Japon 2009: Kyoto

Posted in Blog Trotter avec des tags , on 8 novembre 2009 by The Psyminder

Nous nous levons sans nous presser en milieu de matinée. Notre séjour à Kyoto va durer 3 nuits, il n’est donc nul besoin de se mettre la pression. D’autant qu’hier, mine de rien, on a bien descendu.

Nous arrivons néanmoins trop tôt, le check-in ne commençant officiellement qu’à 15h.

Nous allons donc manger un morceau dans le restaurant de l’autre côté de la route avant de revenir prendre possession de nos chambres. Dernier étage, avec ascension par le sempiternel escalier large comme une ligne de blanche. Classique en somme.

La chambre est la copie conforme de celle d’Osaka, ce qui n’est guère surprenant puisque cette auberge fait également partie du réseau J-Hoppers. Nous nous installons rapidement car nous voulons commencer les visites dès aujourd’hui.

Notre premier destination est le temple zen Tofokuji. Un lieu magnifique, silencieux et relaxant situé en pleine nature, à quelques minutes de marche de la ville.

Nous prenons notre temps pour nous imprégner de l’atmosphère des lieux. Le temps maussade ne suffit pas à nuire au charme de l’endroit mais fait régulièrement pester Michael et Jack, qui déplorent l’impact de la mauvaise luminosité sur leurs performances photographiques.

Nous nous mettons ensuite en route pour le temple Fushimiinari, célèbre pour son parcours d’otori – toujours ces fameuses portes en T.

Elles sont en effet des milliers, collées les unes à la suite des autres et s’enfonçant dans la montagne le long d’une ascension de plusieurs kilomètres.

Un travail de fourmi – mais de fourmi dangereusement psychopathe. Ah, j’oublie un léger détail: en passant sous la première otori, nous n’avons pas la moindre idée de la longueur du chemin qui s’étend devant nous.

Nous démarrons donc lentement, prenant des photos, admirant le travail impressionnant des pères fondateurs du site et discutant joyeusement. Le parcours continue à perte de vue.

Nous faisons une pause et en profitons pour fumer une clope. Nous parlons moins. La nuit tombe, nous sommes en sueur mais n’osons nous découvrir en raison de l’humidité et du froid qui vont bientôt s’abattre sur nous. Le parcours continue à perte de vue.

Il fait de plus en plus sombre. Nos jambes commencent à se faire sentir, et nous nous arrêtons régulièrement pour discuter de la pertinence de continuer l’ascension à l’aveuglette. Le parcours continue à perte de vue.

A plusieurs reprises, nous sommes à deux doigts de faire demi-tour, mais chaque mètre supplémentaire renforce le poids de cet argument: maintenant qu’on a fait tout ça, ce serait trop con de ne pas aller au bout.

Nous courons désormais, gravissant les marches 2 par 2, puis 4 par 4 au fur et à mesure qu’elles rétrécissent. La forêt environnante se fait plus clairsemée, et nous sentons confusément que nous touchons au but.

Et en effet, après une dernière ligne droite, nous atteignons enfin le sommet du parcours. Nous débouchons sur un lieu des plus étranges, fait de pierres granitiques et sinistres au milieu desquelles serpente un dédale de minuscules allées.

Le franchissant, nous apercevons une sorte de promontoire à une vingtaine de mètres. Une avancée sortant du couvert des arbres et offrant une vue totalement dégagée sur l’horizon.

Une vue imprenable sur Kyoto.

Malgré l’obscurité grandissante, le spectacle est superbe. Nous sommes fiers d’avoir atteint le sommet et profitons de cet instant en silence, laissant voler nos regards sur la vallée et profitant d’un délicieux moment de fraternité.

La nuit est définitivement tombée alors que nous amorçons la descente. Jack part devant en trottinant, espérant avoir encore le temps d’acheter des souvenirs. Je descends en bavardant tranquillement avec Michael.

De nuit, le spectacle est encore plus impressionnant. Des lampions sont allumés le long du parcours, mais l’ensemble du site baigne dans une pénombre majestueuse. La nature murmure tout près de nous, mais les otori sont si serrées que l’on ne peut voir à travers.

C’est avec un certain soulagement que nous arrivons en bas, retrouvant un Jack dépité d’être arrivé après la fermeture des nombreuses échoppes à saloperies – à souvenirs pardon. Direction l’hôtel, non sans avoir fait le plein de bières en vue de l’apéro.

Fidèles à notre schéma désormais bien rôdé, nous sortons en quête d’un restaurant. Nous ne sommes guère inspirés et optons mollement pour un établissement visiblement spécialisé dans la brochette.

L’absence d’indications en anglais sur le menu nous contraint à croire les photos des plats. C’est donc sans trop de surprise qu’après quelques heureuses pioches, nous voyons la table se couvrir de brochettes de coeur et de foie suscitant en nous un enthousiasme très relatif.

L’expérience ne s’avère en fin de compte pas si déplaisante, à ma grande surprise je l’avoue – je n’avais encore jamais mangé ces organes dont l’aspect suffit d’ordinaire à me filer la gerbe. Japan power, pas vrai?

Nous rentrons directement à l’hôtel, portant encore sur nos épaules la fatigue d’Osaka. Inutile de sortir ce soir, d’autant qu’en ce qui me concerne, la journée de demain s’annonce mitigée.

Je dois en effet me rendre à l’hôpital de Kyoto suite à une recommandation appuyée de Michael: j’ai des points de suture défaillants dans le dos, une plaie qui ne se referme pas et une infection qui menace d’en profiter.

Je ne parle pas japonais, et il est de notoriété publique que les médecins japonais anglophones sont aussi nombreux dans le pays que les journalistes indépendants en Chine. Ca promet.

A notre réveil – un peu tardif, nous descendons solliciter l’assistance de la réceptionniste de l’auberge. Elle contacte l’hôpital, explique vaguement la situation et m’informe que je peux être admis si j’arrive avant 11h30.

Il est 10h30 mais l’hôpital n’est qu’à quelques centaines de mètres – nous l’avons vu la veille en allant au temple zen. Elle rédige ensuite une note en japonais contenant toutes les informations que les médecins ont besoin de connaître pour traiter mon cas.

Je le dis d’emblée, tout s’est passé à merveille. Néanmoins, si je peux vous donner un conseil, ce sera le suivant: apprenez la langue avant d’aller là-bas, juste au cas où vous devriez malencontreusement vous retrouver dans un hôpital.

J’ai heureusement été rapidement mis en contact avec un médecin légèrement anglophone qui m’a accompagné dans toutes les démarches administratives. L’infirmière qui s’est occupée de moi était carrément canon, et j’ai atterri chez un dermato à l’anglais irréprochable.

Et bien malgré tout, se retrouver dans un endroit pareil sans avoir la moindre idée de ce qui se dit autour de vous, ce n’est pas ce que j’ai vu de plus rassurant. Mais passons.

L’opération se passe à merveille mais me laissera un mal de chien pendant près de 48 heures. Je suis placé sous anti-douleurs et antibiotiques, histoire d’éviter tout risque de nouvelle infection, règle la note et quitte les lieux moins de 3h après y être entré.

Efficaces les margoulins.

je retrouve Michael et Jack qui étaient partis visiter un temple – il n’y a que ça à Kyoto de toute façon, soyons francs. Nous mangeons un morceau puis allons visiter le musée du manga.

Grosse déception en ce qui me concerne: il s’agit en fait d’une bibliothèque géante contenant des milliers de mangas… en japonais bien sûr. Autant dire que nous ne nous éternisons pas.

Nous décidons de cuisiner à l’hôtel, pour changer un peu et pour économiser sur le budget bouffe plutôt conséquent depuis notre arrivée. Alors que nous finissons de manger, un autre locataire de l’auberge commence à nous parler: Jorg, de Münich.

Le type est seul et plutôt sympa. Si j’osais un hommage à Raoul Duke, je dirais qu’en dépit se race il se révèle d’une agréable compagnie. Il a vécu les débuts du mouvement techno et semble être un chéper rangé, ce qui lui vaut d’autant plus ma sympathie.

Nous descendons fumer notre clope digestive avec lui. 3 heures plus tard, nous avons racheté clopes et bières et discutons toujours sur le trottoir, devant la porte d’entrée. Michael a chopé un numéro de téléphone sans que personne ne comprenne comment.

Nous nous couchons certes imbibés, mais néanmoins décidés à profiter pleinement le lendemain de notre dernier jour ici.

Nous nous levons de bonne heure et partons visiter le Palais Impérial. En réalité, nous en ferons le tour et en foulerons les allées, mais nous ne pénétrerons pas dans l’enceinte du bâtiment: il aurait fallu pour cela réserver des tickets à l’avance, chose que nous ignorions.

La pluie commence à tomber pour la première fois du séjour alors que nous quittons les lieux, direction Nijojo Castle. Un lieu d’une autre époque qui, à l’image de tant d’autre à Kyoto, semble avoir traversé les âges sans subir l’influence de la civilisation qui lui sert désormais d’écrin.

Une fois terminée la visite du château et de ses somptueux jardins, nous grimpons en haut de la Kyoto Tower pour avoir enfin une vision globale de la ville. Nous y buvons le café le plus cher de nos vies avant de rentrer  àl’auberge, où nous mangeons à nouveau.

Nous emmenons ensuite Jorg et un Lucernois rencontré à notre arrivée dans un bar visiblement réputé. Il nous faudra 1h30 de marche et l’aide de plusieurs Japonais pour trouver, en fin de compte, un bar on ne peut plus banal.

Pas démontés pour autant, nous initions nos nouveaux amis au jeu du paquet de clopes. Michael, Jack et moi payons tournée sur tournée. Nos invités, visiblement moins entraînés que nous, semblent souffrir mais cussent dignement.

A notre retour, nous discutons encore un moment avec Jorg. Lui aussi retourne à Tokyo, mais un jour après nous. Nous formulons donc le plan de nous y retrouver et allons profiter d’un sommeil plus que nécessaire.

Demain, retour dans la capitale. Dernière étape d’un séjour déjà légendaire.

Japon 2009: Osaka

Posted in Blog Trotter avec des tags , on 7 novembre 2009 by The Psyminder

Une explosion de bruit, brutale et déchirante. Voilà ce qui m’arrache à mon coma, faisant résonner au fond de mon crâne les vibrations de milliers de marteaux écrasés avec une rage féroce sur une enclume aux proportions colossales.

La douleur est telle quand j’ouvre les yeux que je manque défaillir, mais je me ressaisis et tente de comprendre ce qui se passe. Heure, lieu, système solaire, rien ne me semble intelligible.

Je finis néanmoins par assimiler les faits: le gérant de l’auberge de jeunesse est rentré dans notre chambre, a ouvert volets et fenêtre et tente désespérément de nous transmettre un message.

Est-il seulement conscient de notre état végétatif et de notre déshydratation en phase avancée?

Les bribes de phrases que j’attrape au vol dansent sous mes yeux un ballet hésitant et tentent d’en faire jaillir un sens, un concept, n’importe quoi qui me donne une raison valable de ne pas démembrer l’intrus sans autre forme de procès.

“…or I charge you another night”, finis-je par décrypter. C’est toi la nuit supplémentaire est la première pensée qui me traverse l’esprit, déclenchant au passage une nouvelle fission cérébrale qui m’arrache un gémissement de chiot constipé.

Je comprends néanmoins vaguement que notre pronostic vital est engagé: soit nous comprenons ce que nous veut ce volubile oriental, soit nous sombrons irrémédiablement dans les méandres d’un sommeil dont l’alcool a depuis longtemps purgé toute vertu curative.

Keys… Keys…”, l’entends-je couiner. Un éclair brille dans la nuit. Les morceaux du puzzle s’assemblent. Je sens mes neurones se désagréger au fur et à mesure que la réalité se cristallise devant moi dans toute son horreur, aussi nette qu’un rail de coke sous un microscope.

Nous sommes en retard pour libérer la chambre. Le farfadet démoniaque nous informe qu’il devra bientôt nous facturer une nuit supplémentaire si nous sommes encore là, et il veut savoir où est la clé de la chambre.

Le grand sablier de l’Histoire suspend son vol un court instant,  suffisamment long toutefois pour que j’aperçoive à mes pieds le gouffre abyssal qui guette chaque touriste ivre mort ne sachant pas comment il a réintégré sa chambre la veille.

Les yeux encore bouffis et l’haleine fétide, je tâtonne pitoyablement jusqu’à attraper miraculeusement mon pantalon. Je fouille toutes mes poches, lève un regard bovin sur notre hôte mais ne parvient pas à articuler un mot: mes lèvres sont collées à mes dents, ma langue à mon palais.

Heureusement, Michael réagit avant que la situation ne devienne critique. Il a retrouvé les clés et , par un prodige qui m’échappe totalement, communique avec l’ennemi de façon presque rationnelle: nous avons 30 minutes.

Par chance – et en raison de la taille de la pièce, nous n’avons pas défait nos valises la veille. Jack se trouve dans son lit, et je me demande comment il a bien pu retrouver son chemin tout seul – l’essentiel est qu’il l’ait fait. En revanche, il n’a même pas enlevé ses fringues.

J’ignore qui est le plus mal des trois, mais nous devons former une belle brochette de bourrés. C’est en titubant et en gémissant que nous tentons de surmonter cette terrible épreuve, les membres lourds et l’esprit dans le brouillard.

Des cachets sont avalés, des questions posées, le tout à un rythme désespérant de lenteur. Les gorgées sont douloureuses, les réponses vont de vagues à inutilisables et la menace du sablier plane toujours sur nos gueules de bois.

Une fois la porte de la chambre refermée derrière nous, le pire nous attend: quatre étages à descendre, bagages en main, par un escalier dont l’étroitesse et la raideur ne sont pas sans m’évoquer tout le charme du passage de Cirith Ungol.

Nous parvenons péniblement à quitter l’auberge et prenons un taxi jusqu’à la gare. C’est à nouveau en Shinkansen que nous allons voyager jusqu’à Osaka, où nous allons passer deux nuits.

En arrivant à la gare, nous nous installons sur une terrasse en attendant l’heure du départ. Café, jus de fruits, croissant, tout y passe mais ne contribue guère à améliorer notre situation: taux d’alcoolémie encore désespérément létal.

Nous sommes régulièrement pris de fous rires typiques des lendemains de cuite, mais ils sont presque douloureux tant nous sommes fébriles. S’asseoir dans le train est une véritable délivrance et nous sombrons en moins d’une minute – même moi.

Le trajet jusqu’à Osaka est si court que nous ratons presque l’arrêt. C’est une nouvelle fois en taxi que nous gagnons l’auberge, bien conscients que toute tentative de s’en sortir par nos propres moyens serait inexorablement vouée à l’échec.

Elle appartient à la même chaîne que la précédente mais a carrément plus de gueule. En revanche, l’escalier est toujours étroit et nous sommes cette fois-ci au 5ème étage. De plus en plus difficile.

La chambre est plus grande et plus confortable, avec de vrais lits cette fois. N’ayant pas l’intention de faire des folies le soir même, nous prenons notre temps pour nous installer et nous rafraîchir.

Nous commençons progressivement à reprendre visage humain, mais Michael et Jack décident malgré tout de s’accorder une heure de sieste. N’ayant bien sûr pas sommeil, je m’installe dans la salle commune pour bouquiner en sifflant des bières.

C’est d’ailleurs durant ce séjour que j’ai enfin compris pourquoi la bière est si efficace contre la gueule de bois: cette dernière n’est rien d’autre qu’un symptôme du manque. Il est donc normal que la ré-injection d’alcool dans l’organisme ait un effet apaisant.

Entre parenthèses, je trouve assez flipant de pouvoir induire des symptômes de sevrage en l’espace d’une soirée. Il faut pourtant bien admettre qu’hier soir, on n’y est pas allés avec le dos de la canette.

En début de soirée, nous prenons l’apéro sur le toit de l’immeuble. Nous sommes entourés par d’imposants buildings dont les éclairages subtils et harmonieux semblent défier le rideau de nuit qui s’abat hélas si tôt sur le pays du Soleil Levant.

Nous sortons manger un morceau. L’auberge est située dans une étroite rue piétonne, le long de laquelle on aperçoit à intervalle régulier les tables d’innombrables diseuses de bonne aventure – du moins y ressemblent-elles.

C’est vraiment un étrange spectacle que ces femmes installées en pleine rue, éclairées à la bougie, entourées d’une masse d’objets hétéroclites et donnant des consultations dont la nature précise nous échappe à tout passant désireux de solliciter leurs services.

Profitant de la douceur de l’air et du calme ambiant, nous marchons lentement en quête d’un restaurant. Nous jetons notre dévolu sur une sorte de restaurant italien, motivés par la perspective de faire un break avec la bouffe locale.

L’établissement est assez classe et imprégné d’une ambiance chaleureuse. Des spaghetti carbonara divins et une bonne bouteille de rouge font l’effet d’un baume magique sur nos organismes encore endoloris par les agapes de la veille.

Nous ne faisons pas les malins pour autant et, une fois la note réglée, reprenons le chemin de l’auberge. Nous ne restons pas longtemps ici et voulons profiter de la ville autant que possible, ce qui passe par une bonne nuit de sommeil.

Le samedi 24 au matin, nous prenons la route de Nara. Le lieu est réputé pour son temple gigantesque abritant une colossale statue de Bouddha en or, mais encore plus pour ses biches – vous avez bien lu: ses biches.

Elles sont en effet des dizaines, peut-être des centaines à se balader sur les quelques kilomètres carré composant le site de Nara, transformant le sol en champ de mines et posant avec complaisance dans le cadre d’interminables séances photos.

Loin d’être farouches, elles ont plutôt tendance à déployer d’habiles stratégies de groupe pour soustraire aux touristes attendris tout ce qui, de près ou de loin, a l’air comestible. Parfois, un mâle aux cornes coupées s’adresse à ses congénères dans un couinement ridiculement aigu.

La visite du temple est réellement impressionnante, l’intérêt du reste du site étant plus limité. En début d’après-midi, nous contemplons Osaka depuis la plus haute grande roue du monde, affichant fièrement 112,50 mètres à son sommet.

Sous nos yeux s’étend la ville entière, en partie construite sur des zones volées à la mer. Un impressionnant réseau de routes et de spectaculaires ponts suspendus la sillonne en tous sens, dans un inextricable enchevêtrement de nœuds digne d’un anaconda sous LSD.

Une fois redescendus, nous allons visiter l’aquarium juste à côté. J’ai beau ne pas être fan du spectacle de ces animaux enfermés, je n’ai pas pu m’empêcher de m’émerveiller devant les requins-baleine et la raie manta. Pour le reste, aquarium standard si j’ose dire.

Le temps d’effectuer notre traditionnel passage à l’hôtel et nous ressortons, direction le quartier chaud de la ville: Namba.

Le spectacle est hallucinant. Tout le quartier regorge de boutiques de luxe, de belles bagnoles et de Japonais friqués – on nage en pleine Genève sous occupation nipponne. Nous nous engouffrons dans la rue principale, où l’animation atteint des proportions bestiales.

La foule est à couper au couteau. Le concert de sons et de lumières si typique des quartiers chauds au Japon atteint ici des sommets insoupçonnés. Il y a en effet tant de restaurants et de boutiques que l’on ne parvient plus à les distinguer.

Incapable de gérer un tel afflux de stimulations sensorielles, le cerveau les traite toutes simultanément. L’environnement se mue ainsi en une masse homogène et compacte rendant toute prise de décision impossible et décuplant l’inertie pourtant négligeable de notre petit groupe.

Nous atterrissons enfin dans un bar à sushi, dans lequel j’obtiens le respectable score de 20 assiettes – 2 pièces par assiette. La digestion ne contribue pas vraiment à la maîtrise de la fournaise de Namba, mais nous tentons quand même de trouver un bar où poursuivre la soirée.

Ici aussi, le racolage bat son plein. C’est ainsi que nous nous retrouvons à suivre un black dans un de ces girls’ bar où, moyennant 50 balles d’entrée, nous pourrons boire à volonté. Vu notre descente, ça se refuse difficilement.

Après une heure inégalement agitée, nous rentrons à l’hôtel et buvons une dernière bière sur le toit. Nous sommes heureux, profondément et sincèrement heureux, et je crois que ça se lit sur notre être tout entier.

Je me sens rajeunir seconde après seconde, et la bougie de mon existence semble se rallonger silencieusement.

Japon 2009: Hiroshima

Posted in Blog Trotter avec des tags , on 4 novembre 2009 by The Psyminder

Le matin du 22 octobre, nous nous levons donc de bonne heure pour quitter Tokyo. Nous avons rendez-vous avec l’Histoire à Hiroshima.

Nous effectuons le train dans un Shinkansen, ces trains aux formes hallucinantes, d’un confort à ma connaissance unique au monde et reliant à grande vitesse les principales villes du pays.

C’est en taxi que nous gagnons notre auberge de jeunesse depuis la gare. Hors de Tokyo, nous avons en effet décidé d’économiser sur le logement, effectuant plusieurs réservations au sein de la chaîne J-Hoppers.

Pendant le trajet, nous apercevons furtivement le A-Dome, seul bâtiment ayant résisté au souffle de la bombe atomique à s’élever aujourd’hui encore au coeur de la ville. Poignant, sincèrement.

La chambre est minuscule, à peine la place de rentrer les valises et de s’asseoir à 3 à cause de la place prise par les matelas. Nous ne faisons donc que poser les bagages et repartons immédiatement, direction le Hiroshima Peace Memorial.

Le musée est consacré à ce sinistre 6 août 1945: sa préparation, son déroulement et ses conséquences y sont longuement détaillées, au côté que de nombreuses informations liées à l’état de l’armement nucléaire dans le monde et les dangers que celui-ci représente.

Vision d’horreur d’une séquence d’événements que le cerveau refuse obstinément d’assimiler.

A l’entrée du musée se trouve un grand écran diffusant un film d’introduction. On y voit l’explosion d’une bombe atomique par dessus laquelle une voix off insiste sur ses conséquences apocalyptiques et la nécessité de vivre dans un monde dénucléarisé.

Le grondement de l’explosion se répercute à travers le rez-de chaussée et une partie du premier étage. De ce fait, l’essentiel de la visite se fait dans une ambiance de fin du monde, rendant la visite encore plus dure qu’elle ne l’est déjà.

Je ne suis pas un gros dur, mais je ne suis pas facilement impressionné non plus. Pourtant, en sortant de ce musée, je me sentais le teint pâle et les yeux rouges. Je ne peux que vous encourager à y aller: tenter de le décrire serait ridicule.

Nous repassons par l’auberge après une séance de photos en face du A-Dome. Dans la chambre, nous nous réconfortons rapidement au Green Label – une merveille achetée par Michael à Francfort – puis sortons manger des sushi.

Le Routard recommande un restaurant appelé Nobu. Il s’agit visiblement d’une chaîne, mais le cuistot de celui d’Hiroshima semble particulièrement réputé. Ce n’est qu’avec l’aide acharnée d’un habitant du quartier que nous finissons par trouver l’enseigne.

D’entrée de jeu, nous renonçons à étudier la carte. Nous confions au Chef la mission de nous créer un plateau selon son inspiration du moment, non sans lui avoir donné quelques indications gustatives malgré tout.

Ayant travaillé des années aux Etats-Unis, le Chef parle un anglais remarquable. C’est avec un réel plaisir que nous discutons donc fréquemment avec lui, l’interrogeant sur sa carrière et ses projets d’avenir avant de lui parler de la vie en Suisse.

Le plateau qu’il nous concocte échappe à toute possibilité de description, si minutieuse soit-elle. Je ne peux que tenter de vous faire comprendre à quel point la saveur de ce que nous avons mangé ne pouvait décemment pas appartenir à notre monde.

En quittant le restaurant, nous allons nous balader dans des rues plus animées et nous installons dans un bar. Nous commandons des canettes que nous jouons au paquet de clopes – si vous ne connaissez pas ce jeu demandez-moi l’explication, il mérite au moins un essai.

A une table proche de la nôtre, un japonais en costard est affalé sur la table et roupille. Il est environ 22h, mais c’est ainsi: il manque aux Japonais ce fameux gêne qui fait qu’ils tiennent si peu l’alcool et s’effondrent si rapidement.

Nous faisons ensuite la connaissance d’une japonaise répondant au doux nom de Mitsuo – plus précisément, c’est Jack qui lui a proposé de se joindre à nous.

Vous n’imaginez même pas à quel point Jack est chaud quand il est bourré, mais il n’en demeure pas moins un parfait gentleman à tout instant.

Nous buvons quelques verres avec elle puis décidons de changer de bar. C’est là qu’intervient mon premier gros trou noir de la soirée, extrêmement court mais plus dévastateur que bien d’autres avant lui.

Après le premier verre, j’annonce aux autres que je sors retirer de l’argent. Je reviens vite – oui oui.

Je me revois très vaguement quitter le bar par une porte latérale et emprunter l’escalier extérieur, puis plus rien. Je ne sais pas du tout comment j’ai trouvé un distributeur, ni comment j’ai retrouvé le numéro de ma carte dans un état pareil.

Je reviens à moi devant le distributeur, partiellement dégrisé, argent en mains et tout seul.

Tout seul.

Je ne sais pas du tout où je suis, ni où se trouve le bar dans lequel je suis censé retrouver les autres. Je suis perdu au milieu d’Hiroshima, je ne parle pas la langue et j’ai 2 grammes dans chaque bras: un moment de terreur pure comme je n’en avais pas connu depuis longtemps.

Je dresse alors un plan insensé: demander à un chauffeur de taxi d’envoyer un message à Michael pour obtenir sa location, puis m’y emmener. Allez savoir pourquoi, aucun n’a accepté.

Un Japonais compatissant m’informe alors que je me trouve près d’un poste de police. Je m’y rends donc, résigné, avec l’intention de leur demander où se trouve mon auberge. Inutile en effet d’espérer retrouver le bar que j’ai quitté.

J’entre dans le commissariat d’un pas qui se veut assuré et tente de leur expliquer ce que je veux. 1 heure et 6 policiers plus tard, je crois qu’ils n’ont toujours pas compris ce que je leur demande. Je suis au bord de la crise de nerfs.

Alors que je ressors une énième fois pour tenter d’utiliser la cabine téléphonique toute proche, j’entends qu’on m’appelle. Me retournant, je vois Michael, Jack et Mitsuo arborant un évident sourire de soulagement. Ils m’ont retrouvé.

Je leur tombe dans les bras, presque en larmes, euphorique à l’idée que ce bad trip se termine enfin. Michael essaie de faire des câlins aux flics mais se prend hélas râteau sur râteau.

Nous nous rendons dans un autre bar.

Fléchettes et whisky-coke sont les seuls souvenirs concrets que je garde de cet endroit. Je ne sais ni quand nous en sommes partis, ni comment Mitsuo a réussi à nous traîner dans cette espèce d’usine à karaoké, mais c’est pourtant ce qui s’est passé.

Nous nous retrouvons dans une sorte de cabine fermée équipée d’une télé, d’une playlist et d’un micro, beuglant comme des animaux en décalage total avec des paroles que nous parvenions à peine à lire avant qu’elles ne disparaissent.

Enfin, pour moi ça s’est passé comme ça en tout cas.

Je finis par annoncer mon envie de rentrer et me tire. Incapable de trouver la sortie, je ferai pourtant 5 ou 6 come back – de ce qu’on m’a dit – avant que Michael ne décide de rentrer avec moi, lui aussi terrassé par cette soirée interminable.

Une nouvelle fois, le fait que nous ayons trouvé l’auberge relève pour moi du miracle. Nous passons quand même devant plusieurs fois sans nous arrêter, persuadés que ce n’est pas la bonne et qu’il doit y en avoir une autre à proximité.

Il commence à faire jour quand nous nous couchons, et Jack n’est toujours pas là. Nous savons inconsciemment que la visite de Miyajima, pour laquelle nous devons nous lever à 7 heures du matin, n’aura pas lieu.

Hiroshima, c’est vraiment de la bombe.

Japon 2009: Tokyo Part 1

Posted in Blog Trotter avec des tags , on 4 novembre 2009 by The Psyminder

C’est donc samedi 17 octobre que nous nous retrouvons à l’aéroport de Genève, moi-même ainsi que deux de mes meilleurs amis dont je conserverai les noms d’emprunt: Michael Bridge et Jack River.

La veille encore, pour une raison que je ne m’explique pas, j’étais incapable de me réjouir de ce voyage. Moi qui rêvais d’aller au Japon depuis des années, mon enthousiasme diminuait en même temps que l’intervalle nous séparant du départ.

Était-ce la conséquence de mon état d’esprit bien négatif ces dernières semaines? Peut-être. Dans tous les cas, j’en venais presque à regretter de m’être embarqué dans une aventure pareille.

Pourtant, en retrouvant mes amis, toutes mes hésitations s’envolent. Je prends enfin conscience du trip dans lequel nous nous embarquons, et je sens ma poitrine se libérer instantanément du poids qui l’oppressait jusqu’alors.

Nous volons d’abord jusqu’à Francfort où nous attend une escale de 6 heures. Nous en profitions pour tenter d’organiser un minimum le voyage qui nous attend

En réalité, on s’occupe surtout de dresser une liste de défis qui, s’ils sont relevés, donneront le droit de faire boire les autres. Les exemples affligeants vont de faire une roulade dans le métro à créer un attroupement en passant par avoir des merdes avec les flics.

Nous embarquons ensuite pour Tokyo, un vol de 11 heures que nous appréhendons assez fortement. En ce qui me concerne, je ne dors quasiment jamais en vol et j’ai des points de suture mal cicatrisés au bas du dos. Ca promet.

Nous arrivons néanmoins sans trop d’impatience au Narita Airport de Tokyo. Photos et relevé d’empreintes au contrôle d’immigration nous attendent, autant dire que certains défis viennent de tomber à l’eau. Trop facile de remonter jusqu’à nous.

Notre première démarche consiste à récupérer les JR RailPass, titre de transport donnant accès à tous les transports estampillés JR Line – de loin les plus nombreux du pays. Ce titre ne peut être acheté qu’hors du Japon et doit être retiré une fois sur place.

Nous prenons ensuite un train pour la ville et le quartier d’Ikebukuro, où nous attend la première étape de notre séjour. Il est à peine 17h30 mais il fait déjà nuit noire. Nous somnolons dans le wagon en jetant d’occasionnels coups d’oeil à l’extérieur.

En arrivant à la station d’Ikebukuro, premier choc: elle est gigantesque, démesurée, interminable. Nous nageons péniblement entre des milliers de Japonais, traînant nos valises encombrantes au milieu de cet océan incroyablement dense mais d’une discipline exemplaire.

Nous finissons par trouver la sortie et tentons de nous repérer sur un plan, sans trop de succès. Cet à ce moment qu’un jeune européen nous propose son aide: il s’agit d’un Lausannois qui réside dans le même hôtel que nous. Faut le faire non?

Il nous indique donc la direction à prendre, et nous arrivons rapidement. Nous prenons possession de la chambre avec un enthousiasme presque puéril, mais il faut dire qu’elle a tout pour plaire: spacieuse, matelas à même le tatami, salle de bains et toilettes séparées.

Le temps de défaire les bagages et de se laver de la crasse de ce long voyage, nous sortons faire connaissance avec la nuit tokyoite et chercher un restaurant. Nous subissonss le décalage horaire dans le bon sens et ne sommes pas plus fatigués que ça.

Le quartier d’Ikebukuro n’est de loin pas le plus impressionnant de Tokyo, mais pour nous qui débarquons de Genève, le choc est colossal: partout ce bruit, ces couleurs, ces odeurs et ce mouvement perpétuel créant une surexcitation sensorielle profondément troublante.

Nous sommes tout près des rues les plus animées du quartier. Nous nous y promenons lentement, nous extasiant à chaque coin de rue et jetant autour de nous des regards dignes d’un gamin lâché dans une chocolaterie.

C’est comme si nous avions changé de planète.

Nous finissons par entrer dans un restaurant relativement calme situé en bordure des principales ruelles piétonnes. Un peu de quiétude nous est nécessaire pour assimiler cette première immersion au sein de ce qui se révèle être un véritable film de science-fiction.

C’est à cette occasion que nous faisons pour la première fois connaissance avec cette barrière communicationnelle qui se dressera devant nous à de multiples reprises par la suite.

La commande prend en effet un temps considérable, à l’exception des boissons: san biru – trois bières, ça tout le monde l’a bien en tête.

Une fois le repas terminé – le canard était tout simplement féérique, nous jetons notre dévolu sur le bar Hub dans lequel nous fêtons notre arrivée à grand renfort de whisky coca. Nous réalisons progressivement que nous sommes à Tokyo.

Pour la petite histoire, soit Jack Daniel’s a un marketing exceptionnel, soit la marque a un lien historique que j’ignore avec le pays. Quoi qu’il en soit, le Japon tout entier ne jure que par ce whisky, dont sa présence se remarque tautant dans la rue que dans les bars.

En sortant, nous reprenons notre promenade et décidons de rentrer dans un Pachinko Slot, ces salles de jeux géantes omniprésentes au Japon et qui m’ont profondément marqué.

Un bruit venu d’un autre monde, des jeux totalement démodés et des hordes de gamers complètement déconnectés de la réalité se mêlent pour former une vision de cauchemar que nous avons rarement supportée plus de quelques minutes.

Bourrés comme nous commençons à l’être, ça ne nous empêche pas de tenter notre chance sur un jeu tellement débile que je n’ai même pas le coeur de vous en parler. Nous sortons rapidement après avoir perdu la totalité de notre petite monnaie.

Pourquoi nous avons opté pour cet endroit, je n’en ai pas la moindre idée. Je sais seulement que nous nous retrouvons à franchir la porte d’un bar minuscule situé au 3ème étage d’un immeuble, dans lequel nous prenons la seule des trois tables encore disponible.

Il y fait heureusement sombre et la musique est bonne, conférant à l’endroit une atmosphère très agréable. La valse des whisky-coke reprend son cours, fortement entraînée par Michael qui ne cesse d’augmenter les doses au grand effroi du barman.

Celui-ci finit néanmoins par venir nous parler, utilisant son anglais approximatif mais exceptionnel dans un pays pareil pour nouer la conversation. Kazuhiro qu’il s’appelle.

Nous sympathisons rapidement. Il boit une vodka avec nous, nous donne des tuyaux pour sortir au Japon et semble émerveillé par le fait que nous venions de Suisse. Une réaction que d’autres Japonais manifesteront durant le séjour.

Je ne sais pas à quelle heure nous partons, ni comment nous retrouvons l’hôtel du premier coup avec la cuite que nous tenons. Je ne me souviens guère plus d’avoir continué à boire dans la chambre et d’être sorti fumer une clope en caleçon vers 4h du matin.

Ce n’est que le lendemain que nous découvrons l’intégralité de ces scènes, immortalisées sur caméra pour une raison que je ne veux même pas chercher à connaître. Le séjour commence fort.

Le deuxième jour se déroule bien plus calmement. Levés vers 13h, en partie grâce à la codéine inexplicablement administrée parMichael avant de se mettre au lit, nous optons pour une longue balade dans le quartier ô combien célèbre de Shibuya.

Le quartier branché de la jeunesse tokyoite. L’endroit où se trouvent le Gas Panic, le Womb et l’Atom, juste à côté des innombrables Love Hotels. Le quartier qui abrite le plus gros carrefour piéton du monde. Et par dessus tout, l’antre des Shibuya Girls presque mondialement connues.

Nous y passons l’après-midi, nageant en plein rêve dans des ruelles dont la circulation fluide fait presque oublier le raz-de-marée humain qui les traverse en permanence. Tout est sujet à l’émerveillement, même cet étrange magasin appelé Condom Land que je vous laisse vous représenter.

Nous mangeons en milieu d’après-midi puis repassons à l’hôtel souffler un moment. Nous ressortons brièvement le temps de quelques parties de billard mais ne nous couchons pas tard, terrassés cette fois-ci par le jetlag et les excès consentis la veille.

Au matin du 3ème jour, nous quittons l’hôtel pour nous rendre dans la superbe région d’Hakone. Malheureusement, le prix de l’expédition tue notre beau projet dans l’oeuf.

Nous allons donc déjeuner à Yoyogi Park, un havre de verdure et de calme situé à quelques minutes des quartiers chauds. Une véritable bénédiction pour qui souhaite échapper momentanément à l’effervescence bouillonnante de la capitale.

Le temps de boire ensuite une bière au Berliners et nous repassons par l’hôtel. Nous décidons d’aller passer la soirée dans le quartier de Shinjuku, un des autres chaudrons de la ville qui serait merveilleux si le racolage y était moins présent.

En effet, à chaque carrefour se trouve un black qui essaie avec insistance de vous diriger vers un Girls’ Bar – comprenez un bar à putes. Leur acharnement devient rapidement insupportable et j’avoue avoir du mal à garder mon calme.

Nous trouvons néanmoins un restaurant dans lequel nous nous faisons littéralement péter la panse, puis nous décidons d’aller frapper quelques balles de baseball sur un toit – welcome in Tokyo les amis.

Sur le chemin du retour, nous effectuons un dernier arrêt dans un bar. A ma grande surprise, ils ont de la Delirium Tremens! Joie rapidement tempérée par ses 1′300 yen, mais ça valait la peine.

Nous buvons encore deux bières à l’hôtel en discutant avec un sérieux surprenant. Salaires, sécurité, immigration, tout y passe. Aurait-on l’alcool intelligent au Japon? Une hypothèse qui ne tiendra pas longtemps.

Nous entamons le 4ème jour par une longue marche dans les quartiers de Marunouchi et Nihombaki, centre névralgique du monde des affaires à Tokyo. Les buildings sont proprement insensés, tant par leurs formes que par leurs proportions.

Nous nous rendons ensuite dans le quartier historique d’Asakusa, où nous admirons notamment l’une des plus grandes pagodes du monde culminant à 54 mètres. Plutôt impressionnant.

En rentrant à l’hôtel, nous nous arrêtons à Harajuku, quartier réputé pour accueillir le summum de l’excentricité déployée par la jeunesse nipponne.

Concrètement, il s’agit une rue étroite de quelques centaines de mètres bordée de part et d’autres de magasins en tous genres – principalement des fringues cela dit. On avance avec peine à travers une foule incroyablement dense, mais le spectacle est tel que le temps n’a plus d’importance.

Michael et moi comptons plus de 60 créatures de rêve d’une extrémité à l’autre, et je suis sûr que certaines étaient si belles qu’elles nous en ont fait rater d’autres.

Et à ceux qui diront que c’est du voyeurisme, je donnerai raison sans éprouver un atome de mauvaise conscience.

Je défie n’importe quel homme, et un certain nombre de femmes, de passer deux semaines au Japon et de nier à son retour avoir passé plus de 5 minutes sans sentir ses globes oculaires faire un saut périlleux dans leurs orbites. C’est pas humain, point barre.

Nous finissons la soirée au bar Hub du premier soir. Nous tombons inopinément en pleine soirée baseball, sport dont les Japonais sont inconditionnellement amoureux, et assistons à la victoire de l’équipe locale dans une explosion de joie assourdissante.

Nous nous mettons au lit de bonne heure car nous voulons nous lever tôt le lendemain. Nous ne passons qu’une seule nuit à Hiroshima, et nous devons y arriver tôt si nous voulons en profiter un minimum.

Quoi qu’il en soit, ce voyage m’a déjà arraché à mon quotidien avec une netteté époustouflante.

Je me trouve au coeur d’un typhon culturel, sensoriel et spirituel dont je ne ressortirai que deux semaines plus tard.