Je parviens enfin à extraire ma tête et mon buste de cet étang. De ma bouche grande ouverte ne sort aucun son, mes poumons et ma gorge semblant totalement obstrués.
Une algue géante m’enserre la taille. Alors que je lutte pour m’en défaire, je ressens un violent choc dans le dos. Un hurlement déchirant jaillit enfin de ma poitrine alors que j’achève de dénouer la prise insidieuse du végétal.
Je rampe hors de l’eau et reprend mon souffle, puis contemple le paysage: tout est flou autour de moi. Je perçois des sons rocailleux portés par le vent mais ne parviens à en extraire aucun sens.
Je commence à ramper, lentement. Faiblement. Sans but. Le brouillard est si dense.
Au bout d’un temps que je suis incapable d’évaluer, le tissu laiteux qui m’enrobe depuis la berge se déchire enfin. Le sol rocailleux fait place à une herbe rase dont la rosée tardive brille encore sous les premiers rayons d’un soleil hésitant.
Je me relève soudainement, empli d’une énergie nouvelle.
D’un pas encore incertain, je reprends ma route. Les objets se font plus nets autour de moi, tout comme les sons. La confiance que ce constat insuffle en moi commence à libérer les mots jusqu’ici prisonniers de mes lèvres.
Il se passe définitivement quelque chose.
Au fil des kilomètres, l’herbe s’épaissit. Elle est désormais d’un vert vif et, par endroit, couverte de fleurs sauvages aux couleurs chatoyantes. Le soleil brille avec éclat dans un ciel vierge de tout nuage.
Au milieu des plaines émoustillées par la caresse du vent se dresse soudain une forêt de magnifiques arbres fruitiers. Je m’y enfonce profondément, profitant de son ombre rafraîchissante et des innombrables chants d’oiseaux qui se répercutent entre ses branches.
Je ressors de l’autre côté de la forêt pour me trouver face à un fleuve tumultueux. Il coupe l’horizon dans le sens de la largeur, à perte de vue de part et d’autre. Je n’ai d’autre choix que de le traverser, et cette perspective ne me réjouit guère.
Sur l’autre rive, je suis incapable de dire s’il fait beau ou non. Mes yeux voient tour à tour le soleil briller et les éclairs déchirer l’horizon. Le vent m’apporte la chaleur de l’été avant de m’envelopper d’un courant hivernal glacial.
Il se passe définitivement quelque chose.
Sitôt le fleuve traversé, mes impressions se confirment. Le climat ne cesse de changer, évoquant successivement l’enfer et le paradis.
Des orages inouïs de violence se déchaînent à intervalles irréguliers, suivis d’éclaircies ou de longues périodes ensoleillées. Les écarts de température vont en s’amplifiant.
Les bruits redeviennent confus, et je perds progressivement le sens de l’orientation.
Au-dessus de moi, des nuages de plus en plus noirs forment une couche oppressante que le soleil ne parvient désormais plus à percer.
Le dos courbé, je progresse péniblement sur un sol de rocaille poussiéreuse. L’air est lourd, comme chargé de souffre. La terre est en train de mourir et m’entraîne avec elle.
Un phénoménal coup de tonnerre fait brusquement gronder la terre avec la violence d’un séisme, immédiatement suivi d’un orage diluvien qui noie le paysage en l’espace de quelques secondes.
Le choc est apocalyptique. Mon corps vibre à tel point qu’il semble sur le point d’exploser, mais il n’en est rien: l’écho s’éteint dans le lointain et la pluie cesse aussi vite qu’elle a commencé.
La terre peine à reprendre son souffle. A quatre pattes sur le sol, je suffoque, pris de nausées. Je ne peux faire cesser les tremblements qui me font tressauter de la tête aux pieds.
C’est alors que, par un miracle inexplicable, un rayon de soleil se fraie enfin un chemin entre les nuages. Ils se dissipent à grande vitesse, révélant un ciel d’azur sous lequel une végétation luxuriante pousse désormais à vue d’oeil.
Il se passe définitivement quelque chose.
Je reprends ma route dans un cadre de conte de fées. Les paysages sont exceptionnels, peuplés de mélodies enchanteresses et de belles paroles. Le spectacle est si beau que la lune elle-même refuse obstinément de se montrer.
Puis, sans l’ombre d’un signal, tout s’effondre en quelques secondes.
La terre à l’horizon commence à se craqueler, comme sous l’effet d’une pression intérieure. Le sol s’effondre en plusieurs endroits, laissant jaillir à la surface des jets de magma liquide.
Un sifflement déchirant emplit l’air, me vrillant les tympans au point que j’en hurle de douleur. Le ciel s’effrite morceau par morceau. Derrière lui, un vortex d’un noir impénétrable absorbe jusqu’à la dernière goutte de lumière.
J’ignore d’où l’impulsion me vient, mais je commence à courir. Je fuis, éperdument, évitant les précipices, slalomant entre les rivières de lave, évitant les scories démesurées qui s’abattent autour de moi en une mortelle cascade.
Je cours pendant des heures, des jours, peut-être bien des mois. Je m’attends à tout instant à être rattrapé par ce cauchemar dont je cherche à m’éloigner.
Pourtant, au bord de l’épuisement mais bel et bien entier, j’aperçois au loin ce qui ressemble à une gigantesque étendue d’eau. Un lac, peut-être même un océan, mais mes yeux rougis par l’insomnie sont incapables de distinguer.
Je continue d’avancer, mû à présent par ma seule volonté de survivre. Je ne peux de toute façon pas retourner en arrière: plus rien ne m’y attend.
J’arrive dans un port désert: pas un son, pas une âme, pas même une embarcation. Seul un radeau de fortune flotte misérablement sur l’eau, retenu par une corde si rongée qu’elle menace de lâcher à tout instant.
En cet instant, j’y vois pourtant mon unique chance de salut. Je bondis donc sur le radeau, et le seul choc de ma réception sur les planches suffit à rompre définitivement l’amarre précaire.
Le radeau file vers le large, sans aucun moyen pour moi d’en influencer la direction.
Je laisse derrière moi une terre dévastée couverte de misère, de larmes et de désolation. Devant moi s’étend l’intimidant spectacle d’une mer virginale couverte d’inconnu, de peur et de solitude.
Rapidement, les tempêtes succèdent aux intempéries et les cyclones aux tempêtes. Je me maintiens désespérément à flots, à bout de forces, les éléments sans cesse déchaînés ne m’accordant aucun répit.
Je songe plus d’une fois à abandonner mon pathétique radeau. Attendre la prochaine vague, l’accueillir à bras ouverts et la laisser m’emporter loin de ce combat absurde, de cette douleur inhumaine, de cette quête vouée à l’échec.
Je continue pourtant à m’agripper à mes quelques planches de bois, courbant l’échine à chaque nouveau tsunami, retenant ma respiration pendant d’interminables minutes et luttant avec l’énergie du désespoir le plus absolu.
Au terme d’une dérive interminable, j’aperçois au loin ce que je prends d’abord pour un mirage issu de mon esprit au bord de la rupture. Les minutes passent pourtant sans que la vision ne se dissipe. J’en viens à penser l’impensable.
Quelques centaines de mètres supplémentaires et l’illusion prend des allures de réalité: terre à l’horizon.
Le ciel toujours chargé déverse en flots ininterrompus une pluie fine et pénétrante. C’est toujours un temps de merde mais le plus gros du déluge semble être passé. Je m’échoue sur une plage.
Je suis vivant. J’ai traversé l’enfer, j’ai navigué sur l’abîme, et je suis vivant.
Devant moi s’étend un paysage trouble et inconsistant, le même que celui qui m’a accueilli à la sortie de cet étang il y a maintenant si longtemps. Au terme de ce chemin interminable, je me retrouve à mon point de départ.
Je commence à ramper, lentement. Faiblement. Sans but. Le brouillard est si dense.

Saturday Night Fail
Posted in Instantanés avec des tags no comment on 24 janvier 2010 by The Psyminder« Le problème des bonnes idées, c’est qu’on est rarement le seul à les avoir. »
Moi
Depuis combien de temps n’ai-je pas passé un samedi soir sans sortir? La réponse se chiffre en mois, sinon en années.
A l’heure où j’écris ces lignes, j’ignore encore si la série prendra fin dans les heures qui viennent.
Le grand problème de l’Usine depuis la fermeture d’Artamis, c’est la surpopulation.
A moins d’arriver après 2 heures du matin, il faut compter une bonne demie heure de queue à l’entrée et un gros quart d’heure au vestiaire, le tout dans des conditions d’écrasement et d’alcoolémie abominables.
L’autre solution pour s’éviter tout ça, c’est d’arriver à l’ouverture des portes: on chope le tampon, on pose ses affaires au vestiaire et on va picoler une paire d’heures en attendant que l’ambiance monte.
A vrai dire, c’est même tellement efficace que je l’ai fait hier. Tampon pris à 21h, déplacement chez une amie pour se chauffer le gosier, retour à l’Usine sur le coup des 1h30 et entrée immédiate. Royal.
Le seul problème, c’est que ce genre de plan ne marche que pour les soirées se déroulant au rez-de-chaussée – Le Kab, précisément parce que les portes ouvrent à 21h.
Mes amis ayant d’ailleurs décidé d’y aller ce soir, ils n’ont eu aucun mal à appliquer cette stratégie élémentaire mais redoutablement efficace.
En ce qui me concerne, j’ai donc découvert ce soir que ce raisonnement n’est pas du tout adapté aux soirées qui se déroulent à l’étage – Le Zoo.
Arrivé à 23h pour l’ouverture, je me suis en effet retrouvé face à une foule compacte représentant déjà une bonne heure de queue.
Est-ce dû à ma soirée d’hier, ou à cette brouille ridicule que j’ai momentanément causée avec mon grand frère que j’aime plus que tout? Je l’ignore, mais toujours est-il que je n’étais déjà pas en très grande forme en arrivant.
Ajoutez à cela un froid mordant, un crâne fraîchement rasé et un sérieux doute quant à la qualité du son – soirée dark psytrance sournoisement présentée comme de la goa, vous comprendrez pourquoi je n’ai pas insisté plus que ça.
Il est maintenant minuit passé de 7 minutes, et j’ignore encore si je vais trouver la motivation pour ressortir. Le dernier tram est à 1h47 et me garantit une entrée rapide au Zoo, mais je sais que mes chances de tenir jusque là sont minces.
Même si un samedi tranquille me ferait le plus grand bien, j’avoue que ça me ferait un peu mal au sac de rester chez moi pour une fois qu’il y a de la psy à l’Usine, même si c’est de la dark.
Actuellement c’est du 50-50 et les paris sont ouverts: d’après vous, quelle option l’a emporté?
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