montres brillent devant l’objectif, exposant sans aucune pudeur leurs ponts de diamants enjambant des rivières de saphir.

Les pierres les plus pures forment les entrelacs les plus subtils. En se penchant et en étant attentif, on peut entendre le mouvement régulier des grandes complications égrenant inlassablement le temps encore imparti à l’humanité.

Musique inspirée des bals de la monarchie française sous Louis XIV.

La caméra quitte les présentoirs pour se poser sur la vendeuse. Elle est belle et elle sourit. Elle est conne, mais le consommateur n’a pas besoin de le savoir.

Sa tenue coûte plus cher que le loyer de la boutique, mais ça n’a aucune importance puisqu’elle remplit chaque jour sa caisse d’un montant équivalent au PIB de toute l’Afrique australe.

Son sourire brille presque autant que sa marchandise et elle a l’air comblée. La journée s’annonce bien.

L’été bat son plein, et la grande transhumance saisonnière a commencé: les riches familles du Moyen-Orient sont en villégiature au bord du lac, et la ville entière s’apprête à profiter de cette manne exceptionnelle pendant les semaines à venir.

La caméra se focalise sur la rue à travers la vitrine. Deux limousines passent au ralenti. Une famille de dix personnes entre dans la boutique d’en face, boutique dont le prix d’entrée de gamme se situe autour des 100′000 francs.

Leurs bras sont déjà encombrés de sacs frappés du nom d’enseignes encore plus prestigieuses.

Retour sur la vendeuse, qui sourit toujours – il n’y a personne dans la boutique mais le sourire est clé pour véhiculer une association positive à la marque et un transfert émotionnel durable.

Elle se sert un café et ouvre un magasine. Il s’agit en fait du catalogue officiel de la boutique, qu’elle connaît par coeur mais qu’elle lit parce qu’elle n’a rien d’autre sous la main.

Elle consulte sa montre, attendant le premier client de la journée, au moment précis où un homme franchit le pas de la porte. Il est d’une élégance rare et dégage une assurance inébranlable.

Il sourit et salue poliment la vendeuse, se déplaçant avec la décontraction d’un homme visiblement habitué à cet univers.

Son regard se porte spontanément sur les plus belles pièces – les plus chères également, bien que les prix ne soient pas exposés et ce comme dans toute boutique de ce type.

Il ponctue chaque examen par un commentaire de connaisseur avisé. A la vendeuse qui lui propose gentiment son aide pour rentabiliser son sourire, il répond qu’il a déjà une idée bien précise de ce qu’il recherche.

La vendeuse se rabat sur son café d’un air boudeur.

L’homme s’arrête brusquement devant une montre particulièrement belle et onéreuse. Il la fixe quelques instants, puis demande à la vendeuse d’ouvrir la vitrine afin qu’il puisse mener un examen plus approfondi.

La vendeuse retrouve le sourire, ouvre la vitrine et tend la pièce à son acheteur potentiel. Il la soupèse, la porte à son oreille puis la passe à son poignet.

Il effectue quelques mouvements de l’avant-bras avec classe, relevant juste assez la manche de son costume sur mesure pour faire apparaître le cadran de la pièce exceptionnelle sur laquelle il semble désormais avoir jeté son dévolu.

Je la prends, dit-il à la vendeuse avec un sourire de mannequin Colgate. Avec plaisir, lui répond-t-elle avec un sourire de mannequin collant.

Elle retourne derrière sa caisse pour sortir l’écrin correspondant à la montre, écrin naturellement orné des armoiries de la marque et rembourré avec les plumes du dernier dodo.

Pendant ce temps, l’homme quitte le magasin sans se presser, monte dans sa Ferrari garée en double file et disparaît.

La vendeuse, médusée, observe la scène avec incrédulité. Elle chancelle, devient blanche comme un linge et s’évanouit.

Il y a des choses qui n’ont pas de prix. Du coup faut pas s’étonner quand les gens partent sans payer.

Crime de cent

Publié dans Maître Chéper avec des tags le 26 juin 2009 par The Psyminder

Ce soir, Psyminder atteint le cap symbolique des 100 publications. Ca n’a l’air de rien comme ça, mais c’est qu’il y en a des nuits blanches derrière ce nombre.

J’ai récemment copié l’intégralité de mes textes dans un document Word que j’ai sauvegardé à plusieurs endroits différents, histoire de ne pas perdre ce qui constitue désormais le résumé circonstancié de mes 14 derniers mois.

Du coup, j’en ai profité pour évaluer plus précisément l’ampleur du préjudice intellectuel. Verdict: 183 pages avant ce soir, en Times New Roman 12 on ne peut plus classique. Je ne suis même pas sûr que mon mémoire de fin d’études atteigne le tiers de cette longueur.

Je tiens au passage à saluer le courage de certains amis qui, je le sais, ont lu ce blog de la première à la dernière ligne. Élément flatteur, ils l’ont réellement fait par plaisir. Élément inattendu, jamais ils n’ont porté le moindre jugement, au contraire.

Leur regard bienveillant et compatissant, leurs critiques constructives et leurs conseils avisés m’ont conforté dans mon exhibitionnisme intellectuel. Oui, je finirai peut-être un jour par me faire sévèrement grillé, mais en attendant que ça arrive, m’ouvrir ainsi est probablement l’une des meilleures décisions que j’aie prises.

Pas seulement pour le côté thérapeutique d’ailleurs: cela m’a également permis de découvrir qu’au fond, je ne suis pas un cas si isolé que je l’ai longtemps imaginé.

Découvrir cette facette de ma personne a en effet poussé un certain nombre de personnes à s’ouvrir à moi en retour, donnant ainsi naissance à des échanges aussi enrichissants que forts en émotions. Et là encore, la gentillesse, l’empathie et l’objectivité des gens m’a permis de mener certaines réflexions bien plus loin que je n’aurais jamais pu le faire tout seul.

Amis de longue date, connaissances récentes, parfaits inconnus, teufeurs de l’extrême, chéper reconvertis et DJs se sont succédés ici pour me laisser leurs impressions, chacun apportant sa contribution personnelle à cette épique narration de défoncé torturé.

C’est vrai qu’il y en a eu des aventures et des rebondissements depuis le début; suffisamment pour faire résonner quelque chose au fond de certains en tout cas.

Si j’admets volontiers que les thématiques abordées ne varient peut-être pas beaucoup, je mets un point d’honneur à varier la forme et l’angle d’attaque. C’est peut-être pour cela que les gens me disent parfois avoir été touché: à force d’étudier la personnalité humaine dans tous ses états, tôt ou tard, je finis par étudier la vôtre.

Que vous le vouliez ou non d’ailleurs.

Au risque de me répéter – Goldfish inside, je ne m’attendais absolument pas à la tournure que ce blog a prise. Au départ, il n’était que la réaction explosive d’un chéper latent consécutif à une brutale exposition au psychédélisme sous toutes ses formes.

L’objectif initial était donc simplement de relater ici les périples du calibre de Transahara. Je n’avais pas la prétention de croire que mes soirées conventionnelles puissent représenter un quelconque intérêt, et je ne comptais certainement pas y insérer des éléments un tant soit peu intimes.

Pourtant, si on fait le compte aujourd’hui, les récits de festivals à l’étranger constituent la plus petite catégorie de Psyminder, avec 19 articles. Même les récits des teufs en Suisse sont plus nombreux, vibrante illustration qu’après mon premier périple dans le désert, mes soirées ont cessé d’être conventionnelles.

Autant dire que ce blog a bel et bien dévié de sa trajectoire originale. La faute à deux styles rédactionnels dont l’émergence a été aussi brutale qu’inattendue, et qui se sont d’ailleurs souvent manifestés ensemble: la tirade dépressive et l’essai toxicomane.

En toute franchise, je me serai bien passé de la première. En effet, si je suis content que cela m’ait aidé à dénouer un peu le merdier que j’ai dans la tête, j’aurais probablement été encore plus content de ne rien avoir à dénouer.

Or, après 22 articles publiés dans cette fameuse Inner Forest, force est de constater qu’il reste encore du boulot. Je constate néanmoins depuis quelques temps un ralentissement marqué de cette catégorie, mais je peine à l’interpréter comme un signe réellement encourageant au vu de mon rythme vie ces dernières semaines.

L’essai toxicomane est déjà un style bien plus ludique, pour l’esprit du moins. Pour le corps en revanche, et nous sommes sûrement d’accord sur ce point, je serais en droit de m’auto-assigner en justice pour lésions corporelles graves avec récidive.

Je brûle la chandelle par les deux bouts, avais-je dit un soir à ouylle en sortant du Café Bizarre, un bar situé près de la gare et dont l’épithète correspond on ne peut mieux à plusieurs des scènes auxquelles j’ai assisté – ou contribué – là-bas.

Un comble pour un mec qui s’éclaire à la bougie pendant la moitié de l’année.

En revanche, et comme je le mentionnais récemment, l’effet sur l’inspiration est aussi violent qu’une souflette exercée par surprise sur un nourrisson asmathique. Pas que j’aie déjà essayé, mais je trouvais la comparaison délicieusement éloquente.

Mon machin qu’il y en a eu des conneries publiées ici. Parodies débiles, histoires invraisemblables, apologie de la drogue et autres contes de Noël,  rien ne vous aura été épargné.

En un sens, écrire sous l’emprise des prods, c’est un peu comme découvrir de l’intérieur le quotidien de McGyver: on vous donne un trombone, ça vous inspire l’Encyclopédie de la Physique Nucléaire moderne que vous pondez en quelques minutes.

Bref, tout ceci est bien joli – si j’ose dire, mais la question de fond doit maintenant être examinée: 100 posts plus tard, qu’est-ce que je retire de cette aventure?

Je n’arrive pas une seconde à m’en convaincre, mais je pense qu’une analyse objective aboutirait à la conclusion que ce blog ne me fait pas forcément que du bien. Je m’explique.

D’un point de vue artistique, et qu’on me pardonne cet élan de fatuité, je considère Psyminder comme une réussite. Le fond restera éternellement source de débat, mais je vis avec la conviction que la forme a quand même une sacrée gueule.

D’un point de vue psychologique, il m’a certainement aidé à explorer des questionnements qui, tant qu’ils n’étaient pas décrits de façon structurée pour être soumis à un œil extérieur, étaient tout bonnement impossibles à appréhender dans leur globalité.

D’un point de vue humain, comme je l’ai mentionné plus haut, il a engendré des situations exceptionnelles, et le fait d’avoir pu entamer de véritables discussions autour de certains articles leur a conféré une valeur qui leur faisait défaut auparavant.

Et pourtant.

Depuis quelques semaines, je n’arrive plus à me défaire de cette impression; ce sentiment encore confus, mais qui gagne en intensité et ne cesse de me susurrer que Psyminder est en définitive un putain de cercle vicieux.

Un cercle que je renforce jour après jour en y évoluant aveuglément.

Son évolution me semble aller tout à fait dans ce sens: de récréatif qu’il était à la base, il s’est progressivement transformé en local d’injection intellectuelle, puis en canapé pour cabinet de psy.

A force de lui attribuer des effets bénéfiques, j’ai fini par me dire que j’en avais besoin pour affronter mes doutes quotidiens. A tel point que lorsque l’inspiration a commencé à me faire défaut, je me suis résigné à la stimuler artificiellement.

Aujourd’hui, les stimulants font partie des problèmes dont je parle ici, et ceux qui étaient déjà là avant n’ont toujours pas quitté les lieux. La solitude me fait toujours autant chier, pourtant je passe ma vie la tête à l’envers dans les festivals psy et les teufs électro.

Quand j’en reviens, je les relate ici avant de me plaindre que décidément, j’aime pas la solitude et ma situation n’évolue pas des masses. Et si, paradoxalement, j’ai malgré tout l’impression d’aller mieux ces derniers temps, je suis hanté par la crainte qu’il s’agisse tout simplement d’une accoutumance  à mon mode de vie.

Typiquement, en ce moment même, alors que je vous explique tout ça, je ne le vis absolument pas comme un problème. Je vous le raconte, mais je n’ai pas l’impression que c’est moi que ça concerne: c’est un peu comme si j’étais devenu le narrateur de ma propre vie.

Bref – il passe toujours bien à ce moment-là du texte, le moins que l’on puisse dire, c’est que ces 100 premiers articles ont été riches en émotions et en conséquences. Je ne regrette rien, mais je n’en nourris pas moins un désir assez fort.

Celui de ne pas arriver trop vite à 200.